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Parcours Ngozi Okonjo Iweala prend la tête de l’OMC

La Nigériane Ngozi Okonjo Iweala a été nommée directrice générale de l’organisation mondiale du commerce (OMC). Première femme et première personnalité africaine a endossé la fonction, sa tâche principale sera de relancer des négociations commerciales, bloquées depuis plusieurs années.

 

Par Talel de Sinta

 

« L’histoire s’écrit » titre l’OMC sur son site. Pour la première fois depuis sa création en 1995, dont l’acte de naissance a pourtant été signé en terre africains –au Maroc-, jamais l’Organisation mondiale du commerce (OMC) n’avait été dirigée par un Africain. C’est désormais chose faite, depuis le 15 février 2021. Et ce n’est pas un mais une Africaine, la Nigériane Ngozi Okonjo Iweala.

 

Le siège de l’OMC, au Centre William-Rappard, à Genève-OMC

 

« C’est un moment très important pour l’OMC. Au nom du Conseil général, je félicite chaleureusement Mme Ngozi Okonjo-Iweala pour sa nomination au poste de directeur général de l’OMC et lui souhaite officiellement la bienvenue à cette réunion du Conseil général », a déclaré le président du Conseil général, David Walker, de Nouvelle-Zélande, qui, avec les cofacilitateurs, l’ambassadeur Dacio Castillo (Honduras) et l’ambassadeur Harald Aspelund (Islande), a dirigé le processus de sélection de la DG pendant neuf mois.

« Dr Ngozi, au nom de tous les membres, je tiens à vous remercier sincèrement pour votre gentillesse durant ces mois exceptionnels, et pour votre patience. Nous nous réjouissons de collaborer étroitement avec vous, Dr Ngozi, et je suis certain que tous les membres travailleront avec vous de manière constructive pendant votre mandat de directeur général pour façonner l’avenir de cette organisation », a-t-il ajouté.

 

« Une OMC forte est essentielle si nous voulons nous remettre pleinement et rapidement des ravages causés par la pandémie de COVID-19 »

 

Pour la nouvelle directrice générale, c’est une lourde tâche qui pèse sur ses épaules, à savoir favoriser un développement qui ne laisse personne au bord de la route. Et le plus urgent est justement de permettre aux pays pauvres du monde d’acquérir les vaccins contre la Covid-19.

 

Ancienne ministre des finances du Nigéria, économiste de formation, elle affiche un parcours de plus de 30 ans d’expérience en matière de développement-credit photo https://ngoziokonjoiweala.com

 

Vue d’Afrique, la nomination du Docteur Ngozi Okonjo Iweala suscite un certain nombre d’espoir. Réputée pour son intransigeance, l’ancienne ministre des finances du Nigéria_ une fonction occupée à deux reprises, de 2003 à 2006 et de 2011 à 2015, et brièvement ministre des affaires étrangères en 2006_, économiste experte en finance mondiale _ Okonjo-Iweala est titulaire d’une licence en économie de l’université de Harvard (1976) et d’un doctorat en économie et développement régional du Massachusetts Institute of Technology (MIT, 1981)_qui jouit de plus de 30 ans d’expérience en matière de développement, à la Banque Mondiale notamment, présidait jusqu’alors le conseil d’administration de Gavi, l’Alliance mondiale pour les vaccins et l’immunisation.

 

Fer de lance de plusieurs initiatives en faveur des pays à faible revenu

 

Première candidate féminine et noire à se présenter à la présidence du Groupe de la Banque mondiale en 2012, soutenue par l’Afrique et les principaux pays en développement, elle sera le fer de lance de plusieurs initiatives de la Banque mondiale visant à aider les pays à faible revenu pendant la crise alimentaire de 2008-2009 et, plus tard, pendant la crise financière. En tant que ministre des finances du Nigeria, elle a mené les négociations avec le Club de Paris des créanciers qui ont abouti à l’effacement de 30 milliards de dollars de la dette du Nigeria, y compris l’annulation pure et simple de 18 milliards de dollars. Classée parmi les 8 femmes combattant la corruption qui inspirent (2019) de Transparency International, parmi les 100 personnes les plus influentes du monde (TIME, 2014), Ngozi Okonjo Iweala a également fondé le Center for the Study of Economies of Africa (C-SEA), un groupe de réflexion sur la recherche en matière de développement basé à Abuja, au Nigeria.

« Je suis honoré d’avoir été choisi par les membres de l’OMC comme directeur général de l’organisation », a déclaré le Dr Okonjo-Iweala. « Une OMC forte est essentielle si nous voulons nous remettre pleinement et rapidement des ravages causés par la pandémie de COVID-19. Je me réjouis de travailler avec les membres pour élaborer et mettre en œuvre les réponses politiques dont nous avons besoin pour relancer l’économie mondiale. Notre organisation est confrontée à de nombreux défis, mais en travaillant ensemble, nous pouvons collectivement rendre l’OMC plus forte, plus agile et mieux adaptée aux réalités d’aujourd’hui ».

L’élection de Ngozi Okonjo Iweala à la tête de l’OMC est un événement majeur en ce début de 2021, car, si l’organisation onusienne n’a pas vraiment fonctionné comme beaucoup de pays le souhaitaient depuis sa création en 1995, le multilatéralisme a pris un coup ces dernières années.

Ngozi Okonjo Iweala doit s’atteler à relancer les négociations commerciales dont certaines sont bloquées parce qu’elles jugées pénalisantes ou non avantageuses pour les pays pauvres.

 

Multilatéralisme et mise en place d’accords commerciaux plus équitables

 

Fer de lance de plusieurs initiatives en faveur des pays les plus pauvres-crédit photo https://ngoziokonjoiweala.com

 

Pour s’en convaincre, il faut rappeler que cela fait maintenant cinq ans qu’il n’y a pas eu un seul accord multilatéral -le dernier en date est celui de la « facilitation du commerce » en 2015. Un autre est en cours de discussion entre les membres de l’OMC, c’est l’accord sur les subventions à la pêche qui devrait être signé en 2020 mais repoussé pour cause de coronavirus. Un autre accord est dans l’impasse, celui sur le commerce électronique : à l’exception du Nigéria, aucun autre pays du continent n’a accepté de le signer. Pour diverses raisons, dont principalement la crainte d’être « numériquement colonisés ».

La tâche de Ngozi Okonjo Iweala ne sera pas des plus aisées, étant donné la pandémie qui a accentué les défis qui existaient et en a ouvert d’autres. Pour en mesurer les conséquences, il suffit de passer en revue les estimations de la CNUCED, selon lesquelles « les 47 Etats les plus pauvres de la planète (qui se situent majoritairement en Afrique) devraient enregistrer la pire performance économique de ces trente dernières années avec, en moyenne, une contraction de leur produit intérieur brut (PIB) de 0,4% ».

Pire encore, toujours selon la CNUCED, plus de «32 millions de personnes supplémentaires ont été poussées dans l’extrême pauvreté dans ces mêmes pays, anéantissant des dizaines d’années d’effort de développement…».

L’OMC va désormais focaliser sur la mise en place d’accords commerciaux plus équitables. C’est en tout cas l’engagement et la promesse de sa nouvelle directrice générale.

 

En attendant, son mandat, renouvelable, expirera le 31 août 2025.

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