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Parcours Daniel Oulaï, porteur de la graine de l’espoir

En 2016,  l’agro-entrepreneur ivoirien Daniel Oulaï fonde La Grainothèque, une structure agro-entrepreneuriale qui valorise l’usage de semences africaines, à travers entre autres une banque de prêts de graines. Le fruit du labeur d’un passionné de la terre. Portrait.  

Par Issiaka N’Guessan, à Abidjan

Avec son chapeau de cow-boy et sa silhouette élancée, l’Ivoirien Daniel Oulaï parle avec passion de l’agriculture et de l’élevage, le regard rivé sur son objectif : être un vecteur de changement de paradigme dans la perception des jeunes déscolarisés qui sont dans les villages. Et pour cause, il a fondé « La Grainothèque » en 2016, une structure agro-entrepreneuriale qui valorise l’usage de semences africaines, à l’aide d’une banque de prêts de graines.

« Personne ne le fera à notre place. Le succès et l’échec dépendent du choix que chaque jeune fait. Le défi de notre génération est sur le terrain économique et non politique », soutient Daniel Oulaï, qui rentre de Montpellier, où il a pris part au dernier Sommet Afrique-France, organisé le 8 octobre. Pour le jeune entrepreneur social de 30 ans, vainqueur en 2018 du Prix Castel et du Prix National d’Excellence de l’Innovation en 2019, ce Sommet de Montpellier était de fait « un cadre d’échanges à encourager ». Ce qui ne l’empêche pas de rester lucide sur certaines insuffisances actuelles.  « Je  n’ai pas connu la colonisation, mon père non plus. Alors que faisons-nous pour avancer ? »,  s’interroge l’agro-entrepreneur, qui fourmille pour sa part d’idées pour faire progresser sa cause. 

« Un système intégré de production de semences du terroir, encourageant une démarche agricole locale, qui rapproche agriculteurs, éleveurs et consommateurs »

Pour ce petit-fils d’agriculteur, qui dit avoir « observé la chaîne vicieuse qui ne permettait pas d’offrir des conditions correctes aux enfants», l’agriculture est un « choix historique ». Dans ce secteur associé à ses origines familiales, il lui fallait apporter quelque chose de neuf, faire germer une graine d’espoir. C’est ainsi qu’il a lancé La Grainothèque, en 2016. Car, « sans semence, il n’y a pas d’agriculture », rappelle Daniel Oulaï.  Or, son projet permet justement d’établir un système intégré de production de semences du terroir, encourageant une démarche agricole locale, qui rapproche agriculteurs, éleveurs et consommateurs. Il soutient qu’à Sangouiné, dans l’Ouest du pays- dont il est originaire- un moulin rachète les invendus de céréales et les légumineuses qui permettent la transformation en aliments pour le bétail. Les déjections des animaux sont quant à elles transformées en engrais biologique pour les terres.

Pourtant, au commencement de son aventure entrepreneuriale, le  jeune manager  avoue avoir « eu du mal à convaincre [son] père, un enseignant de théologie, cartésien. Surtout que dans son milieu, aucun entrepreneur n’avait prospéré ». Ce n’est qu’en 2019 qu’il recevra pour la première fois les félicitations de celui-ci, après avoir remporté le Prix National d’Excellence pour l’Innovation, en Côte d’Ivoire. 

« Un double défi s’impose pour l’excellence et l’obligation de succès »

De quoi aussi faire taire ses anciens camarades de classe qui, pendant longtemps, ont questionné son choix de devenir agriculteur-éleveur. Au-delà des lauriers et la reconnaissance obtenus, Daniel Oulaï estime pourtant que le challenge est devenu encore plus grand. « On n’a plus droit à l’erreur et à l’échec. Un double défi s’impose pour l’excellence et l’obligation de succès », admet sans détours le patron de La Grainothèque, passé dans une autre vie par l’entreprise française Station Energie et qui « [se] refuse aujourd’hui à être conformiste et à se retrouver entre quatre murs d’un bureau ». Alors, forcément, quand on remporte le Prix Castel, le Prix National d’Excellence pour l’Innovation et qu’on se retrouve parmi les participants du Sommet Afrique-France de Montpellier, « on se dit qu’on a fait le bon choix », reconnaît avec satisfaction le jeune homme qui, à peine rentré de Montpellier, a vu le ciel lui sourire une nouvelle fois. 

Le groupe aurifère canadien Endeavour Mining, exploitant des mines d’or d’Ity en Côte d’Ivoire, a conclu avec lui un partenariat pour restaurer notamment « les écosystèmes dégradés- en particulier la fertilité des sols et la biodiversité- et gérer les écosystèmes et leur fertilité, en adaptant cette gestion au changement climatique ». La consécration de son travail de pionnier pour une agriculture africaine écologiquement responsable. 

Objectif : ouvrir la première représentation de La Grainothèque à l’international, en 2022

Afin de communiquer cette passion aux jeunes, Daniel Oulaï a initié le Forum de l’entrepreneuriat agricole à Man, la capitale régionale de l’Ouest montagneux dont il est originaire. Autour d’un repas, Daniel échange avec les jeunes aspirants agro-entrepreneurs pour leur raconter son histoire et attiser ainsi la flamme qui couve en eux. Pour lui, il ne faut pas attendre l’appel des autorités politiques, mais « s’inviter à [leur] table et être une force de proposition car nous sommes dans un secteur d’emplois ».  Consultant FAO, il entend consacrer de la sorte deux semaines chaque année à la formation des jeunes à travers toute la Côte d’Ivoire. Avec toujours le même leitmotiv : « Faire beaucoup en très peu de temps ». Cette année, sur les dix visites de localités planifiées, quatre ont déjà été réalisées. 

Prochain objectif : ouvrir la première représentation de La Grainothèque à l’international, en 2022. Mais l’entrepreneur n’a pas encore choisi le pays ; ce sera probablement « entre le Sénégal et la France ».  En attendant, Daniel Oulaï expérimente un nouveau projet de moyens de transport urbain à l’aide de panneaux solaires à Danané (ville à l’Ouest de la Côte d’Ivoire, et proche du Libéria et de la Guinée) avec le soutien financier de Bloomberg. L’idée : faciliter le déplacement des personnes à motricité réduite -femmes enceintes, personnes âgées- dans ces zones où les voies d’accès aux centres de santé sont souvent très dégradées. Autant de rêves de « faire la différence » qui ont séduit la fondation Orange. 

Un FabLab pour mettre à la disposition des populations rurales des outils agricoles fabriqués sur place

La structure à but non lucratif rattachée à l’opérateur français de télécoms éponyme a ainsi aidé l’agro-entrepreneur à lancer-depuis octobre 2020- un FabLab pour mettre à la disposition des populations rurales des outils agricoles fabriqués sur place. Une chose est sûre : écouter ce jeune porteur de projets parler de sa passion pour l’amélioration des conditions de pratique de l’agriculture fait perdre la notion du temps. La pluie vient de s’achever, comme pour bénir le chemin encore long de Daniel Oulaï.

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