ActualitéParcours

Parcours Pamela Diop Le rêve africain sur grand écran

Avec Saloum, Pamela Diop signe son premier long métrage, un film de genre au financement 100% africain. Le fruit d’un parcours très tôt orienté vers le 7èmeArt, et d’une ambition : porter l’Afrique sur les écrans de cinéma du monde entier. 

Par DBM 

Pamela Diop est une enfant de la TV. Fascinée par le grand écran dès sa petite enfance, vendeuse dans un vidéo club pendant ses études, cette Franco-sénégalaise ne découvrira pourtant que sur le tard sa vocation pour l’audiovisuel. « Je suis née en 1981 d’une mère publicitaire française et d’un père journaliste sénégalais. Je n’ai découvert Dakar qu’à l’âge de 19 ans mais ce fut le coup de foudre. Je me suis installée une première fois dans la capitale sénégalaise en 2002 et j’y suis restée sept ans. » Elle créera sa première entreprise, à 22 ans à peine, d’import-export et fait ainsi ses premiers pas dans l’entreprenariat. Elle apprendra ainsi les hauts et les bas du quotidien des créateurs d’entreprise.  En 2009, elle décide de rentrer à Paris où elle décroche un poste de chargée des relations presse pour un évènement associatif. Au même moment Rokhaya Diallo, chroniqueuse et animatrice de télévision lui propose de prendre en charge ses relations publiques. « J’ai ensuite co-écrit et produit des contenus audiovisuels via ma société́ de production à Paris pour la promotion d’événements, d’autres pour des chaines de télévision comme C8 et des publicités aussi. » Elle met alors un pied dans le métier. « En apprenant sur le tas. » Consciente de ses limites, mais déterminée à évoluer dans le secteur, elle retourne sur les bancs de l’école pour un master 2 en management, production et distribution des médias audiovisuels.

« Je suis optimiste car il y a beaucoup d’acteurs qui cherchent à pénétrer le continent comme Netflix ou Amazon, et l’arrivée de la TNT devrait stimuler la production »

Forte de ses nouvelles compétenceselle repart pour l’Afrique. Pour y rester cette fois. « J’avais travaillé pour une émission commandée par l’opérateur de téléphonie Airtel Chez vous au Gabon(14x26mn) ainsi que sur des publicités panafricaines pour des marques comme Patisen (CI), Sobraga (Gabon). Ce programme a ému le pays pendant plusieurs mois et m’a décidé à revenir m’installer définitivement en Afrique. »  Elle revient donc, at home, au Sénégal. En 2016 et 2017, elle aura en charge la gestion de grands comptes (Orange, Pfizer, Sonatel…) pour l’agence de communication McCann  Sénégal, et organisera l’événement Ending Child Marriage pour Save the Children, Unicef, UNFPA et le gouvernement du Sénégal. Elle n’en oublie pas pour autant ses rêves de petites filles. Bien au contraire. Entre temps, elle mûrit son projet et créée, début 2019, à Dakar, LACME STUDIOS avec son associé Jean-Luc Herbulot pour produire du contenu africain.

La jeune structure commence par développer des programmes courts, dont une émission culinaire panafricaine avec le Maghreb, des séries, des contenus créatifs pour les marques internationales, assure la distribution d’un programme en wolof qui traite de questions d’éducation financière (NDLR : en partenariat avec le gouvernement du Sénégal). Son ambition réside désormais dans le développement d’une industrie cinématographique en Afrique. « Je suis optimiste car il y a beaucoup d’acteurs qui cherchent à pénétrer le continent comme Netflix ou Amazon, et l’arrivée de la TNT devrait stimuler la production. Nul doute que cette concurrence entre acheteurs de contenus dynamisera le marché et donnera plus d’indépendance aux producteurs puisque tout se jouera sur les succès populaires et les audiences. »

« Nous avions tous deux un besoin viscéral de créer des œuvres en Afrique, peuplées de héros (et de monstres) que nous voulions voir étant plus jeunes »

Aujourd’hui, elle vient de co-produire, avec son «partenaire de crime » Jean-Luc Herbulot, son premier long métrage. Un film d’horreur, Saloum. Le premier film au financement 100% africain. « A la genèse de Saloum, il y a cette rencontre avec Jean-Luc Herbulot. Nous avions tous deux un besoin viscéral de créer des œuvres en Afrique, peuplées de héros (et de monstres) que nous voulions voir étant plus jeunes. Un western africain, un film d’épouvante, une épopée fantastique… ?  Je n’aime pas les étiquettes et Jean-Luc a développé un univers créatif aussi large par le concept que pointu dans le choix du moindre petit accessoire. Je serais incapable d’y apporter une définition et c’est tant mieux puisque que c’est toute la magie de ce film qui m’apparaît plutôt comme une délivrance artistique assez furieuse que comme le désir de remplir une case vide. C’est l’histoire d’un film qui ne dénonce rien de terrestre, il est tout simplement ; une ode au monde imaginaire dans lequel nous aimerions séjourner plus souvent. » 

« Le maitre mot de LACME STUDIOS c’est l’audace. Nous n’avons pas peur d’inventer de nouvelles histoires,  de créer des contenus africains inédits,  de développer des modèles de financements innovants.»

Tourné à Siné Saloum, d’où le titre du film, une région mystique et sauvage du Sénégal, ce film est également un clin d’œil à son histoire. « Mon père journaliste filmait déjà des combats de lutte il y a plus de 40 ans et ma mère y habite encore, sur une île sans voitures, bien loin à tous les niveaux de nos vies citadines. » Surtout Saloum est une réalisation entièrement made in Africa ce qui était, là aussi, au cœur de l’ambition de ses deux producteurs. « Ce film est autofinancé, co-construit avec les comédiens et les techniciens jours après jours pendant 5 semaines, l’épopée de 40 personnes hors du confort de leurs foyers respectifs et vivant les uns avec les autres à la manière des héros-mercenaires du film dans un campement local…. l’absence de réseau, l’approvisionnement aléatoire de l’eau, l’ensablement régulier des véhicules, un peu de sang, quelques larmes, SALOUM est le résultat métis de tous les talents que nous avons rassemblés et qui ont bien voulu nous suivre dans cette aventure un peu folle. Le maitre mot de LACME STUDIOS c’est l’audace. Nous n’avons pas peur d’inventer de nouvelles histoires,  de créer des contenus africains inédits,  de développer des modèles de financements innovants. Aucune demande de fonds n’a été faite avant le clap de fin, pas une seule main acceptée au prix de concessions artistiques. Voilà ce qui décrit au plus près la production de ce film et il a toujours été évident pour nous qu’il devait se faire de cette façon. »  

Commence alors pour Paméla une autre aventure : porter son film le plus loin possible, à travers les écrans du monde entier, et à travers lui, l’image de tout un continent qui prouve aujourd’hui qu’elle sait matérialiser, et financer, ses rêves.