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Parcours Marcel Sanou, l’étudiant-entrepreneur

De l’étudiant vendant d’attiéké dans une charrette en 2013 à promoteur d’un restaurant baptisé « Faso Zeguen » depuis 2017,  Marcel Sanou ne cesse de surprendre. Si son chiffre d’affaire lui permet aujourd’hui, de payer le salaire de ses employés ainsi que ses études en année de Master 2 Droit, l’étudiant-entrepreneur ne nourrit pas moins des ambitions plus grandes. 

Par Ibrahima Sanou, à Ouagadougou

Nous sommes dans les années 2010 dans un quartier populaire de Ouagadougou appelé Goughin. Marcel Sanou est un élève qui dès qu’il n’est pas en classe est aux côtés de sa maman vendeuse d’attiéké au marché du quartier. En 2013, il obtient son baccalauréat et perd son seul soutien, sa mère. Comme héritage, cette dernière, ne lui lègue que son commerce, sa place au marché, sa charrette et ses quelques ustensiles de cuisson. « De ma maman, je garde le souvenir d’une femme battante qui m’a appris à ne compter que sur moi-même. Sans être allé à l’école, elle a compris que le salut pour tout homme est son travail. C’est elle qui m’a dit qu’il n’y a pas un type de travail réservé aux hommes et un autre réservé aux femmes, ni un type de travail pour les diplômés et un autre pour les non diplômés » se souvient-il.

« Le chemin a été très long d’autant plus qu’il n’était pas facile d’avoir des financements. Toutes les banques te parlent de garantie alors que je n’étais qu’un étudiant qui ne pouvait rien garantir à part ses cahiers et ses bics »

Se remémorant les propos de sa mère, Marcel Sanou reprend son activité avec l’ambition de le moderniser tout en poursuivant ses études. Il s’inscrit alors en première année de droit dans une  université de la place et dès qu’il n’est pas à l’école, il est au marché pour son commerce, bravant les moqueries et les railleries d’un certain entourage qui ne pouvait comprendre qu’un garçon exerce ce métier vu comme féminin. Après avoir fidélisé la clientèle traditionnelle de sa mère, Marcel se lance à la recherche de financements pour la modernisation de ce qui est devenu son entreprise. « De début 2013 à aujourd’hui, le chemin a été très long d’autant plus qu’il n’était pas facile d’avoir des financements. Toutes les banques te parlent de garantie alors que je n’étais qu’un étudiant qui ne pouvait rien garantir à part ses cahiers et bics » regrette-t-il avec tout de même un brin d’humour. Le jeune homme va persévérer dans sa dynamique jusqu’à obtenir en 2016, l’information sur un concours de plan d’affaires organisé par la Maison de l’Entreprise à l’intention des jeunes et des étudiants. « J’ai postulé avec mon plan d’affaires que j’ai monté moi-même. N’étant pas spécialiste dans le domaine,  ce n’était pas gagné d’avance ». Néanmoins l’originalité du business plan de Marcel qui porte sur une activité qu’il exerçait déjà, lui vaut d’être remarqué. Son projet est retenu. Il bénéficiera alors d’un financement de 5 millions et après plusieurs procédures de vérifications, il entre en possession de la première tranche de 3 550 000 FCFA en octobre 2017. « Entre l’annonce du prix et le déblocage des fonds, ça a été un parcours de combattant. Il y avait trop de conditions à remplir qui nécessitaient de l’argent.  Mais je crois que quand on s’est fixé un objectif, on n’a pas de raison de reculer » affirme l’étudiant-entrepreneur. Cette somme lui a permis d’ouvrir le restaurant « Faso Zeguen » dans un autre quartier tout en prenant le soin de conserver toujours l’ancien espace de sa maman qui est géré par un personnel qu’il paye à la fin du mois. Dans son nouveau restaurant « Faso Zeguen », Marcel à un personnel de 6 personnes à temps plein, en plus de lui-même. Cependant, il fait appel souvent à des personnes non-permanentes pour des activités spécifiques. S’il préfère taire son chiffre d’affaire, il soutient : « le plus important, c’est que je parvienne à la fin du mois à payer les charges et les salaires de mes collaborateurs.  C’est grâce aussi à cette activité que je paye mes études car je n’ai pas une autre source de revenu ni un autre soutien». En effet, l’étudiant-entrepreneur poursuit ses études et est aujourd’hui en 5è année de droit.

« Les jeunes africains doivent créer leurs emplois plutôt que d’attendre un bon travail »

Dans son bureau situé au sein de son restaurant, la photo de sa mère accroché au mur. « C’est elle qui m’inspire dans ma vie quotidienne » avoue-t-il.  Aussi comme le souhaitait sa mère, Marcel compte terminer ses études de droit et devenir avocat. Pour autant, il ne compte pas abandonner son entreprise, mieux il a des projets pour l’étendre. « Dans un an, nous allons ouvrir d’autres sites de « FasoZeguen » à Ouagadougou. Nous avons déjà acheté les terrains. L’ouverture de ces sites nous permettra d’employer au minimum 30 personnes. D’autre part, nous sommes en train de discuter avec des institutions financières pour un accompagnement afin que nous puissions ouvrir d’autres sites dans d’autres villes du pays notamment Bobo-Dioulasso et Koudougou ». Grâce à son entreprise, l’étudiant-entrepreneur vient régulièrement en aide à d’autres étudiants ainsi qu’à d’autres familles vivant dans une situation sociale difficile comme jadis, a été la sienne. « L’erreur monumentale que nous jeunes burkinabè et africains commettons, c’est de vouloir un bon travail, avec un bon patron qui nous donne un bon salaire. Nous ne pensons pas que nous-mêmes pouvons créer un bon emploi, être un bon patron et proposer de bons salaires pour que tout le monde rêve de travailler avec nous ».


 

Par Ibrahima Sanou, à Ouagadougou