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Parcours Bertha Dlamini « Quand une femme est leader, elle change la donne ! »

Depuis plus de dix ans, la Sud-africaine Bertha Dlamini, met son expertise en marketing digital au service de son continent, en particulier des femmes. Elle les accompagne à travers l’Association pour les services d’électricité municipaux – Femmes dans l’électricité. 

Bertha, comment vous-êtes vous orientée dans la voie du marketing digitale ?

Je suis née à Giyani, dans la province du Limpopo, au Nord de l’Afrique du Sud. J’ai été élevée par des femmes quim’ont inculqué la valeur du travail mais surtout l’importance d’œuvrer pour le bien des autres. Alors que j’étais admise dans les principales universités grâce à des bourses, je craignais que les coûts ne soient trop élevés pour ma mère célibataire. Je devais trouver une formation qui me permette d’intégrer rapidement le marché du travail. C’est ainsi que je me suis orientée vers un diplôme en marketing à Cape Technikon, aujourd’hui appelée la Peninsula University of Technology. J’ai décroché un emploi avant la fin de ma troisième année et je n’ai pas arrêté depuis. J’ai complété mon diplôme avec plusieurs qualifications locales et internationales en gestion et stratégie d’entreprise.

Vous vous êtes depuis concentrée sur le secteur de l’énergie. Pourquoi avoir choisi ce domaine ?

Les études et recherches disponibles indiquent que le secteur informel de l’énergie concerne majoritairement les femmes. La plupart de leurs activités économiques sont liées à la fourniture de services basés sur l’énergie calorique (pour la cuisine, la poterie, l’agroalimentaire, etc.). Jusqu’à présent, elles utilisent des solutions axées sur l’utilisation de la biomasse, comme le bois, ce qui est en contradiction avec les objectifs d’énergie propre. Par ailleurs, les femmes représentent également la moitié des acheteurs de systèmes solaires dans les pays en développement et elles s’avèrent être des entrepreneurs d’énergie verte. Cependant, les vieilles pratiques de l’industrie et les politiques existantes empêchent toujours les femmes de participer à cette nouvelle économie et ne les intègrent pas toujours. La représentation des femmes dans le secteur de l’énergie demeure faible : en termes d’emplois, d’élaboration de politiques publiques et de leadership. Elles sont absentes des lieux de décision. Trop peu d’innovations ou de solutions énergétiques innovantes sont destinées aux femmes entrepreneures. Or, il est avéré que le leadership féminin, en particulier dans l’entrepreneuriat, se traduit par une amélioration des performances commerciales. L’absence de femmes au sommet des entreprises constitue ainsi une perte de talents, d’idées et d’innovations. Sur la base d’une enquête menée auprès de quatre-vingt-dix entreprises du secteur des énergies renouvelables dans le monde, les femmes représentaient en moyenne 35% de la main-d’œuvre (Irena, 2016), une part plus importante que dans le secteur énergétique traditionnel. Il y a actuellement 9,8 millions d’emplois renouvelables à l’échelle mondiale – un nombre qui pourrait atteindre 24 millions d’ici 2030 (Irena, 2016). Au regard de toutes ces études, il est essentiel, pour répondre à cette demande, de réserver une place aux femmes. Le secteur des énergies propres est un moteur économique mondial majeur auquel les femmes doivent contribuer. C’est pourquoi, j’ai choisi le secteur de l’énergie. J’ai créé une plateforme qui intègre les femmes sur l’ensemble de la chaîne de valeur énergétique, de la production à la distribution, et leur permette de participer à des solutions énergétiques à grande échelle. Je crois que nous devons explorer, identifier et mettre en œuvre des solutions qui favorisent l’accès universel à l’électricité sur le continent en comptant sur le potentiel que représente la moitié de la population mondiale. Quand une femme est leader, ça change la donne. Il suffit de voir Michelle Bachelet, au Chili.

Vous insistez sur l’entrepreneuriat féminin. Dans quelles mesures, en Afrique du Sud comme ailleurs, la création d’entreprises s’avère-t-elle une alternative à la précarité que connaissent nombre de femmes sur le continent ?

L’Afrique du Sud a établi un cadre réglementaire qui oblige les secteurs publics et privés à faire progresser l’intégration de la dimension du genre dans leur organigramme. Concernant le secteur privé, le taux de participation des femmes à la vie économique formel peut être amélioré. Malgré les efforts, des défis, universels, doivent être relevé par les femmes en Afrique du Sud : l’accès au financement, au marché, à des réseaux influents, à la technologie, … L’entrepreneuriat joue un rôle dans le sens où il permet aux femmes d’être indépendantes et de produire leur propre cadre. Cela doit être accompagné. Le gouvernement et Eskom, compagnie sud-africaine de production et de distribution d’électricité, peuvent jouer un rôle central dans cette voie. Eskom s’est déjà saisie des questions de genre et cherche à agir en conséquent pour ses politiques d’approvisionnement.  Il faut savoir que le marché émergent des énergies renouvelables a connu des difficultés, il y a dix ans, pour des retards dans les positionnements politiques. Cela a conduit à l’échec de nombreuses petites et moyennes entreprises dans ce nouveau secteur et mis un frein à l’opportunité pour les femmes d’y participer. J’espère qu’avec le soutien et un cadre juridique approprié, les femmes auront encore une chance de rattraper leur retard et de jouer un rôle important. L’entrepreneuriat permet l’intégration effective de la dimension de genre dans divers secteurs de l’économie et stimule la croissance économique ce qui favorise la création d’emplois pour tous, et surtout les jeunes et les femmes. C’est un cercle vertueux.

Quel message souhaiteriez-vous transmettre aux jeunes femmes qui voudraient suivre votre exemple et construire l’Afrique de demain ?

Précisément, j’ai cinq conseils. Le premier : s’engager et s’épanouir grâce à un parcours académique ou une éducation approfondie. Deuxièmement, apprendre à développer des réseaux mutuellement bénéfiques, entretenez des relations sincères qui produisent de la valeur ajoutée. Troisièmement, valorisez votre temps, chaque minute compte. Quatrième conseil : Croyez en vous ! Vous êtes à la hauteur. Et le dernier : Visualisez des objectifs qui vous poussent à exceller et n’attendez pas que quelqu’un vous pousse. Prenez les devants, soyez audacieuses, frappez aux portes. Nul ne sait ce que l’avenir vous réserve …

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