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OPEP Un accord historique

A l’issue de la rencontre « informelle » de l’Opep, à Alger, le 28 septembre, le cartel pétrolier a annoncé le plafonnement de la production entre 32.5 et 33 millions de barils jour à partir de la fin du mois de novembre prochain pour faire face à la chute des prix du pétrole sur les marchés internationaux. Une première en huit ans.

Tard dans la soirée du 28 septembre, lors d’une conférence de presse tenue à l’issue de la rencontre d’Alger, le président de l’Opep, le qatari Mohamed As Sada et son homologue algérien Boutarfa ne cachaient pas leur satisfaction. Les deux ne se sont pas empêchés de qualifier les résultats de cette rencontre informelle d « historique ». Et pour cause, d’informel, le rendez-vous s’est transformé en « réunion extraordinaire ». Un glissement sémantique pour faciliter les prises de décision, puisque le cartel pétrolier n’a jamais pris de décision lors d’une rencontre informelle. Quant aux décisions prises, elles concernent le plafonnement de la production entre 32.5 et 33 millions de barils jour à partir de la fin du mois de novembre prochain. Ce qui suppose une baisse de la production de l’ordre de 700.000 barils jour puisque la production actuelle de l’OPEP dépasse les 33.2 millions/j. Mais au-delà des chiffres, les analystes ont surtout retenu que c’est la première fois depuis huit ans que le cartel évoque la baisse de sa production pour éponger le surplus noyant le marché mondial. Les modalités pratiques de cette baisse seront arrêtées par un comité de suivi qui décidera des quotas à attribuer à chacun des 14 membres de l’OPEP. Mais d’ores et déjà, la Lybie et le Nigéria, les plus gros producteurs africains seront exempts de cette mesure en raison de l’instabilité régnant dans ces deux pays influant directement sur leur production.

Du scepticisme à l’euphorie

Le coup de force réussi à Alger concerne surtout l’Iran. Au cours de la journée, bien avant la fin de la rencontre informelle, des sources proches de la délégation iranienne ont répété à qui les veut entendre que leur pays tient absolument à son quota estimé à 4.1 millions de baril jour. Dans la même foulée, dès le début de l’après midi, le départ de la délégation russe a été annoncée. Un des gros producteurs hors OPEP. Ces deux informations ont motivé le scepticisme qui avait précédé l’ouverture des travaux de la rencontre informelle. Remarquons que même la presse algérienne, y compris celle très proche du pouvoir, ne croyait pas à la réussite du rendez vous d’Alger. Et pour cause, rien n’a filtré sur les tractations engagées par le ministre algérien du pétrole Noureddine Boutarfa qui a séjourné dans les pays du Golf avant le rendez vous du 28 Septembre. L’annonce de l’accord d’Alger s’est traduite immédiatement par un raffermissement du prix du pétrole sur le marché mondial. Une augmentation qui s’est estompé moins de vingt quatre heures après.

Des enjeux géopolitiques

Pour les analystes, le pari réussi d’Alger réside dans la réactivation du principe de limitation de la production comme moyen d’influer sur les prix. Une perspective longtemps abandonnée, notamment par l’Arabie Saoudite, un des gros pays producteurs. Par ailleurs, la rencontre d’Alger marque la nouvelle perception des pays producteurs, désormais conscients que l’envolée des prix qui avaient dépassé les 120 dollars le baril n’est pas pour demain. Boutarfa, l’hôte des autres membres de l’OPEP, s’est contenté de répéter qu’un prix entre 50 et 60 $ le baril peut arranger les producteurs et les consommateurs. Mais en deçà de 45 $, il pose désormais problème même à l’Arabie Saoudite qui commence à sentir les effets de l’effritement du prix de pétrole.

Après le scepticisme, et le moment d’euphorie lors de la conférence de presse des participants, l’accord d’Alger réclame un autre déploiement pour sa concrétisation. Sa mise en œuvre dépend également de l’évolution de la situation géostratégique, notamment en Syrie et en Irak où les intérêts des iraniens, russes d’un côté, saoudiens de l’autre, divergent.


 

 

ZIAD Salah