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« Notre mission : faire du Togo le hub aéroportuaire de la sous région »

Interview du Colonel Dokissima Gnama Latta, Directeur Général de l’Agence nationale de l’aviation civile. 

Pour prétendre au statut de « pays émergent » à l’horizon 2030, le Togo mise sur de nombreux secteurs, notamment celui du transport aérien. Alors qu’une nouvelle aérogare a été inaugurée cette année et que des travaux sont en cours sur un second aéroport, l’objectif du Colonel Dokissima Gnama Latta est désormais clair : faire du Togo un hub aéroportuaire en Afrique de l’Ouest. Interview.

 

 

La nouvelle aérogare de l’Aéroport International Gnassingbé Eyadema a été ouverte cette année après plusieurs années de travaux. Que représente un tel investissement pour le pays ?

 

Conformément à la vision du Chef de l’État, qui veut faire du Togo un pays émergent à l’horizon 2030, nos autorités investissent considérablement dans de nouvelles infrastructures. Dans le domaine aérien, cette nouvelle aérogare représente à elle seule un investissement de 150 millions de dollars US, soit 75 milliards de FCFA, financés en partie grâce à une subvention de la China Exim Bank. Il s’agissait de moderniser nos installations qui – datant de 1960 – n’étaient plus adaptées à nos prévisions de trafic.

 

Vous prévoyez donc une hausse du trafic aérien via les aéroports togolais ?

 

En effet. Nous constatons que son accroissement est exponentiel depuis quelques années. C’est pourquoi nous avons choisi d’anticiper cette tendance grâce à la modernisation de notre aéroport et plus spécifiquement par la création d’un nouveau terminal. Bâti sur trois niveaux, d’une superficie de 21.000m² et doté de 5 passerelles télescopiques, il offre une capacité de traitement de 2 millions de passagers par an. C’est cet ensemble de moyens qui nous permettra d’accueillir dorénavant cinq fois plus de flux humains que par le passé. Notre objectif est d’absorber un flux annuel de 1,5 millions de passagers dès 2020 pour atteindre 2,5 millions en 2030.

 

En quoi cette tendance peut-elle être bénéfique à l’économie du pays ?

 

Quand nous parlons de l’accroissement exponentiel du trafic, il s’agit principalement de touristes et d’hommes d’affaires qui entrent au Togo par notre capitale. Aujourd’hui, nos hôtels sont toujours pleins, de sorte que nous voyons se développer de nouveaux groupes hôteliers – tels que Radisson, Onomo et Sarakawa. Les retombées économiques sont aussi évidentes pour nos sociétés de services aéroportuaires : ST Handling, Lomé Catering, ASECNA ou encore Aérotransports. En ma qualité de Président du comité de pilotage des travaux de modernisation, j’avais exigé que la main d’œuvre soit à 70% constituée de personnel togolais : cela a contribué à créer des emplois, tant pour le personnel manutentionnaire que pour les jeunes diplômés. Enfin, Asky Airlines, la compagnie aérienne privée togolaise, est un autre signe de la bonne santé du secteur et une autre source de bénéfices économiques pour le territoire.

 

Justement, outre cette société privée, peut-on imaginer l’arrivée d’une compagnie aérienne nationale et publique ?

 

Les grandes sociétés aériennes non africaines contrôlent à elles seules 80% du trafic entre le continent et le reste du monde. Les pays de notre région essaient de soutenir la croissance dans tous les domaines, mais compte tenu d’un manque de moyens financiers, la concurrence reste pour ce volet encore trop forte. A mon avis, il faudrait  à l’avenir mutualiser nos efforts pour avoir des compagnies aériennes régionales capables de concurrencer celles de l’occident. Dans le cas d’Asky Airlines, bien que togolaise et de droit privé, elle reste régionale et panafricaine : il faut donc tout faire pour la soutenir avant de penser à lancer sur le marché une nouvelle compagnie nationale.

 

De nos jours le monde fait face à des menaces terroristes. Comment concilier  la croissance du marché aérien avec les exigences de sûreté et de sécurité internationales ?

 

Avec une prévision de croissance de 8% d’après la Commission africaine de l’aviation civile (CAFAC), le Togo met tout en œuvre pour respecter les normes de sûreté et de sécurité internationales : tomographes, équipements de pointe, détecteurs d’explosifs liquides et solides… Nous sommes aussi conscients de l’évolution des menaces, qui sont maintenant dirigées vers les villes. C’est pour cette raison que nous  sécurisons toutes les voies de circulation : à l’entrée comme à la sortie de la nouvelle aérogare. C’est à cette seule condition que nous pouvons réussir dans un secteur en pleine croissance et que nos voyageurs peuvent être rassurés. Ainsi, nous avons eu la meilleure note du continent (95,77%) lors du dernier audit de l’Organisation de l’Aviation Civile Internationale (OACI) et nos partenaires internationaux nous accordent leur plus grande confiance. Par exemple, le Togo dispose de plusieurs certifications et agréments dont celui d’« aéroport catégorie 1» de l’Administration fédérale de l’aviation des États-Unis (FAA).

 

Ces certifications ont-elles un poids dans l’expansion de votre activité ? Vous permettent-elles d’être plus concurrentiel à l’international ?

 

Bien sûr ! La certification des aéroports est très importante car il y va de l’intérêt de tous. Dans la zone WACAF (Afrique de l’ouest et Centrale), seulement 7% des aéroports sont certifiés, parmi lesquels celui de Lomé au Togo. Grâce à nos efforts de sûreté, nous avons pu récemment signer un accord de transport aérien avec les États-Unis. Plusieurs routes seront officiellement dégagées pour faciliter le trafic des marchandises entre nos deux pays. Ainsi, le Togo rejoint la liste des vingt-six états africains qui ont un accord de transport aérien outre-atlantique. Des compagnies telles qu’Asky Airlines et Ethiopian Airlines peuvent rallier les villes américaines depuis le mois de juin 2016. Aussi, Turkish Airlines devrait très prochainement desservir le Togo, de même que Kenya Airlines, Brussels Airlines et Ceiba International sont à pied d’œuvre dans notre région. Ceci montre l’engouement que suscite  le Togo, et c’est pourquoi notre ambition est de faire de notre pays un hub aéroportuaire pour toute la sous-région.

 

Pour devenir ce fameux « hub aéroportuaire », votre stratégie d’investissement se limite-t-elle seulement à votre nouvelle aérogare ? Quelles sont les suites de votre projet ?

 

Nous avons débuté en avril dernier les travaux de modernisation de l’aéroport de Niamtougou situé au nord du pays : allongement de la piste de 3.000 mètres, création d’une raquette de retournement, construction d’une clôture, rénovation du parking avion et réfection de la petite aérogare. Peu utilisé par le passé, ce second aéroport sera dédié au fret et pourra au besoin servir d’alternative pour les passagers qui transitent par la capitale. D’après l’Association Internationale de Transport Aérien, environ 50 millions de tonnes de fret sont acheminées chaque année dans le monde, pour un marché de 6.400 milliards de dollars… Dorénavant, le Togo pourra exporter ses produits agricoles depuis cette nouvelle base et investir ainsi le secteur. Par ailleurs, nous allons créer très bientôt un centre de formation en maintenance des aéronefs. Étant moi-même pilote de ligne, je sais l’importance de la formation en matière aéronautique – et je félicite mon administration pour n’avoir jamais connu aucun accident aérien dans le transport civil. C’est grâce à l’ensemble de ces actions (investissement, formation, sécurité, transport civil et fret…) que le Togo pourra demain devenir une référence pour la sous-région.


 

 

Propos recueillis par Blamé Ekoué

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