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Parcours Patson, l’humoriste ivoirien docteur en « rirologie » 

Il a marqué la première édition du Jamel Comedy club en 2006. Avec lui, débarquait un style “africain” ou “communautaire” dans le stand up français. Depuis sa première apparition, Patson, de son vrai nom, Patrice Kouassi, multiplie les shows et passe de la scène au grand écran, avec des incursions dans la musique… Sans jamais oublier le continent africain, sa première inspiration. Cet l’hiver sur les planches du théâtre Apollo à Paris, il est attendu dans les capitales africaines pour le Festival Afrique du Rire en février 2020. Pour ANA, à quelques heures de son entrée sur scène, le Docteur Patson livre son analyse, des plus sérieuses, de la rirothérapie. 

Par Mérième Alaoui 

Au théâtre Apollo, il endosse la blouse du “Docteur Patson, rirothérapeute”. Mais est-ce vraiment un rôle ? Pour lui son spectacle « doit être remboursé par la sécurité sociale”. En fait, ce n’est pas que d’une vanne. “Pour moi l’humour, c’est une science. Je l’ai étudiée en lisant de la sociologie, de l’Histoire et même des neurosciences…” détaille-t-il. D’une voix basse, le ton assuré, il s’explique calmement, loin de son atmosphère qu’il provoque par son rire contagieux. Installé dans un fauteuil du théâtre près de Bastille, il doit rejoindre la scène dans moins de deux heures.

Agé de 45 ans, Patson a déjà eu plusieurs vies. Né à Adiaké, dans le sud est de la Côte d’Ivoire, il arrive en France, dans la famille de sa mère pour des  “vacances”. Très vite, il se retrouve livré à lui même et passe d’une ville à l’autre. Grâce à une professeur d’anglais au collège, il est recueilli par un couple de Français qu’il considère aujourd’hui comme ses parents adoptifs. “J’ai eu la chance de grandir chez eux, d’avoir accès à l’instruction, de découvrir une autre culture”.

D’éducateur de rue à comédien

Au lycée, entre Quincy-sur-Sénart et Savigny-sur-Orge (91), il décroche le BTS maintenance et après-vente automobile. Après quelques jobs dans des garages, il devient entraîneur de boxe… Et se découvre une nouvelle vocation, la transmission. Il devient éducateur de la Protection judiciaire de la jeunesse (PJJ) simplement avec sa connaissance du terrain, mais aussi grace à son humour… son autre passion.

Très vite, il ressent le besoin de se former toujours plus. En parallèle de son boulot, il prend des cours de comédie au Point-Virgule de Paris. Car écrire “un bon spectacle, c’est beaucoup de travail”. Il part deux ans au Canada, où l’état d’esprit américain l’aidera à développer sa confiance et à maîtriser l’improvisation.

« Jeu de jambes » au Jamel Comedy club 

De retour en France, plus rien ne l’arrête. En 2006, le grand public découvre les pas de “couper-décaler” de ce grand corps au crâne rasé  à l’accent “africain” prononcé”. Au Jamel Comedy Club, il joue avec les mots autant qu’avec ses jambes. “C’est vraiment mon préféré” ne cache pas Jamel pour annoncer sa prestation. Le succès est au rendez-vous mais Patson ne s’en contente pas. Très vite, il enchaîne avec des pastilles humoristiques sur la radio Africa N°1, participe aux clips de Mokobé et Magic System, joue ses spectacles Homme deux couleurs (2006) et Le Patson Show (2006-2008)… Un travail acharné qui le mènera au Palais des Glaces (2010) et à l’Olympia (2011) avec son spectacle devenu sa marque de fabrique “Yes We Can Papa”. Le comédien décroche même un rôle aux côtés de Christian Clavié dans les quatre épisodes de l’un des meilleurs succès français au box office, “Qu’est ce qu’on a fait au Bon Dieu”.

De scènes en plateaux, il n’oublie pas les jeunes des quartiers populaires. Avec ses Top Show, il a l’idée de mêler son engagement avec le stand up. Il passe d’une ville à l’autre pour dénicher des talents. Résultat, 40 jeunes formés par ses soins, se produisent sur la scène du Spendid.

« En Afrique, on maîtrise tellement bien le français, qu’on réinvente des expressions”

Fort de toutes ces expériences, le comédien garde une idée fixe. “Il faut toujours continuer à se former, à apprendre, à lire…” Le Franco-ivoirien ne cache pas son ambition. Amoureux de la langue française à la sauce ivoirienne, ce mélange des cultures est sa signature. “Cela s’est fait naturellement car en réalité c’est du vécu. En Afrique, on maîtrise tellement bien le français, qu’on réinvente des expressions”

Qualifié à tort à ses débuts, d’artiste “communautaire” ou de “blédard” il défend au contraire la force du métissage. “Je suis Africain, mais aussi Français et fier de l’être. Mes filles sont à moitié marocaines… Dans ma famille, il y a de toutes origines, de toutes les religions. Le métissage c’est l’avenir ! C’est ce qui nous sauvera. Nous Africains devons montrer l’exemple au monde”

« Le métissage c’est l’avenir ! C’est ce qui nous sauvera »

Fin stratège, Patson a déroulé un plan précis pour conquérir un public toujours plus grand. “J’ai commencé par ma communauté ivoirienne et africaine car c’est ma base. Ensuite, j’ai ouvert sur les autres communautés, les Maghrébins, les Antillais… Je vise désormais le public anglophone, c’est pour cela que je pars bientôt aux Etats-Unis pour apprendre la langue !” dévoile-t-il en sortant son livre de vocabulaire, caché dans sa poche.

Bientôt sur les scènes africaines, il considère le Festival Afrique du rire, organisé sous le Haut patronage du roi du Maroc, comme un acte militant. “Il faut se mélanger, défendre notre culture, échanger. Cela commence par le rire, la musique, le cinéma… La culture ce n’est pas un simple divertissement. C’est ce qui rapproche les peuples”.

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