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Parcours Adama Paris est dans l’hair

La fondatrice de la Dakar Fashion Week, de la Fashion TV, Adama Paris continue d’explorer de nouveaux terrains créatifs. Avec l’exposition Shameless Afro Hair, elle se raconte à travers ses coupes de cheveux, et l’ouverture de SAARGALE, un concept store implanté dans les beaux quartiers à Paris, elle offre une plateforme de mise en valeur du made in et by Africa. Interview d’une créatrice dans l’hair…

Propos recueillis par Dounia Ben Mohamed

Vous avez présenté à Dakar une nouvelle exposition des plus originales : Shameless Afro Hair ou l’histoire de vos cheveux ?

J’ai en effet présenté pour la première fois mon travail en tant qu’artiste, à Dakar, sur le thème des cheveux. Un projet en collaboration avec un musée de Berlin qui m’avait approché pour travailler sur un de leur projet, Afro Futur et Design & Hair. Ils m’ont donné carte blanche pour faire ce que je voulais. J’ai choisi le thème des cheveux parce que j’ai une histoire très intime, compliquée, et passionnelle avec mes cheveux et mes différentes coiffures. 

L’idée est de vous raconter, votre parcours, vos évolutions, vos influences artistiques, à travers vos différentes coupes de cheveux ? 

Dans Shameless Afro Hair, je parle effectivement de mon rapport avec mes cheveux. Petite, je les détestais, adolescente, je les cachais sous des perruques et autres, adulte, j’ai appris à les aimer, à ne plus les cacher, à ne plus en avoir honte, et surtout à ne plus utiliser d’artifice pour les sublimer. Ce qui est un réel problème chez nous, les noirs. Celles qui ont adopté des coiffures naturelles comme moi revendique de ne pas utiliser d’artifices types mèches ou autres.

C’est une manière de raconter mon histoire à travers mes cheveux. On peut ainsi voir des portraits, des photographies, mais également des toiles. J’ai cousu des mèches sur des toiles, des tenues également essentiellement fabriquées à partir de mèches Dans chaque œuvre, on me voit avec des coiffures différentes, des looks différents, qui correspondent à des périodes de ma vie. Il s’agissait de montrer cette évolution vers le shameless, le fait de ne plus avoir honte de ses cheveux. Plus largement, cette exposition évoque un thème, les cheveux africains, noirs, assez politisé, surtout en Amérique, avec ce phénomène Nappy qui est arrivé jusqu’en Europe et en Afrique. 

Une expo tendance : avec les mouvements nappy, en plein essor à Abidjan par exemple, le cheveu devient une nouvelle forme d’expression ? 

Je suis contente que le thème de l’exposition soit tendance mais ce n’était pas le but. C’est surtout quelque chose qui me tenait à cœur. Les gens qui me connaissent savent que j’ai un rapport particulier avec mes cheveux. J’adopte souvent des coiffures extravagantes selon mon humeur. Je suis contente que ce mouvement nappy soit à la mode. Moi, je l’adopte à ma façon, un peu différente, je ne juge pas ceux qui utilisent des mèches par exemple. Je suis plus dans une approche pédagogique, l’essentiel est l’acceptation de soi. Si je ne suis pas mes cheveux, mes cheveux font partie de moi. 

Comment va évoluer cette exposition ? Va-t-elle voyager ? 

En effet elle va voyager. Comme tout ce que je fais, je voulais commencer par là où j’habite, autrement Dakar. C’est aussi une manière de dire aux femmes noires. Qu’elles soient nappy ou afro, qu’elles utilisent des postiches ou autres, l’essentiel est d’aborder cette relation avec nos cheveux comme quelque chose de beau. Essayer de leur montrer que cette chevelure est un plus par rapport à d’autres femmes. Et elles devraient les sublimer et non plus les cacher. En attendant, l’exposition ira ensuite en Allemagne. Le vernissage aura lieu en juin à Berlin où elle restera trois à quatre mois. 

Et vous Adama, diva de la mode made in Africa, quels sont vos futurs projets ? 

Diva ? Non, ce terme a une connotation olé olé (ires)… Dans mes projets, j’ai d’abord quelque chose qui me tenait à cœur, l’ouverture de SAARGALE (NDLR : (« rendre hommage »), un concept store que j’ai créé à Paris, dans un bel espace de 135 m2 où on a déjà 18 créateurs africains, avec cette particularité de ne faire que du made in Africa ou du by African. Ce qui qui s’inscrit dans l’optique de tout ce que l’on fait pour offrir aux artisans une plateforme de valorisation de leur création. C’est aussi l’idée d’offrir au public parisien un endroit chic, glam mais afro. De plus, nous l’avons pensé comme un lieu de vie avec un terrasse où l’on peut talk ou déguster du thé du Burundi. Le premier d’une longue série qui ne va pas se limiter à Paris, nous comptons en ouvrir dans d’autres villes occidentales dont New York, mais aussi en Afrique. 

On travaille d’arrache-pied sur un autre projet, l’usine SAARGALEqu’on essaie de mettre en place à Diamniadio, en périphérie de Dakar. Avec la même particularité, une usine dédiée aux artisans. Elle réunirait ainsi tous les métiers de l’artisanat, et, comme un incubateur, elle leur apportera les moyens de valoriser leur travail et que leur savoir-faire ne se perde pas. Voilà nos projets et on y croit fort. 

Y aller : SAARGALE au 47 avenue Daumesnil 75012