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Hommage DJ Arafat s’en est allé… Il restera le roi du coupé-décalé


L’influenmento, le roi du coupé-décalé, s’en est allé, le 12 juin, laissant derrière lui des milliers de fans en deuil. Et un héritage artistique qui inscrit l’artiste dans l’histoire de la musique africaine. 

Pour honorer sa mémoire, ANA publie une interview réalisée en 2018, par Dounia Ben Mohamed pour Afrique Magazine.

On l’aurait imaginé chichement installé dans les quartiers huppés de la ville, mais c’est à Angré, quartier populaire au nord-est d’Abidjan, que nous retrouvons l’icône locale. Après avoir tourné, pris une impasse, puis une autre, il faut demander aux habitants pour trouver sa maison. Ici, tout le monde sait où vit Dj Arafat. En dehors de deux voitures garées, un coupé-sport et un 4×4, rien de « bling-bling ». Des mamas pilent dans la cour d’entrée. Dans le salon, habillé de rouge et de noir, Marco accueille les visiteurs. Dj Arafat arrive dix minutes plus tard. « Désolé, il est au téléphone avec le ministre ».  Sans doute Hamed Bakayoko, ministre de l’Intérieur, qu’il appelle « papa ». La star arrive enfin… en toute simplicité. L’entretien commence par la traditionnelle prise de photo. L’homme se prête au jeu avec grande aise. « J’aurais dû être acteur » plaisante-t-il. Il enfile casquette et lunettes et entre dans son personnage. L’interview commence. « On peut filmer l’interview ? » demande son staff. Bien sûr. Sa web TV affiche deux millions de vues. En cinq minutes, l’interview enregistre 2 000 vues. Et, dans la soirée, plus de 70 000. Dj Arafat est une star adulée. Dans son pays la Côte d’Ivoire… et bien au-delà. Présentant son nouvel album et son nouveau son, le « Trap décalé  », il nous parle de sa musique, Dieu, la paternité , l’Afrique…  A sa façon. Décalée. Interview. Par DBM

Vous venez de recevoir le prix du « meilleur artiste de coupé décalé ». Après plus de dix ans de carrière, comment réussissez-vous à rester le meilleur ?

On réussit à s’imposer grâce à Dieu. Depuis tant d’années, nous sommes là et ça ne bouge pas… Même si mon public a évolué. Ce sont des jeunes, des vieux, des tontons , des tatas issus de toutes les communautés. Pas seulement en Côte d’Ivoire. Sincèrement, je suis heureux, content que ma musique plaise. 

Faut-il s’adapter aux nouvelles tendances pour durer ? 

Oui, c’est justement parce qu’on s’adapte, on suit les rythmes de la musiques, les tendances que nous sommes toujours les meilleurs.  Aujourd’hui, des styles nouveaux émergent chaque jour. Le coupé-décalé a évolué. L’afro trap fait sa place. Il faut savoir intégrer ces nouveaux genres musicaux. Ce que beaucoup d’artistes n’arrivent pas à faire… Moi, à la base, je sais tout faire. 

Vous représentez la Côte d’Ivoire en Afrique, en Europe… vous en êtes fier ? 

J’en suis très fier ! Je suis Ivoirien et je mourrai Ivoirien. C’est un drapeau que je porte avec fierté et que je vais emmener haut et loin.

Vous parliez de l’afro trap, un genre qui vient d’Afrique. Le continent s’exporte et innove même dans la musique… 

Oui et c’est à encourager. Je félicite MHD qui a fait la promo de ce courant qui mêle de l’électronique avec des sonorités africaines, du hip hop et c’est bon. Mais moi j’aime aller au-delà de mes limites. Et j’ai créé un nouveau son, le trap décalé. Et ça va cartonner ! 

Vous êtes donc également dans l’innovation, comme l’Afrique qui est en pleine ébullition.  Quel rôle doivent jouer les artistes dans l’émergence du continent ?

Je vais parler de moi. A part mon art, je ne sais rien faire d’autre. Je suis tout le temps chez moi. Je travaille sur ma musique. Et c’est à travers mon art que je m’exprime et que je représente l’Afrique. 

Les jeunes changent la société ivoirienne de l’intérieur, ils prennent le pouvoir, sur les réseaux sociaux, comme vous. Vous êtes ultra-connecté…

J’ai deux millions d’abonnés sur ma chaîne. Aujourd’hui, les réseaux sociaux font beaucoup et les illettrés s’adaptent. C’est ingénieux. Ça révolutionne nos sociétés, nos habitudes. Il faut s’adapter.

Profitez-vous des réseaux sociaux pour faire passer des messages ? Même si souvent les artistes rap disent qu’ils ne veulent pas jouer les prophètes. Et vous, Arafat ? Quand on choisit ce nom, c’est une forme d’engagement… 

J’ai choisi mon pseudo en hommage à Yasser Arafat et je l’assume. C’était un combattant. Comme moi. En ce qui concerne ma musique, j’ai des morceaux qui font danser et d’autres, comme vous dites, où je fais passer des messages. Je véhicule des messages comme éviter de tomber dans un cercle vicieux où tu vas voler et finir par te faire braquer. Je me base sur ma propre vie, celle d’un enfant qui n’avait rien, qui a souffert dans sa vie et qui s’est battu pour s’en sortir. Si j’ai un message à passer à travers ma musique c’est celui là. C’est pour cela que je chante beaucoup plus en français, pour toucher un public plus large. Là, je prépare un album de fou, le public va se demander ce que j’ai mangé.

Quel sera la couleur de cet album ? 

Dans cet album, j’ai mis toutes mes influences musicales, du coupé-décalé forcément, de l’afro trap, du hip-hop, du trap décalé, du reggae et un morceau de zouk que je vais faire avec Danny. Nous cherchons encore une voix féminine pour accompagner ce morceau. Un premier single vient de sortir : « Un enfant béni ». Il a fait un million de vues en deux semaines. C’est encourageant. Nous allons lancer le deuxième sigle, « Hommage à Jonathan », un duo avec Maître Gims (producteur d’Arafat). Et inch’Allah en décembre, l’album sera prêt. (Il fixe la caméra). Assmaâ, la destruction est en marche ralliez-vous !

Ralliez-vous cela signifie suivez mon chemin. Comment vous encouragez les jeunes dans ce sens ? Vous êtes l’ « Influenmento »…

Je les encourage en les mettant face à ma réussite. En leur montrant mes biens, mon argent, mes voitures. En leur foutant la pression. Je les encourage à suivre mon chemin et à se battre. Se dépasser, comme Arafat. Je ne me suis jamais dit, quand j’ai commencé que des médias internationaux, comme le vôtre s’intéresserait à moi. Mais j’ai travaillé dur pour cela. Et je veux que les jeunes qui me suivent se battent comme moi. Travaillez. J’ai souffert, vous savez. Je n’oublie pas d’où je viens. Certains artistes, quand ils ont beaucoup de popularité, pensent qu’ils ne marchent plus sur cette terre. Parce qu’ils gagnent trop d’argent. C’est ce qu’il ne faut pas faire. Moi, je reste naturel. Je m’assois là, à manger mon alloco. Je sors en tong dans le quartier. Je me montre tel que je suis, au naturel. C’est ça qui est important : le respect et l’humilité. Ne pas jouer la star. Ce n’est pas le comportement que je montre à mes fans. Et mes fans, ce sont des gens bien éduqués. Ils savent ce qu’ils veulent. (Regardant la caméra) « On vous salue, hé ! La gouadaou vous salue ». La gouadaou, c’est la blanche. …

C’est important ça ? Le fait qu’une journaliste blanche vienne vous interviewer. On doit se définir par sa couleur ?

Ce n’est pas un problème, je suis noir. C’est le meilleur accouplement. Tout le monde veut vos cheveux. Nos filles se font des tissages pour vous ressembler ?  

Que dites-vous aux filles, à vos fans, qui se blanchissent la peau et se lissent les cheveux ? 

Personnellement,  je préfère l’original. J’aime Dieu et Dieu t’a fait tel donc tu dois rester naturel. Tout mec veut sa métisse. Moi, perso, je suis « tout chargeur ». Mais j’ai ma femme, je suis tranquille. 

Vous êtes marié donc et papa ?

Je préfère taire ma vie privée mais je suis père de trois enfants que j’adore. Lachoina, Ezekiel, Maël. Et je serai bientôt père à nouveau. Mais je n’en dirais pas plus. Je préfère rester discret sur ma compagne pour la préserver. 

Deux de vos enfants portent des prénoms bibliques, vous parlez beaucoup de Dieu, êtes-vous croyant ?

Je suis croyant même si je ne vais pas trop à l’église. J’ai mes raisons. Mes frères, ne vous fâchez pas. Mais je crois en Dieu parce qu’il a toujours été présent dans ma vie. Je me suis retrouvé parfois dans de très sales situations, et je m’en suis sorti, grâce à lui. Même quand c’est dur, quand je ressens trop la question, il est là. Et c’est à lui que je me confie. Mais il y a une vague là qui ne me plait pas trop. Une fois j’ai essayé d’aller à l’église, le pasteur faisait un show ! La star ce n’est pas lui. On est là pour Dieu. 

La Côte d’Ivoire attire le monde entier aujourd’hui…

C’est normal que la Côte d’Ivoire attire le monde entier. Ce pays a des sommités avec lesquelles on ne s’amuse pas. Telles que Didier Drogba qui est une sommité mondiale. Qui ne connaît pas Didier Drogba ! Aujourd’hui vous avez Dj Arafat qui s’appelle Didier. ( Il s’adresse à nouveau à la caméra et à son public) «  Hé, mes fans si vous avez des enfants appelez-les Didier, je vous dis, Didier Drogba est parti de rien, il est multimilliardaire aujourd’hui. Moi aussi, j’ai souffert et aujourd’hui je suis Arafat ». 

Elle va bien la Côte d’Ivoire aujourd’hui. Elle va mieux ? 

Je ne rentre pas dans certains détails. Ce que je constate, dehors, c’est chaud, mais le pays travaille. Ceux qui doivent s’occuper de ce qu’ils savent faire, le font. Des petits bobos existent encore mais on se soigne. Moi je ne suis pas politicien. Je n’ai aucun parti, aucun soutien, mais mon papa, je l’ai déjà dit et je le répète, c’est Hamed Bakayoko. C’est quelqu’un qui me soutient. Qui m’encourage. Et me gronde quand je fais des choses qui ne lui plaisent pas.  Tout ce que je peux dire c’est qu’on doit rester fort, uni et ensemble on deviendra plus fort. C’est le message que j’adresse à tous les Ivoiriens, àtous les Africains.