ActualitéParcours

Parcours Béji Caïd Essebsi, une vie républicaine


Le 25 juillet, le président de la Tunisie, Béji Caïd Essebsi, est mort, à l’âge de 92 ans. Clin d’œil de l’histoire, ce jour-là, le pays célébrait l’anniversaire de la proclamation de la République. Une histoire à laquelle aura participé BCE. Portrait.

Par Dounia Ben Mohamed 

Nous pourrions presque croire, fin stratège qu’il était, que Béji Caïd Essebsi aura calculé jusqu’au jour de sa mort. Car pour cet homme qui aura participé à la vie politique tunisienne depuis son indépendance en 1956, tirer sa révérence le jour de l’anniversaire de la proclamation de la république vaut tout un symbole.

Militant dès 15 ans

En effet, la carrière politique de BCE est intimement liée avec l’histoire de la république tunisienne. Né le 29 novembre 1926 à Sidi Bousaïd, en banlieue nord de Tunis, avocat de formation diplômé de la faculté de droit de Paris, il s’engage très tôt dans la vie politique. En commençant par militer, dès l’âge de 15 ans, au sein du Néo-Destour, le parti fondé par le père de la Nation, Habib Bourguiba. Ce dernier, l’appellera à rejoindre le chantier de construction de la Tunisie indépendante. En tant que conseiller, directeur de l’administration régionale, au ministère de l’Intérieur, directeur général de la sûreté nationale, avant d’occuper plusieurs postes de ministre, et enfin d’ambassadeurs, en France et en Allemagne notamment. Quand s’ouvre l’ère Ben Ali, BCE qui a entre-temps changé d’étiquette_ exclu du Parti socialiste destourien, il rejoint le Mouvement des Démocrates socialistes avant d’ intégrer le RCD de Ben Ali_, est loin d’être banni de la scène politique. On le retrouve président de la Chambre des députés en 1989. Suit alors une courte retraite politique où il reprend ses activités d’avocat… avant d’être rappelé aux affaires, comme chef du gouvernement de transition, à la suite de la Révolution du 14 janvier 2011 et jusqu’aux élections législatives du 23 octobre 2011. 

« Ni des gauchistes, des droitiers ou des centristes »

Pragmatique, l’homme créé sa propre formation politique, en juin 2012, Nidaa Tounes, « l’appel de la Tunisie », composé « ni des gauchistes, de droitiers ou de centristes » selon BCE himself, et ne vise rien d’autre que la présidence de la jeune démocratie tunisienne, en se posant comme un rempart face à la montée des islamistes. Après avoir remporté 86 sièges à l’Assemblée des représentants du peuple aux élections législatives du 26 octobre 2014, il sort vainqueur de son duel avec Moncef Marzouki et prend ainsi la tête du pays, le 22 décembre 2014, avec 55,68%. 

Le doyen de la classe politique tunisienne, et accessoirement des chefs d’État africains, qui se positionne comme l’héritier de Bourguiba alors que le pays connait une vague de nostalgie bourguibienne, joue la carte de l’expérience et rassure, à l’intérieur comme à l’extérieur, tandis que la Tunisie connait une vague d’attentats sans précédent.

Fin orateur, il rassure et rassemble… Sans arriver à fédérer la classe politique tunisienne plus que jamais divisée

L’avocat de métier, fin orateur, rassure et rassemble une classe politique plus que divisée jusqu’à créer une alliance incestueuse avec le parti islamiste Ennahda qu’il intègre à son gouvernement de coalition. Sans arriver à fédérer la classe politique tunisienne, plus que jamais divisée, y compris au sein de sa propre famille politique_ son poulain, le premier ministre Youssef Chahed, critiqué par les siens, et moins contrôlable que l’avait prévu BCE, créera son propre parti, Tahyia Tounes en janvier 2019_, alors que la gronde grandit au sein de la population, lassée par les clivages politiques, la montée de la corruption, l’inflation et la flambée de prix… 

Si en avril dernier, il annonçait son retrait de la vie politique, à l’issue de son mandat qui devait se terminer avec l’élection présidentielle de novembre 2019, l’histoire en décidera autrement. A quelques mois de l’échéance, il s’éteint à l’hôpital militaire de Tunis. Laissant la République tunisienne dans une situation socio-politique incertaine…