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Parcours Nadine Tinen « Je souhaite mettre la diversité au cœur de ma présidence »

A 45 ans, la Camerounaise Nadine Tinen a fait son entrée dans l’équipe de direction d’une des multinationales les plus influentes du continent avec un chiffre d’affaire de près de 50 millions d’euros réalisé entre le  1er juillet  2016  et  le  30  juin  2017 en Afrique. Depuis le 1er juillet 2017, elle occupe le poste de Directrice de la région Afrique Francophone Subsaharienne au sein de PwC France et Afrique francophone. Des postes rarement attribués à des Africains, encore moins à des femmes. Retour sur son parcours.

Propos recueillis par Dounia Ben Mohamed 

 

Parlez-nous de votre parcours, vos premières expériences professionnelles, vos rêves de petite fille ?

Mon rêve de petite fille était d’être une créatrice de mode de renom et j’y ai renoncé lorsque mon père m’a expliqué les contraintes relatives pour parvenir au top. Mon choix s’est alors porté sur un métier qui implique également la création, celui de juriste fiscaliste. Et j’ai décidé que je devais le faire dans la meilleure université de France afin de suivre les cours du meilleur enseignant de fiscalité : j’ai donc atterri dans la très belle ville de Dijon, à l’Université de Bourgogne. J’y ai effectué mes études de droit, je me suis spécialisée en droit fiscal et ai obtenu en 1996, outre un DESS de droit fiscal, un Magistère de Droit des Affaires, Fiscalité et Comptabilité ainsi qu’un un Diplôme International de Droit Fiscal Européen. Je suis ensuite rentrée chez PwC au Cameroun en tant que Tax & Legal Officer. 10 ans après, j’ai été cooptée associée puis, en 2010, j’ai été nommée Country Senior Partner firme camerounaise, avec des activités qui s’étendaient au Tchad et en Guinée Equatoriale J’ai rejoint quatre ans plus tard l’équipe de direction de PwC Afrique Francophone Subsaharienne en tant que Tax & Legal Leader, responsable de l’activité de conseil juridique et fiscal. Aujourd’hui, je suis Régional Senior Partner pour l’Afrique francophone subsaharienne. J’ai pu ainsi gravir les échelons de la firme grâce à une passion pour mon travail, pour mes clients, pour l’impact de mon métier dans le développement économique et social des pays, et une discipline au quotidien.

Vous avez été nommée en juillet dernier, Directrice de la région Afrique Francophone Subsaharienne au sein de PwC France et Afrique francophone . Quelle touche apportez-vous à la mission que vous occupez, en tant que femme, femme avec cette double culture…

Je suis très engagée dans les missions qui m’ont été confiées et prête à relever, avec mes équipes, les challenges que nous nous sommes fixés afin de contribuer au développement de l’Afrique. Il a un potentiel incroyable à libérer et je pense que c’est notamment en plaçant l’humain au cœur de nos stratégies, nous y arriverons. Je crois à la co-création et place le management de mes équipes sous le signe du collaboratif. Comme le dit un célèbre adage africain que j’affectionne particulièrement : « Seul on va plus vite, ensemble on va plus loin ». Une équipe motivée où la communication est claire et bienveillante contribue certainement au succès de nos missions. Par ailleurs, je suis engagée depuis bien longtemps en faveur de la diversité, de l’égalité femmes-hommes et pour l’équilibre entre vie professionnelle et vie privée. Plus que jamais, je poursuis mon action. J’ai la chance d’avoir toujours évolué chez PwC, où il n’y avait pas et où il n’y a toujours pas de différences pour apprécier les compétences entre hommes et femmes. Je suis d’autant plus fière de participer à une certaine féminisation de nos équipes. En Afrique francophone, nous avons une politique de recrutement équilibrée avec un ratio actuel hommes-femmes positif et une proportion de femmes de plus de 42%. Mais nous avons une ambition plus importante et voulons que les femmes évoluent davantage à des postes à hautes responsabilités. Nous visons une amélioration importante d’ici 2022 avec d’importants projets ayant tous pour objectif de les accompagner, notamment grâce au mentorat, dans leur parcours professionnel au sein de PwC.

Vous évoquez la féminisation des équipes de PWC. Quelle place joue selon vous les femmes en Afrique et quel rôle devrait-elle jouer ?

La cause des femmes et des femmes africaines plus particulièrement est un sujet qui me tient à cœur. Aujourd’hui les femmes dans les sociétés africaines sont encore trop peu représentées, notamment dans la sphère économique formelle du continent et ce, du fait notamment de leur accès insuffisant aux ressources clés que sont l’éducation et la santé. Il faut faire bouger les lignes, changer les mentalités car je suis persuadée que l’avenir passera par les femmes de la même manière que c’est par la femme que les êtres humains accèdent à la vie Comment ? Je pense qu’il faut donner plus de confiances aux jeunes filles, et les accompagner dans leur développement au même titre que les jeunes hommes. Nous devons leur montrer qu’elles ont des modèles de réussite sur lesquelles s’appuyer et croire ! Elles doivent avoir la conviction que le rêve devient réalité lorsqu’on y croit, on n’y met son énergie, on reste focus !

Cela passe par l’éducation ?

Mes parents m’ont inculqué la persévérance et le sens de l’excellence. Lorsque j’étais plus jeune, mon père me répétait sans cesse qu’il fallait rechercher l’excellence dans tout ce que l’on fait, tant dans la vie personnelle que professionnelle. Je crois beaucoup au rôle de le la cellule familiale : j’y ai personnellement puisé la confiance dont j’avais besoin et dont toutes les petites filles ont besoin afin de concrétiser leurs rêves, de faire leurs propres choix, de saisir les opportunités qui les entourent. Cet environnement bienveillant m’a aidé à devenir une femme forte et passionnée. C’est ce que j’essaye d’appliquer dans ma vie et de transmettre à mes enfants : et je reste convaincue qu’il y a un trait d’union que les femmes doivent faire entre leur vie professionnelle et leur vie familiale. En effet, les compétences que j’ai développées dans mon rôle de mère m’ont servi et me servent dans ma vie professionnelle et de la même manière les compétences que j’ai développées dans ma vie professionnelle sont des atouts dans ma vie personnelle.

Vous dites également vouloir contribuer au développement socio-économique de l’Afrique. Ce que les multinationales n’ont pas toujours fait…

L’Afrique  est  un  continent  en  pleine  mutation,  qui  va  peser  dans  le destin  du  monde.  En  2050,  l’Afrique représentera 12% de la richesse mondiale. Les défis de transformation démographique, économique et sociale de l’Afrique se construisent aujourd’hui et maintenant. C’est pourquoi il est de notre rôle d’accompagner les

acteurs du développement de l’Afrique  – que ce soit la société, les communautés, les entreprises nationales, panafricaines et même internationales – dans la réalisation de leurs projets, de la stratégie jusqu’à l’exécution. Nous sommes convaincus qu’en participant au développement de ces acteurs, nous contribuons au développement et au rayonnement de l’Afrique dans sa globalité. Pour ma part, au-delà d’objectifs financiers et business ambitieux, je souhaite mettre la diversité au cœur de ma présidence. En effet, je continuerai de mener une action engagée pour l’inclusion des femmes dans la sphère économique, et plus largement dans la société africaine. Chez PwC, cela doit continuer de se traduire par la valorisation de l’excellence,  quel  que  soit  le  genre,  et  la  promotion  de  parcours  de  carrière  individualisés  permettant  à chacun(e) de mieux concilier vie professionnelle et vie de famille.


 

Propos recueillis par Dounia Ben Mohamed 

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