LAURENT TAMEGNON@ANA
A la uneParcours

Parcours : Laurent Tamegnon, l’entreprenant patron des patrons togolais

Président du Conseil national du patronat du Togo (CNP-Togo) depuis février 2017, Laurent Tamegnon a entamé son ascension dans le monde entrepreneurial à la tête du groupe SANECOM International, spécialisé dans la fourniture d’équipements militaires et administratifs. Un parcours aussi exemplaire qu’instructif en leçons de Vie.  

Par Blamé Ekoué, à Lomé

Du haut de son mètre 70 environ, Laurent Tamegnon dégage une impression de rigueur et de discipline ; deux qualités qui ont permis à l’actuel président du Conseil national du patronat du Togo (CNP-Togo) de bâtir son empire économique. Porté à la tête de la puissante organisation patronale en 2017, le chef d’entreprise est depuis toujours un entrepreneur dans l’âme. Nanti d’un diplôme d’administrateur, il n’a pas hésité à quitter la fonction publique pour rejoindre, en 1991, la société qu’il dirige aujourd’hui, SANECOM International. Une structure spécialisée dans la confection de vêtements professionnels et créée à l’origine par l’un de ses oncles. Le changement de cap n’a cependant pas été facile. « Je n’étais pas prédisposé à être un homme d’affaires car en réalité, je devais être un fonctionnaire d’Etat dans l’éducation nationale », se souvient Laurent Tamegnon, qui rappelle s’être « lancé dans l’enseignement en tant que petit professeur de lycée jusqu’au jour où [il a] dit non ». Il décide alors d’intégrer l’Ecole nationale d’administration (ENA) pour embrasser la carrière d’administrateur, mais, « par un [nouveau ]coup de tête », il démissionne peu après pour rejoindre son oncle, l’initiateur de SANECOM. 

Un oncle pour mentor    

Se frayant peu à peu un chemin dans la complexité du monde entrepreneurial, le patron du CNP-Togo reconnaît bien volontiers qu’il a pu compter sur les bons conseils de son mentor. Une figure tutélaire à qui il voue une admiration sans borne, et qui a aiguillonné mieux que quiconque sa volonté « d’être à la hauteur ».  Le jeune ambitieux va vite gravir tous les échelons de l’entreprise et passer, en l’espace d’une décennie, du poste de simple ordonnateur à celui de Directeur général de l’entreprise familiale. Une position qu’il continue d’occuper jusqu’à aujourd’hui.   

Pour tenir aussi longtemps les rênes de cette entreprise, devenue aujourd’hui une référence ouest-africaine dans son domaine d’activité, il a néanmoins fallu surmonter bien des épreuves. Parmi celles-ci, l’entrée agressive des produits low-cost chinois sur le marché africain . « En 2000, quand je suis devenu le Directeur général de SANECOM, la structure a connu des difficultés suite à l’entrée des Chinois sur le continent. 

Repartir sur des bases assainies                                                      

Tout a alors été difficile à gérer car nos produits étaient chers comparativement aux prix proposés pour chinois », narre le chef d’entreprise pour qui la seule façon [à ce moment là] de s’en sortir ou de limiter les dégâts était de mettre la clé sous le paillasson ». Joignant l’acte à la parole, Laurent Tamegnon a alors fermé la société pour la redémarrer deux plus tard, sur des bases assainies. Le temps de réflexion nécessaire « pour mettre en place une stratégie qui, après notre reprise, nous a permis de reconquérir tous nos marchés, notamment  le Bénin, le Burkina Faso et le Niger», se remémore, avec un air de conquistador, le DG de SANECOM, qui relate toutefois avec nostalgie la perte de certains marchés en Europe, notamment en France et en Allemagne, face à la furie des produits « Made in China ».

«On ne peut pas s’apprécier soi-même tout en dansant»

De fait, pour parvenir à prospérer dans la sous-région face à la rude concurrence des Chinois, il fallait d’évidentes qualités d’homme d’affaires : abnégation, courage et détermination. Autant de prédispositions d’esprit nécessaires pour réussir dans le monde entrepreneurial africain, selon le patron du CNP-Togo, qui garde du reste toujours une forme d’humilité. «On ne peut pas s’apprécier soi-même tout en dansant», se plaît-il à dire. Une combinaison de qualités personnelles qui explique sans doute sa popularité auprès de ses pairs, ces derniers le désignant en novembre 2017 Vice-président de la Fédération des organisations patronales de l’Afrique de l’ouest (FOPAO), une structure qui milite pour le développement du secteur privé dans cet espace communautaire. 

La vie entrepreneuriale est néanmoins tout sauf un long fleuve tranquille, avec des revers parfois spectaculaires. Dans le cas du DG de SANECOM International, cela a été l’abandon d’un important projet de production de biocarburant, financé à hauteur de 800 millions de francs CFA (environ 1,2 millions d’euros). Blotti derrière son bureau, Laurent Tamegnon affirme avoir vécu les pires moments de sa vie, au point de vouloir abandonner les affaires. « J’avais créé une structure  pour la production du biocarburant à base des graines de Jatropha dans la localité de Gamé au Togo. Nous avions déjà des marchés prêts à acheter, jusqu’à la dernière goutte. Mais après une querelle entre les villageois et les ouvriers de notre installation, les populations ont saccagé nos 500 hectares de plantation et renvoyé tout le monde », se souvient encore, choqué, le chef d’entreprise qui considère ce malheureux épisode comme « [son] plus grand regret dans le monde des affaires car toutes[ses] économies réalisées en dix ans sont parties en fumée ». 

Encourager l’émergence d’une nouvelle classe d’entrepreneurs africains                                

Pragmatique, le patron des patrons togolais encourage aujourd’hui l’émergence d’une nouvelle classe d’entrepreneurs africains pour résoudre les problèmes liés au développement du continent. L’homme est très engagé en faveur du secteur privé, qu’il n’hésite pas à défendre auprès des décideurs politiques lorsque l’occasion le lui permet. Cet afro-optimiste averti pense que tous les signaux sont au vert pour amorcer l’ascension de jeunes dirigeants d’entreprise africains, et ce dans tous les secteurs. Pour y parvenir, il préconise notamment le renforcement des partenariats public-privé.  « Depuis quatre ans que je suis à la tête du Conseil national du patronat, j’ai eu à échanger avec le chef de l’Etat togolais sur comment créer des Gervais Djondo (célèbre homme d’affaires togolais, dont le nom est associé à Ecobank et à la compagnie aérienne Asky) et des Dangote (entrepreneur nigérian et première fortune africaine). En d’autres termes, comment avoir plus de véritables capitaines d’industrie. Et pour les avoir dans un avenir proche, il va falloir avoir l’appui des gouvernants, c’est-à-dire du secteur public. Quand tu prends Dangote et d’autres grands capitaines d’industrie nigérians, le Président d’alors, Olusegun Obasandjo, les a créés en une nuit en leur léguant des parts de marché dans tous les secteurs. Donc, les discussions continuent  avec la première autorité du Togo et je puis vous assurer que très bientôt, il y aura le passage de témoin à une jeune génération d’entrepreneurs au Togo », affirme, convaincu, Laurent Tamegnon, qui malgré ses nombreux engagements liés au CNP-Togo, est toujours très impliqué dans la supervision des activités de SANECOM International.  

« Franchir d’autres paliers »

En bon globe-trotter, il sillonne ainsi tous les pays d’Afrique de l’Ouest afin de débusquer la moindre occasion d’expansion pour son entreprise. Un activisme qui selon ses dires, ne l’empêche pas de passer d’inoubliables moments avec son épouse,  retraitée au Togo. Et ce, même s’il vit à cheval entre Lomé et Abidjan, où il siège en qualité de Vice-président à la Fédération des organisations patronales de l’Afrique de l’Ouest. Le dirigeant dit avoir pris goût à cette nouvelle vie, où son train-train quotidien rime avec des déjeuners d’affaires et des assises avec les acteurs des secteurs privé et public. Et ce n’est pas l’actualité, parfois anxiogène, qui viendra contrarier sa sérénité. Dans le cas de la crise sanitaire née du Covid, Laurent Tamegnon estime ainsi que celle-ci n’a pas fait que du mal aux entreprises africaines. À l’inverse, cette période devrait selon lui plutôt initier une nouvelle vision de l’entrepreneuriat, axée sur un partenariat public-privé renforcé. Déjà, le président du CNP-Togo peut s’enorgueillir d’avoir œuvré d’arrache-pied au côté du gouvernement togolais pour mettre en place, en septembre 2021, un fonds de relance d’environ 20 milliards de francs CFA (30 millions d’euros) destiné aux PME. Des réalisations significatives, en attendant « d’autres paliers à franchir », sourit le patron des patrons togolais, qui à 67 ans passés, dit être « toujours le premier à venir au bureau et le dernier à partir ». Armé de son (riche) carnet d’adresses, l’entrepreneur est plus que jamais déterminé à faire prospérer ses affaires. Mieux, il espère reconquérir ses marchés perdus en Occident. On ne se refait pas. 

Ce message est également disponible en : AnglaisArabe