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Parcours : Djeydi Djigo, cinéaste engagé

Présent dans la sélection officielle du Fespaco, le documentaire « Omar Blondin Diop, un révolté », revient sur le destin tragique du jeune révolutionnaire des années Senghor. Une œuvre mémorielle forte, signée par le réalisateur sénégalais Djeydi Djigo, qui fait son entrée dans la cour des grands.

Par Dounia Ben Mohamed  

Figure emblématique de la contestation qui défia le président Léopold Sédar Senghor dans les années suivant les indépendances,  Omar Blondin Diop fut un brillant intellectuel sénégalais, passé par Normal Sup’en France. Amoureux de la culture française tout en abhorrant son histoire coloniale, il développa un militantisme révolutionnaire qui provoqua son expulsion de France, suivie d’une mort tragique au Sénégal, dans des circonstances qui restent jusqu’à ce jour controversées. Les conséquences socio-politiques de cette disparition pousseront toutefois le président Senghor à assouplir sa politique à l’encontre de ses opposants. 

Près de cinq décennies après sa mort, en mai 1973, le Destin contrarié de cet esprit libre continue d’interpeller les jeunes générations, comme en témoigne le film du réalisateur sénégalais Djeydi Djigo, « Omar Blondin Diop, un révolté́ sénégalais », présent cette année au Festival panafricain de cinéma et de télévision de Ouagadougou (Fespaco). Né à Dakar, le futur cinéaste a suivi des études d’économie en France, à l’Inseec Paris avant de bifurquer vers le SAE Institute, un centre de formation reconnu aux métiers de l’audiovisuel et des médias. 

« Jeune étudiant à Paris, loin de ma terre natale, j’ai vécu une crise identitaire qui m’a mené́ à faire des recherches sur l’histoire politique de mon pays et de mon continent »

Réalisateur engagé, Djeydi Djigo s’oriente alors très vite vers le « documentaire historique », son genre de prédilection.  « Jeune étudiant à Paris, loin de ma terre natale, j’ai vécu une crise identitaire qui m’a mené́ à faire des recherches sur l’histoire politique de mon pays et de mon continent », confie le jeune auteur, aujourd’hui âgé de 29 ans. « Cette quête s’est traduite en visionnage de plusieurs heures de documentaires. J’ai découvert ainsi l’histoire du Congo, de l’assassinat de Lumumba à la chute de Mobutu. Je me suis laissé bercer par les litanies révolutionnaires de Thomas Sankara, par l’épopée de Nelson Mandela et autres histoires de l’Afrique moderne. Ce faisant, j’ai constaté́ que l’ensemble des documentaires que j’avais regardés étaient des productions européennes. Comme si l’Afrique refusait de raconter sa propre histoire. J’ai alors pris la décision de réaliser des documentaires, qui seraient le fruit de mes propres recherches », se souvient le cinéaste sénégalais.  

Incarner une sensibilité africaine capable de narrer son propre passé

De cette volonté d’incarner une sensibilité africaine capable de narrer son propre passé naît le concept « Etoiles Noires », une série de documentaires de 12 minutes, retraçant la vie d’un personnage historique majeur du continent africain, et financée grâce à un partenariat avec la fondation allemande Rosa Luxemburg. En parallèle, Djeydi Djigo travaille sur de nombreuses autres productions audiovisuelles- clips musicaux, films publicitaires et institutionnels- et ce tout en élaborant l’ébauche de son premier long métrage documentaire (80 minutes), « Omar Blondin Diop, un révolté́ sénégalais » 

48 ans après la mort du dissident au Fort d’Estrées, l’actuel musée historique de l’île de Gorée- au large de Dakar (Sénégal)- qui servait alors de prison civile pour les détenus indociles, le réalisateur revient ainsi sur la vie et les circonstances tragiques de la mort de ce jeune révolutionnaire des années Senghor. Une enquête inédite, nourrie par les témoignages exceptionnels des frères d’Omar Blondin, de l’avocat de la famille, du Doyen des juges d’instruction du Sénégal, des anciens camarades d’Omar Blondin en France… 

Faire découvrir une grande histoire du 20e siècle 

«Nous sommes de jeunes africains qui racontent un drame africain, [celui de] Omar Blondin Diop, un personnage complexe et peu connu du grand public », observe Djeydi Djigo qui espère « qu’à travers ce documentaire, bon nombre de jeunes du continent, mais aussi à travers le monde, pourront découvrir une grande histoire du 20e siècle ».  

Lauréat du Fonds des Images Francophones, coproduit par Sol Invictus- la société de production de Djeydi Djigo au Sénégal-, la société française Élever la Voix Films et DIFFA West Africa en Côte d’Ivoire, le documentaire est l’un des 14 films sénégalais, le pays invité d’honneur, à figurer dans la sélection de cette 27eédition du Fespaco. Une consécration pour le jeune réalisateur venu du pays de la Teranga, qui entre ainsi dans la cour des grands. « Omar Blondin Diop, un révolté́ sénégalais » sera présenté du 16 au 23 octobre, dans la sélection Panorama du Fespaco, qui rassemble des longs métrages fictions et documentaires. En attendant d’aller à la rencontre du public français. 

« Un épisode qui s’inscrit dans la lente et difficile décolonisation du Sénégal »

 « J’ai découvert l’histoire d’Omar Blondin Diop grâce au réalisateur et producteur sénégalais Djeydi Djigo. Une tragédie mais aussi une affaire d’État car les circonstances de la mort d’Omar Blondin en prison sont restées cachées pendant plus de 40 ans », confie Eric Vernière, le directeur de la société de production Élever la Voix Films. « C’est un épisode de l’histoire récente du Sénégal, qui s’inscrit dans la lente et difficile décolonisation du pays, que Djeydi tient à dévoiler, et qu’il nous semble passionnant de coproduire et de porter aussi à la connaissance du public Français », conclut le producteur. Comme pour rappeler la nature trouble de cette sombre histoire, désormais sortie des ténèbres mémoriels. 

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