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Parcours : Fadima Diawara « Les Africains veulent des produits qui leur ressemblent »

Elle illustre à elle seule la révolution numérique qui s’opère sur le continent africain actuellement. Fadima Diawara, jeune guinéenne et fondatrice de Kunfabo, un des rares smartphones 100% africain, ou presque. Une aventure qui a démarré en 2016 et qui se poursuit. Non sans défis mais avec beaucoup d’ambitions ! Portrait. 

Par DBM 

Fadima Diawara est avant tout une passionnée. De technologie, de réseaux sociaux et du continent africain. Alternant le bleu de chauffe ouvrier et le tailleur de la working girl- en wax de préférence-, elle partage régulièrement son expérience sur les flux RSS, à cheval entre l’Espagne et la Guinée. Et pour cause, la jeune femme a bien des choses à dire : à la tête de la start-up guinéenne Kunfabo, qui commercialise le smartphone éponyme, elle incarne la révolution numérique qui s’opère actuellement en Afrique. Une aventure qui a démarré en 2016. 

«Une solide expérience dans les domaines de la logistique internationale, du marketing et des ventes, qui a donné à Fadima Diawara une vision globale du business »

Née en Guinée, la future entrepreneure suit des études en droit avant de partir pour l’Espagne, où elle parachève son parcours académique avec une formation en comptabilité et un MBA en entrepreneuriat numérique, à la prestigieuse IE Business School de Barcelone. Elle commence alors sa carrière professionnelle en tant que gestionnaire administrative dans des multinationales, « une période où j’ai acquis une expérience dans les domaines de la logistique internationale, du marketing et des ventes, ce qui m’a donné une vision globale du business », confie la cheffe d’entreprise. Cette observation fine du monde des affaires sera de fait très vite mise en pratique puisque Fadima Diawara démissionne en 2016 pour créer sa marque de smartphone Kunfabo ; un mot qui signifie « être en contact », en langue malinké.  

Un projet audacieux mais néanmoins logique, au vu des inclinations technophiles de la jeune guinéenne. « Je suis passionnée par tout ce qui est lié à la technologie ainsi que par le développement des APP et des réseaux sociaux. C’est ce qui m’a conduit à créer Kunfabo, un smartphone conforme aux réalités Africaines, avec des applications mobiles locales pour accompagner le consommateur Africain dans sa vie quotidienne », explique  Fadima Diawara.

« Kunfabo, un smartphone de qualité, conforme aux réalités africaines »

Son leitmotiv ? Améliorer la vie des populations africaines, grâce à Internet et via un téléphone mobile. Le sien de préférence, qu’elle voit comme un outil d’inclusion numérique à part entière. « Le marché africain est inondé de marques étrangères qui ne connaissent pas ou ne prennent pas en compte les réels besoins des consommateurs africains », déplore la startupeuse qui égrène pour sa part les différentes applications développées pour son smartphone : l’application de géolocalisation des hôpitaux et pharmacies ; celle des recettes africaines  mais aussi l’application de messagerie et de paiement mobile Dikalo, un « WhatsApp africain ». De ce point de vue, « le concept de Kunfabo est de proposer aux Africains, un smartphone de qualité, conforme aux réalités africaines, et basé sur un modèle de production low-cost », explicite Fadima Diawara.  

« À  terme, notre objectif est de produire en Guinée »

Une ambition qui a su susciter l’intérêt de partenaires de taille, à l’image de l’assureur guinéen Lanala- qui assure ses appareils- et de Société Générale Guinée- filiale locale du groupe bancaire français Société Générale-, qui propose des crédits sans intérêt, remboursable sur six mois, pour tout achat d’un smartphone Kunfabo . C’est l’idée : démocratiser le smartphone en Guinée, et en Afrique plus largement, où le marché de la téléphonie explose. Il n’empêche, « la marque n’est toujours pas produite sur place car nous n’avons pas d’usine en Guinée », regrette la patronne de l’entreprise, qui rappelle toutefois qu’à terme « l’objectif est de produire en Guinée ». 

« Nous sommes au XXIe siècle, à l’ère de la technologie et de la révolution numérique. Internet doit être accessible à tous les Africains »

En attendant, elle lance un appel à tous les acteurs du secteur ainsi qu’aux responsables publics et bailleurs de fonds. « Nous sommes au XXIe siècle, à l’ère de la technologie et de la révolution numérique. Internet doit être accessible à tous les Africains. Or, on constate qu’internet reste extrêmement cher dans nos pays. Les acteurs du secteur doivent fournir plus d’efforts pour rendre celui-ci accessible à tous, et pas seulement dans les grandes villes ou pour les plus fortunés. C’est la seule manière de faire en sorte que les jeunes Africains continuent de développer des solutions qui changent nos vies et l’avenir du continent », plaide la cheffe d’entreprise.  

« Le Made in Africa n’est pas un phénomène de mode, mais d’identité; donc Kunfabo s’imposera face à aux marques internationales»

Un avenir qu’elle voit prometteur, notamment dans le secteur de la téléphonie. « Dans les années à venir, beaucoup de changements surviendront, dans la téléphonie notamment, avec les besoins liés aux services financiers mobiles, au e-commerce et à l’e-santé », pronostique ainsi l’entrepreneure tech qui note du reste que « la capacité d’innovation africaine n’est plus à prouver comme le montre le succès du mobile banking ». Or, la guinéenne en est convaincue, sur tous ces segments de croissance, « les Africains veulent des produits qui leur ressemblent, le Made in Africa n’étant pas un phénomène de mode mais d’identité ». Une philosophie du consumérisme qui fait, qu’en définitive, « Kunfabo [devrait] finir par s’imposera face à concurrents internationaux », veut croire Fadima Diawara. 

En attendant de transformer cette conviction en réalité, Kunfabo peut d’ores et déjà se targuer d’une série de distinctions, la société ayant remporté plusieurs prix en 2020, dont celui de la start-up la plus originale de l’année (une récompense attribuée par le programme espagnol Revolucio 4.0) ; le prix du Meilleur Entrepreneur de l’année de la ville de Gérone en Espagne ; et de figurer parmi les lauréats du dernier Sommet Afrique-France. Autant de jalons qui vont dans le sens des ambitions de la jeune dirigeante guinéenne.  

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