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Parcours Minna Salami Miss Afropolitan

La chevelure frisée, la silhouette fluette aux rondeurs africaines, le teint métissé… Minna Salami, la trentaine, est à elle seule un condensé de ce que les femmes africaines représentent en 2020. Le talent, l’ambition, l’innovation, l’ouverture, le cosmopolitisme… la passion de l’Afrique avant tout.

Le débit rapide, les mains qui s’agitent, Minna raconte : « Je suis née en Finlande dont ma mère est originaire et je suis partie pour le Nigeria alors que je n’avais que deux mois. J’ai étudié à Lagos jusqu’au secondaire. Avec la dictature, nous avons emménagé en Suède où j’ai fini mes études supérieures de sciences politiques. » Puis, c’est New York, le rêve, le début d’une carrière professionnelle dans le marketing et l’amour. Mais faute de visa, elle doit partir. C’est l’âme en peine et le cœur déchiré qu’elle part pour Londres. Et c’est là que tout démarre. Avec un blog, Reveling me. « Depuis l’âge de 4 ans, je veux écrire… mais je ne savais pas comment. Grâce aux nouvelles technologies et au blog j’ai pu me lancer. Et j’adorais ça ! » Elle lâche très vite le marketing et se consacre à son blog. « En 2010, j’ai décidé de me recentrer. J’avais fait un master à l’Ecole des études africaines et orientales de Londres sur les questions de genre. J’ai donc créé Ms Afropolitan. » Comprendre « Miss Afropolitan », la contraction d’Afrique et cosmopolitan. « Mes écrits ont alors eu plus d’impacts. En parallèle j’enseignais à l’université sur les nouveaux médias, j’enseigne toujours d’ailleurs. J’ai donné une série de conférences, j’ai fait du consulting pour des sociétés au Nigeria. Tout ça grâce au blog !» En 2012, elle atteint plus de 2 millions de pages vues et compte aujourd’hui plus de 10 000 fans. Entre-temps, elle développe Miss Afropolitan boutique. Le succès est tel sur la blogosphère que les médias anglo-saxons la repèrent. Elle figure parmi les 40 novateurs africains, les 50 femmes les plus connectées ou encore les blogueurs de l’année.

« Les femmes africaines doivent mener leur révolution »

« On dit parfois que je suis provocatrice mais ce n’est pas du tout cela. J’aborde différents sujets, le féminisme, la pornographie, le métissage… ». Et de dénoncer les discours et slogans qui subliment, encensent les femmes du continent. « Si nous étions si formidables, pourquoi n’avons-nous pas le pouvoir ? Nous pouvons être le futur de l’Afrique mais pour cela les femmes africaines doivent mener leur révolution. Ce qui n’est pas si simple. Je suis convaincue que les femmes doivent s’unir pour se défendre. Quels que soient les pays, les combats sont les mêmes. » Et c’est grâce à ces espaces d’expression, tels que Ms Afropolitan, qui tissent des liens, fédèrent, qu’elles y parviendront !

« Une approche féministe noire pour tout le monde »

Aujourd’hui, l’écrivain publie « L’altra banda de la muntanya » (Sembra Llibres, 2020), une lecture du monde du féminisme africain qui vise à briser les schémas de l’impérialisme, du capitalisme et du patriarcat. Son regard est celui d’une femme qui vit entre deux mondes : l’Afrique et l’Europe. « Je parle à des gens qui en ont assez de l’apparence du monde avec des systèmes et des structures d’oppression, avec des systèmes et des structures qui cachent la vérité et la beauté … avec des gens qui se sentent las de la laideur, de l’oppression, de l’inégalité, avec la pauvreté, avec l’exploitation des femmes et de la nature… C’est pourquoi le sous-titre est une approche féministe noire pour tout le monde. Mais en fait, tout au long du livre, je suis en conversation avec des féministes noires parce que je fais référence à la fois au canon du féminisme noir et à certaines des expériences que les familles noires ont tendance à partager en commun. Je m’adresse également aux personnes qui s’intéressent au rôle des arts dans la transformation. »

 

Une invitation à réfléchir sur le féministe telle qu’il est schématisé aujourd’hui, « blanc », « noir », « trans »… Une division qui, in fine, sert le patriarcat.  « Différents types de féminismes se rejoignent en étant proches les uns des autres. Mais en même temps, il existe un savoir patriarcal qui crée des relations et des crises avec les hiérarchies et des divisions. Plus les gens, les féministes ou tout autre groupe de la société se rapprochent, plus ils commencent à être en conflit. Il y a comme un tir à la corde. D’une part, ils se battent pour la proximité, par contre, une séparation est encouragée. Donc, pour changer ou améliorer ces choses, nous devons vraiment utiliser la notion de connaissance sensuelle, de connaissance holistique, de centrer les femmes dans la manière dont nous produisons des connaissances, dans la manière dont nous abordons notre mouvement. Tant que nous opérons dans le domaine de la connaissance patriarcale et que nous agissons de manière à créer des divisions et à être compétitifs et qui ont des réactions mécaniques, une sorte de réactions robotiques à notre mouvement, alors nous ne pouvons pas vraiment nous asseoir ensemble et apprendre les uns des autres et nous écouter les uns les autres. Et nous devons vraiment pouvoir écouter ce que ce groupe de femmes a vécu. Mais ils découvriront que les femmes africaines ont traversé des traumatismes et de la douleur et des histoires dans lesquelles l’ascendance des Européens est complice. Cela peut rendre ces conversations vraiment difficiles. Mais nous devons être très consciencieux si nous voulons changer et opérer dans une sorte de fraternité politique, ce qui est absolument nécessaire si nous voulons changer le domaine patriarcal. Peut-être avons-nous besoin d’hommes, peut-être pas … »

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