Oops! It appears that you have disabled your Javascript. In order for you to see this page as it is meant to appear, we ask that you please re-enable your Javascript!
A la uneActualité

Nord-Sud  Forum de Saint Louis à Berlin : ce que l’Afrique peut apporter à l’Europe

Après une première édition at home, le Forum de Saint Louis continue de penser et repenser le monde en se déplaçant en Afrique… et à travers le monde. D’où une édition 2019 à Berlin. Clin d’œil à l’histoire mais également au présent et plus encore à l’avenir… Reportage.

Par Mérième Alaoui, à Berlin 

 

Un soleil radieux met en valeur les cheveux rouges ou bleus d’adolescents enjoués. A leurs côtés, de jeunes adultes et des parents avec leur bébé porté façon kangourou, scandent gaiement des slogans écolos en relevant leurs pancartes. Sur la place Parier Platz -Place de Paris- au cœur de Berlin, des centaines de manifestants commencent à se rassembler pour le climat ce vendredi 20 septembre. A proximité de la porte Brandebourg, trois jeunes militants surélevés sur des blocs de béton, corde au cou et poignets attachés, simulent une pendaison. Les Allemands étaient plus d’un million à répondre à l’appel mondial à manifester pour le climat.

 

 

Derrière les façades vitrées du Palais des Arts, les invités du Forum de Saint-Louis suivent attentivement ce spectacle. Venus d’Afrique et des quatre coins du monde, ils sont là pour penser le « renouveau de l’Afrique » et définir les « messages à délivrer au monde » répète inlassablement Amadou Diaw. Le président fondateur du Forum en est persuadé :  « l’Afrique a des solutions à apporter, il fallait pour cela venir ici au cœur de l’Europe pour faire entendre notre voix ».

 

Le Rwanda encore cité comme exemple

 

Pour ouvrir la journée de débats, c’est le chercheur Hamidou Anne, consultant en communication et conseiller politique, qui est convoqué. « Nous avons décidé d’imposer la question africaine dans l’agenda national et de venir ici dans cette Europe qui a été considérée comme le centre du monde pendant des siècles, pour décliner un message d’humanité sur l’Afrique ». Un message de « rupture », un message de « changement » scandé comme un mantra. Le Rwanda régulièrement cité en exemple en Afrique, l’est une nouvelle fois à Berlin. « Qu’est-ce que les gacaca ? Sinon une solution africaine sur mesure pour régler les pires conflits avec compassion et humanité ». Le tribunal populaire post-génocide, est reconnu comme la condition de la réconciliation miraculeuse entre hutu et tutsi. Le jeune militant prévient, avant toute action, il faut réinventer son propre récit. «Est-ce que nous posons les mots sur notre propre narration ? Ou est ce que d’autres les posent pour nous ? » se demande Hamidou Anne.

André Azoulay, riche de ses longues années d’expérience de conseiller des rois Hassan II puis Mohamed VI, ne dit pas autre chose. Le maire d’Essaouira évoque aussi  longuement un exemple à suivre. Revenu impressionné d’un séjour en Ethiopie, il présente désormais le pays comme un modèle de dignité. « L’Ethiopie est connue dans l’imaginaire collectif pour les tragédies qu’elle a connue. Mais de l’aéroport à la rue, il y a cette dignité, cette modernité inaudible mais présente partout dans le regard de ces Ethiopiens. Leur identité africaine fait qu’ils n’ont jamais accepté ou intégré l’ingérence des autres y compris dans leur drame » détaille le Marocain. « Leur histoire, leur civilisation a su résister à tout ce qui a pu dominer, modifier, aliéner la pensée africaine » poursuit-il.

 

Entre les prises de paroles de ces personnalités africaines, les slogans de la rue allemande résonnent dans le salon feutré du premier étage du Palais des Arts. Les rangs des manifestants écologistes ont bien grossi. Pour ces Africains, les conséquences du dérèglement climatique, sont déjà bien connues. Sur le terrain, les populations n’ont d’autres choix que de trouver des solutions sur-mesure. L’urbaniste architecte Mandu Dos Santos Pinto présente les réponses concrètes qu’il a expérimenté pour améliorer l’habitat et le cadre de vie d’habitants de grandes villes comme Dakar. Images à l’appui, il présente ses innovations « avant et après ». Son secret est simple : utiliser le savoir-faire des populations locales.

 

 La diaspora pour construire des ponts ?

L’Afrique est surveillée de près et avec appétit. Le vaste continent, considéré comme terre de tous les possibles, pourraient sauver les économies fatiguées de l’Occident. « A la clôture du festival des arts nègres en 1966, André Malraux, alors ministre de la culture en Franc, dit à Senghor, ‘demain, c’est grâce à votre culture que nous devrions encore pouvoir survivre’. Il entrevoyait déjà les excès de la société post-industrielle, du consommer toujours plus » a rappelé Alioune Gueye, un des initiateurs du Forum et PDG d’Afrique Challenge basé au Maroc. Et d’interroger les panélistes installés en Europe. « De votre place et dans ce contexte, qu’est ce que l’Afrique a à partager de mieux à l’Occident ?» Pour la Sénégalaise Kiné Seck Mercier, consultante chez Egon Zehnder à Paris, pour répondre aux «murs érigés » dans nos société, l’Afrique doit «construire des ponts » entre les leaders économiques et les jeunesses. « Il y a énormément de modèles économiques africains à apporter à l’Occident. Par exemple qu’est ce que le crowdfunding si ce n’est les tontines de nos grands mères. Je pense aussi au packaging en petite quantité qu’on connaît bien, c’est une chose que Nestlé n’apporte que maintenant en Europe ». Dans le sens du message d’Hamidou Anne, la jeune femme invite les leaders économiques africains à revoir leur message. « Il faut réinventer notre positionnement. Nous Africains, nous avons aussi des modèles économiques  à offrir qui sont tout à fait pertinents. Nous devons prendre notre place à la table des négociations et non plus un strapontin ».

 

Rama Yade, « ambassadrice de l’Afrique»

 

Le Forum de Saint Louis à Berlin a été marqué par un l’engagement inattendu d’une figure politique de la diaspora. Celui de Rama Yade, ancienne secrétaire d’Etat aux Affaires étrangères et aux Droits de l’Homme dans le gouvernement Fillon de Nicolas Sarkozy qui a préféré cette fois se présenter comme « une ambassadrice de l’Afrique ».

 

 

Après plusieurs échecs (présidentielles 2017 puis législatives), elle semble avoir tourné la page de la politique française. Installée à Washington, elle mène des missions sur les économies africaines pour le FMI. Toujours de sa propre initiative, elle dirige également un cours à Science Po Paris intitulé « L’Afrique au centre du monde ».

Défilé de mode et saveurs gastronomiques africaines

 

Toutes ces personnalités diverses se sont retrouvées, comme de coutume, autour du défilé de mode de Rama Diaw et des douceurs gastronomiques de Christian Abégan. L’autre représentante de Saint Louis, Rama Diaw, styliste de Saint Louis et «soeur de coeur» d’Amadou Diaw, a souhaité partager le podium avec d’autres jeunes créateurs africains.

A Berlin, le Forum aura réussi son pari. Celui d’imposer son tempo et son cadre au coeur de l’Europe. Le rendez-vous est déjà pris pour la quatrième édition annoncée le 1er juin prochain, à Saint-Louis. Parce que le retour aux sources, est une valeur cardinale en Afrique.