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Numérique L’Afrique devra encore accélérer pour compter dans le monde post-Covid

Le Portulans Institute, un institut de recherche indépendant a publié il y a peu le « Rapport Mondiale sur l’Economie Numérique ». Rassemblant de nombreuses données, et un classement des pays prêts à affronter les prochains défis du numérique, ce rapport met en avant le retard de l’Afrique dans ce domaine malgré les récentes avancées mais aussi des pistes pour y remédier.

 

« La crise sanitaire a montré comment les technologies numériques pouvaient nous aider à être mieux organisés et résilients face à des défis sans précédent. Cependant, la crise économique et sociale qui suivra a à peine commencé à se faire sentir. Face aux menaces d’un chômage massif et d’inégalités croissantes, la transformation numérique est désormais une obligation urgente. » Comme Bruno Lanvin, co-fondateur de Portulans, et co-auteur du « Rapport Mondial sur l’Economie Numérique », l’explique, la transformation digitale est désormais une nécessité. Publié récemment, ce rapport classe notamment les pays selon leur habileté à faire face aux défis liés au digital qui se présenteront. Pour cela, les deux chercheurs en charge de l’étude, Soumitra Dutta et Bruno Lanvin, ont développé un indice, le NRI reposant sur quatre dimensions fondamentales : la technologie, la population, la gouvernance et l’impact. « Cette approche holistique signifie que le NRI couvre des questions allant des technologies futures telles que l’intelligence artificielle et l’internet des objets au rôle de la transformation numérique dans la poursuite des objectifs de développement durable, par exemple », expliquent-ils.

L’Afrique en retard malgré de grandes avancées

Le classement est globalement, et sans surprise, dominé par les pays riches. On note ainsi que 17 des 25 premiers pays se trouvent en Europe. On note aussi que l’Afrique est en retard. Malgré des couvertures mobile et internet toujours meilleures, des innovations technologiques qui se multiplient, et malgré les politiques dans de nombreux pays qui visent à transformer cette économie en véritable force du continent, l’Afrique ne compte qu’un pays dans la moitié supérieure du classement, Maurice à la 61e place et 8 pays dans le top 100 sur 134 pays comptabilisés. Pire les 20 dernières places sont trustées par des pays africains, à l’exception de la présence du Yémen. « Même s’il y a beaucoup de célébrations autour de l’Afrique et ce qu’elle a accompli, il y a toujours beaucoup à faire si nous voulons rendre l’Afrique inclusive », explique Vera Songwe, de la commission des Nations unies pour l’Afrique. Un constat partagé par les auteurs du rapport, qui notent tout de même des progrès dans la gouvernance, l’un des facteurs importants retenus et qui concerne la cyber sécurité, les régulations ou encore l’inclusion.  « Il est clair que, pour les économies émergentes, la confiance et la sécurité doivent être au cœur des stratégies de transformation digitale pour leur permettre d’en retirer tous les avantages escomptés, que ce soit dans les transactions électroniques (y compris le commerce électronique) ou dans des domaines plus larges tels que l’éducation (certification, classement) », note le rapport.

« Une véritable transformation digitale planétaire serait celle qui s’efforcera de mettre fin à la pauvreté et aux inégalités »

Mais les auteurs n’en oublient pas pour autant les 3 autres facteurs : la technologie (tarifs d’accès, couverture 4G, internet à l’école, développement d’appli), la population (nombre d’utilisateurs et d’entreprises qui utilisent internet ou les outils technologiques, services en ligne des gouvernements) et l’impact (économique, qualité de vie, ou encore la contribution des technologies à la qualité de l’éducation, de la santé, des énergies). Les pays bien classés sont d’ailleurs en tête dans toutes les catégories, « cela souligne l’importance d’une approche multidimensionnelle pour une transformation digitale réussie et durable : l’accès à la technologie est certes primordial, mais les questions de confiance et l’application des technologies numériques dans les soins de santé ou l’éducation par exemple le sont tout autant. » Un véritable défi donc, pour rattraper le retard pris, d’autant plus que chacun des 17 objectifs de développement durable des Nations unies adoptés en 2015 « peut être accéléré grâce à l’utilisation adéquate des technologies numériques. Une véritable transformation digitale planétaire serait celle qui s’efforcera de mettre fin à la pauvreté et aux inégalités, de s’attaquer au changement climatique et à la dégradation de l’environnement, et de lutter pour la paix et la justice. » Tout un programme pour cette ère post-Covid en somme.

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