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Nouveau Sommet Afrique-France : un RDV axé sur la jeunesse et l’entreprenariat « pour réinventer la relation Afrique-France »

Initialement prévu à Bordeaux mais finalement accueilli par la ville de Montpellier, le 8 octobre le « Nouveau Sommet Afrique-France », qui réunira des centaines de jeunes entrepreneurs, artistes, chercheurs, athlètes, étudiants, personnalités engagées d’Afrique et de France, sans chefs d’États, doit poser les jalons d’une nouvelle relation entre le continent et l’Hexagone. Dans un contexte de fortes crispations des deux côtés. Analyse. 

Par Dounia Ben Mohamed

C’est dans un contexte d’exacerbation du sentiment anti-français en Afrique francophone et des questions relatives à l’immigration en France que va se tenir le 8 octobre, à Montpellier, le 28ème sommet Afrique-France baptisé « Nouveau Sommet Afrique-France ». Nouveau, car en lieu et place de la grande messe annuelle qui réunissait les chefs d’État de la sphère France-africaine, cette fois, seule la société civile est invitée à l’évènement qui reste organisé par le Ministère de l’Europe et des Affaires Étrangères français. Plus exactement, une centaine de jeunes entrepreneurs, artistes, chercheurs, athlètes, étudiants, personnalités engagées d’Afrique et de France. Mais sans chefs d’États. Une grande première qui s’inscrit dans la continuité de la feuille de route du président français, annoncée dans son Discours de Ouagadougou( NDLR : qui s’est tenu en 2017 pour rappel), et qui donne la primeur à la société civile pour « réinventer les relations France-Afrique », dans le cadre d’un relation franche, décomplexée, et rééquilibrée.  

Quatre ans après le Discours de Ouagadougou, un bilan mitigé

« Je suis d’une génération où on ne vient pas dire à l’Afrique ce qu’elle doit faire, quelles sont les règles de l’Etat de droit mais où partout on encouragera celles et ceux qui en Afrique veulent prendre leurs responsabilités, veulent faire souffler le vent de la liberté et de l’émancipation comme vous l’avez fait ici, assurera alors Emmanuel Macron devant les étudiants de l’université de Ouagadougou. C’est en Afrique que se jouera une partie du basculement du monde. Si nous échouons à relever ces défis ensemble, alors l’Afrique tombera dans l’obscurité, c’est possible. Elle régressera, elle reculera. Mais avec elle, l’Europe aura les mêmes difficultés, parce que s’ouvrira une longue période de migration, de misère, des routes de la nécessité et de la douleur plus encore qu’aujourd’hui. Mais si nous parvenons à relever ensemble ces défis, si nous sommes à la hauteur de ce grand moment de bascule que nous sommes en train de vivre, alors ici se jouera une partie de la croissance du monde. »

Emmanuel Macron, Discours de Ouagadougou, 2017-DR

Entre-temps, quatre années plus tard, le bilan est mitigé : si la situation se crispe en Afrique francophone, la traditionnelle zone d’influence française_ enlisement au Sahel avec désengagement de la France au Mali ; décès de l’allié historique Idriss Déby au Tchad et transition complexe ; coup d’Etat militaire en Guinée et chute d’Alpha Condé ; Paris accepte le remplacement du franc CFA par l’Eco qui reste toutefois sous l’égide de la Banque de France ;…_ de l’autre côté,  de nouveau horizon s’ouvre pour la France en Afrique qui amorce le processus de restitution des œuvres pillées à l’Afrique ; avance sur la question mémorielle avec un retour réussi au Rwanda ; augmente sa présence au Kenya et dans la région ; et s’affiche comme un partenaire majeur du continent pendant la pandémie avec un engagement français dans la reprise post-Covid marqué par la visite de Macron en Afrique du Sud, après un engagement financier dans la crise sanitaire illustré par 1,2 milliard d’euros engagé par l’AFD à travers l’initiative « Covid- 19 – Santé en commun ». De même l’organisation d’un Sommet de la dette à Paris pour entamer une réflexion sur de nouveaux mécanismes de financement. Et enfin, à quelques mois de la fin du premier mandat d’Emmanuel Macron, ce « Nouveau Sommet Afrique-France ». 

« Sans chefs d’État et sans autorités institutionnelles, il sera exclusivement consacré à la jeunesse d’Afrique et de France qui, chaque jour, bâtit l’avenir de la relation entre la France et le continent africain »

A travers ce format d’un « un genre radicalement nouveau » souligne les organisateurs, « sans chefs d’État et sans autorités institutionnelles, sera exclusivement consacré à la jeunesse d’Afrique et de France qui, chaque jour, bâtit l’avenir de la relation entre la France et le continent africain. Il a pour ambition de permettre d’envisager ensemble les perspectives et les premières actions concrètes à mener pour le renouveau de la relation entre notre pays et le continent africain. »

Concrètement, sur le thème « changer les villes pour changer la vie », articulé autour de 5 grandes thématiques – l’engagement citoyen, l’entreprenariat et l’innovation, l’enseignement supérieur et la recherche, la culture et le sport – la rencontre ne se traduira pas des échanges destinés à « nouer des nouveaux réseaux, de concevoir des projets communs, de bâtir des ponts… afin de construire une véritable dynamique collective jusqu’au Sommet et au-delà. »

Un « Dialogue » déjà amorcé. Les Dialogues Afrique-France, animés par Achille Mbembe, chargé par Emmanuel Macron de piloter ces débats, à l’aide d’un comité composé de personnalités africaines, ont été initiées dès le début de l’année 2021, dans plus d’une dizaine de pays du continent. 

Une forte présence des jeunes entrepreneurs du continent confirme également l’axe, déjà dessiné, de cette nouvelle relation, plus économique, nourri par des intérêts communs, et une volonté de répondre, ensemble aux défis communs. Du moins, c’est l’intention. 

« Une nouvelle relation dépoussiérée des reliquats de la Françafrique, inscrite dans cette nouvelle ère de l’Afrique-France »

Reste à savoir si « ce nouveau Sommet » ira au bout de ses ambitions, à savoir assoir les bases d’une nouvelle relation dépoussiérée des reliquats de la Françafrique, inscrite dans cette nouvelle ère de l’Afrique-France qui s’affirme plus franche, plus économique et tournée vers le futur. L’actualité risque de détourner le Sommet de ses enjeux : l’enlisement de la situation au Sahel d’un côté ; l’exacerbation du débat autour de l’immigration en cette rentrée de pré-campagne présidentielle en France donneront sans doute au Sommet un autre écho. Au risque de passer à côté de l’objectif de départ. 

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