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Parcours Emilie Ngomora Nsimire : « Il faut que les femmes osent, qu’elles se fassent confiance et qu’elles créent ! »

Alors que le secteur privé national compte peu d’entreprises congolaises, les femmes se lancent de plus en plus dans l’entreprenariat en République Démocratique du Congo. Elles sont à la tête de 23% des entreprises enregistrées et elles génèrent 70% des revenus domestiques. Emilie Ngomora Nsimire est l’une d’entre elles, et elle dirige… une société de BTP. Un métier d’hommes vous dites ?

Par Dounia Ben Mohamed

Qui se souvient qu’à ses premières heures la société congolaise était matrilinéaire ? Au XIIe siècle, Woot Makup, roi des Kuba, a fait des enfants de sa fille ses uniques héritiers, à la défaveur de ses fils. Son royaume deviendra a fortiori une société matrilinéaire où les femmes joueront un rôle majeur, en tant que pilier de la société. L’une d’entre elles le dirigera pendant un temps, la reine Ngokady. L’histoire et la tradition orale recèlent de contes et récits qui témoignent du rôle que jouaient jadis les femmes tant sur le plan politique, qu’économique, social et culturel. Puis l’homme a repris le pouvoir reléguant la femme à l’arrière-plan. Pis, il en fera une arme de guerre. Plus de 500 000 femmes ont été sexuellement agressées depuis 1996. Mais comme leurs aînées, les femmes congolaises reprennent le pouvoir aujourd’hui. Si elles ne sont que très peu représentées sur la scène politique nationale, elles accèdent, lentement mais sûrement, aux plus hautes fonctions dans le secteur privé. Participant à bousculer les choses dans un pays qui se lève à peine de décennies de léthargie. En commençant par faire évoluer les mentalités.

 

« Dans notre culture, on a trop l’habitude de voir l’homme se lever, taper du poing sur la table et les femmes se taire. Il faut un jour oser se lever. Moi j’ai osé ! »

 

« Dans notre culture, on a trop l’habitude de voir l’homme se lever, taper du poing sur la table et les femmes se taire. Il faut un jour oser se lever. Moi j’ai osé ! » Et c’est aujourd’hui sur un chantier situé sur les berges du fleuve Congo, aux portes de Kinshasa, que l’on retrouve Emilie Ngomora Nsimire. Si elle navigue sans peine entre les camions et les pelleteuses, Emilie n’en est pas moins restée une femme jusqu’au bout des ongles. Brushing impeccable et talons aux pieds, elle est pourtant ici dans son élément. Alors qu’au départ, c’est dans un tout autre domaine qu’elle officiait. « J’étais dans le marketing, rappelle-t-elle, amusée. Mais je me suis toujours intéressée à ce secteur. Un jour, des amis m’ont proposé de les soutenir financièrement sur un marché qu’ils avaient décroché dans le Kassaï occidental. J’avais l’argent, j’ai dit pas de problème. Je me suis retrouvée dans un endroit perdu en pleine forêt, dans le noir, avec des serpents, pour acheminer le matériel. Mais je suis allée jusqu’au bout. Si des hommes pouvaient tenir, alors moi aussi ! » A son retour en 2004, elle crée sa société de BTP, la Générale des constructions et d’assainissement (GCA) sans réelle expertise dans le domaine. « Mais j’étais passionnée, je prenais des cours par internet, je lisais beaucoup, je posais des questions à mes amis… Aujourd’hui, je sais conduire un chantier moi-même, corriger des malfaçons, diriger des hommes… » Même si tout n’est pas toujours facile admet-elle. « Pour être prise au sérieux, je me suis imposée une discipline, une droiture, ne pas céder à la corruption, m’entourer d’équipes compétentes. »  A la tête d’une vingtaine de salariés à temps plein, jusqu’à des centaines d’employés selon les contrats, Emilie tente, par son expérience, de convaincre d’autres femmes, de suivre son chemin. « Je cherche toujours à recruter des femmes. A chaque contrat. Et j’en trouve. Elles sont consciencieuses, volontaires. Les femmes sont trop souvent marginalisées ! Il faut qu’elles osent, qu’elles se fassent confiance et qu’elles créent. »

 

« Dans tout le pays, aujourd’hui, on construit. Des routes, des ponts, des immeubles. Les choses avancent et ça nous donnent des ouvertures »

 

Des particuliers aux collectivités locales, Emilie décroche des contrats privés comme publics. Après avoir travaillé à l’assainissement de la capitale congolaise, pour le compte de la municipalité, elle sous-traite actuellement des travaux d’aménagement en périphérie de la ville, sur les berges du fleuve Congo, en tant que partenaire de la société chinoise Copec, mandatée par l’Agence nationale des grands travaux. « Je suis dans le BTP, le génie civil, l’assainissement. C’est un secteur très dynamique. Dans tout le pays, aujourd’hui, on construit. Des routes, des ponts, des immeubles. Les choses avancent et ça nous offre des ouvertures. Il faut désormais que l’Etat valorise la PME congolaise. Il a déjà commencé à faciliter les démarches administratives. Quand j’ai commencé, c’était un véritable casse-tête. Aujourd’hui en trois jours, c’est réglé. Notre problème désormais, ce sont les garanties bancaires. Avec la nouvelle loi sur la passation des marchés, il faut des garanties bancaires. Quand vous démarrez, ce n’est pas évident. Cela privilégie les grandes sociétés pas les PME. » Pourtant, rappelle-t-elle, ce sont les PME qui font vivre les hommes et les femmes de ce pays, et non les multinationales…

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