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Parcours Nabou Fall ou l’itinéraire d’une wonderwoman en Afrique

Intervenante de choc et de charme de la VIème édition du Forum Afrique Développement qui se tenait les 14 et 15 mars à Casablanca, Nabou Fall, y aura dignement représenté les « wonderwomen ». Ces femmes africaines qui entreprennent et révolutionnent, à force de conviction, passion et sacrifices parfois, le continent. A la tête de CEO de Vizeo agency, Business woman, blogueuse, philanthrope, et depuis peu écrivain, cette Sénégalaise sans frontière confie dans un livre son quotidien de « wonderwoman » … Celui de nombre de femmes entrepreneures sur le continent. Parcours.

Par Dounia Ben Mohamed

14 mars, hôtel Hyatt à Casablanca. Dans le cadre du forum Afrique Développement, la grande messe annuelle organisée par le groupe bancaire panafricain Attijariwafa Bank destiné à « faire se rencontrer les Afriques », démarre le panel « Stand Up for African Women Entrepreneurs ». A la tribune, Achamyelesh Ashenafi, Président d’Addis Ababa Women Entrepreneurs Association ; Jessica Schnabel, Global Head du Program Banking on Women IFC ; Amal Hamza, Principal Gender Expert chez African Development Bank et Nabou Fall, CEO de Vizeo agency. On échange autour des problématiques que connaissent les femmes qui entreprennent sur le continent. Accès aux financements mais également aux marchés, aux formations… Un sujet que Nabou Fall connait bien. Entrepreneure, cette Sénégalaise est, comme toutes les femmes qui entreprennent en Afrique, une wonderwoman. Ce que, comme toute femme africaine, on lui aura appris à être, dès sa plus tendre enfance.

« “Ton travail est ton premier mari“… Cette phrase a bercé mon enfance, impulsé mes rêves et porté mes objectifs professionnels »

« “Ton travail est ton premier mari“ me répétait ma mère, veuve à vingt-et-un ans avec un enfant à charge. Cette phrase a bercé mon enfance, impulsé mes rêves et porté mes objectifs professionnels. » D’autant que très tôt, la vie fera en sorte d’inculquer à Nabou un tempérament apte à faire face à toute épreuve.  « Petite, j’ai dû passer des mois à l’hôpital. Du coup, j’ai très vite compris que la seule revanche sur la vie résiderait dans l’excellence et le dur labeur. A mon époque, la réussite scolaire constituait un prérequis à la réussite sociale. Plus qu’un rêve, je nourrissais une obsession : prouver au monde que malgré mon statut d’orpheline et ma maladie, j’étais née pour réussir. » Dans son for intérieur, la petite Nabou nourrit un autre rêve. « Avoir un prix Nobel de littérature… Mais bon ça, c’est une autre histoire… » Pas tant que ça. Bien au contraire, ce rêve fera partie intégrante de Son histoire.

En attendant, Nabou mise tout sur les études et réussit. « Dans les années 90, les diplômes avaient encore une grande valeur. J’ai obtenu avec fierté mon diplôme d’ingénieur en informatique à 23 ans. J’étais intriguée par tout ce qui touchait à la technologie et aux mutations constantes dans ce secteur. Mais le destin, ou plutôt les opportunités, ont prévu d’autres plans pour moi. » Après un master en management, la rencontre avec un entrepreneur “audacieux” lui permet de découvrir sa vocation, l’entreprenariat.  « A l’époque, une nouvelle technologie arrivait en Afrique : le GSM. J’ai rejoint l’équipe d’un opérateur naissant en Côte d’Ivoire et j’ai effectué une grande partie de ma carrière, quinze ans, dans le secteur des télécommunications dans différents pays d’Afrique. Même si je ne travaillais pas au département informatique mais au marketing. J’ai appris en autodidacte, en lisant beaucoup et en me rapprochant d’experts. Quand l’opportunité s’est présentée, je me suis lancée, en 2007, dans la création d’une agence de communication en République Démocratique du Congo (RDC). Avec mon expertise, et mon parcours, le secteur de la communication s’est naturellement imposé à moi. Et depuis lors, je chemine dans ce secteur. »

Un master en « Business in Africa »

Le sourire généreux, grande et éloquente, avenante, Nabou est une communicante née. Très vite, l’expérience acquise, elle créé sa propre entreprise… et connaît alors les déboires inhérents à tout entrepreneur. Les aléas de l’entreprenariat féminin notamment.  « Je peux me vanter aujourd’hui d’avoir décrocher un MBA en “Master in Business in Africa” ! » ironise Nabou qui ne manque ni d’humour ni d’entrain. Ces qualités participent aussi à sa réussite. « Entreprendre en RDC m’a obligée à m’adapter. J’ai appris la résilience, la constance et la persévérance. Être une femme dans ce milieu signifie être toujours taxée de garçon manqué dès qu’on émet une opinion, être prise pour une chasseuse d’hommes quand on effectue des prospections dans l’espoir d’arracher un contrat… Mais, au-delà du sexisme, les principales difficultés résident dans l’accès aux financements et la fiscalité souvent lourde et complexe qui constitue un frein. Être entrepreneur nécessite de travailler mieux et plus dur pour la satisfaction du client et la pérennisation la relation commerciale. Et surtout, je me suis sentie seule pendant longtemps face à ces difficultés. Les défis sont réels, mais avec de l’audace, du travail, de la constance et de la perspicacité on avance sûrement, même si c’est lentement. » Nabou a également appris, au fil de temps et des épreuves, que l’une des réponses à ces défis se trouve en allant chercher du soutien au sein des réseaux. « Partager les informations avec nos consœurs, se fédérer en réseaux, investir dans des formations et prendre soin de soi. Pendant les premières années de ma société, je travaillais sans répit. A la longue, cela devient épuisant, lourd émotionnellement et physiquement. Les réseaux se créent mais ils doivent être entretenus et surtout nous servir de relais et de tremplin, créer des opportunités, bénéficier de soutien, de conseils et d’écoute. »

« La femme africaine d’aujourd’hui et de demain assume son héritage tout en s’inscrivant dans la modernité. »

Mais son histoire est loin de s’arrêter là. Au contraire, Nabou continue de l’écrire… et l’a fait partager. A défaut d’avoir décrocher le prix Nobel de littérature, elle est aujourd’hui auteure. « J’écris depuis que je sais écrire. L’écriture incarne mon moyen d’expression. Devenir officiellement écrivain fait partie du processus. Je n’ai pas envie de me cantonner à des sphères ou de voir mon parcours comme linéaire. » C’est ainsi qu’elle a publié, Évasion Virtuelle, en janvier 2018. Un roman qui loue la bravoure des femmes et évoque un parcours où les brisures de la vie se transforment en espoir, et les rêves oubliés en projets de vie. Fière de son identité africaine et engagée pour son continent, Nabou Fall use également de sa plume, dans un blog et un magazine en ligne, pour défendre la condition de la femme africaine.

Qu’elle invite à s’assumer ! « L’Afrique existe déjà dans le présent, elle s’exprime au travers des créateurs d’art, dans le domaine de la culture, l’entrepreneuriat et bien d’autres acteurs en mouvement. Pour y trouver sa place, il faut être à l’écoute de l’air du temps, sans oublier ses racines, son vécu, son histoire. Il faut s’ouvrir à nos traditions trop longtemps ignorées. Nous avons longtemps négligé notre potentiel en nous tournant toujours vers l’Occident. Personne ne viendra nous sauver. Nous avons la responsabilité de transformer notre continent en étant des modèles d’accomplissement et de réussite pour les générations à suivre. Cela implique des bonnes pratiques de gouvernance, le respect d’une éthique, une intégrité et surtout rester positives. » Et d’assurer : « La femme africaine d’aujourd’hui et de demain assume son héritage tout en s’inscrivant dans la modernité. »