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Nicaise Moulombi – « Il faut aller vers un nouvel modèle économique »

Nicaise Moulombi, président du réseau des organisations de la société civile pour l’économie verte en Afrique centrale (ROSCEVAC) a pris part aux travaux de la Cop 22 à Marrakech, au Maroc. Il nous livre dans cet entretien ses regrets, sa déception, mais aussi ses espoirs dans le combat mondial  contre les changements climatiques. Interview.

L’Afrique a-t-elle obtenue ce qu’elle voulait lors de la COP 22 ?

L’Afrique a fait entendre sa voix lors de ce sommet, mais elle n’a pas obtenu tout ce qu’elle réclamait. Notamment en ce qui concerne la matérialisation des engagements des pays développés. Ce d’autant plus que leur feuille de route ne précise pas un échéancier de concrétisation des mesures prises. Mais comme pour le G77, l’Afrique  a réussi à faire passer l’idée d’un nécessaire équilibre dans la répartition des appuis financiers des partenaires du nord, notamment entre les programmes d’atténuation  et d’adaptation.

Pourquoi la question des appuis financiers vous paraît-elle primordiale ?

L’Afrique n’a pas les moyens nécessaires pour assurer sa mutation économique. Or, la question du financement est primordiale, car le changement climatique est une question économique qui oblige les Etats à changer leurs paradigmes en adoptant des approches de développement résilientes au changement climatique. C’est le sens de la transition énergétique, de  la transformation structurelle des économies et de la diversification économique. Toutes ces reformes essentielles à l’adaptation au réchauffement climatique ont un coût que les économies en développement ne peuvent pas supporter seules. Il faut un appui financier des pays développés, qui sont pour la plupart responsables des dérèglements climatiques.  Les pays en développement ne disposent pas de moyens suffisants pour gérer les problèmes liés à ces chocs. De même, les technologies nécessaires à la mutation des systèmes de production sont très couteuses. Or, l’Afrique en a besoin, d’autant plus qu’elle constitue l’un des continents les plus vulnérables. Il faut également mobiliser les moyens pour le transfert de technologies dans le continent, afin d’assurer le développement durable.

Selon vous, quels sont les principaux engagements pris par les pays développés lors de la Cop 22 ?

Les pays du Nord ont décidé de réaliser leurs engagements et de redoubler l’effort pour intensifier le financement du climat. Mais, conformément aux priorités exprimées par les pays en développement, ils ont aussi décidé d’augmenter considérablement les financements pour l’adaptation au changement climatique. Ils se sont donc engagés à aider les pays du Sud par diverses actions : élaborer et mettre en œuvre des contributions ambitieuses pour attirer les investissements ; travailler avec ces pays  pour faire face aux obstacles liés à l’accès au financement climatique ; renforcer les capacités institutionnelles et les environnements politiques ; et surtout utiliser les finances publiques pour mobiliser efficacement le financement privé. Aussi, notons que les pays développés souhaitent s’associer aux banques multilatérales de développement (BMD) pour apporter des changements transformationnels et travailler à maximiser l’impact des fonds climatiques – y compris le fonds vert pout le climat et le fonds  pour l’environnement mondial. Ce dernier point est essentiel pour atteindre les objectifs de l’accord de Paris et promouvoir  les objectifs de développement durable.

Quel a été le niveau de participation de votre organisation, le Roscevac à ce sommet ?

Nous avons organisé un Side Event le 10 novembre avec la Banque Africaine de Développement sur l’entreprenariat vert féminin, dans un contexte de justice climatique dans le bassin du Congo. Un thème qui a retenu l’attention de nombreux  participants. Sur cette initiative notre réseau a reçu les félicitations du gouvernement de la République du Congo par le Ministre d’Etat à l’agriculture et l’élevage, Henry Djombo. Nous avons fait un plaidoyer sur la question du financement et du mandat à donner au Maroc pour la mobilisation  des fonds  climatiques en faveur des pays africains. Notre plaidoyer a été repris par plusieurs médias présents à Marrakech. Le Roscevac a plaidé également pour la prise en compte de la problématique de l’adaptation au changement climatique, dans le chapitre du financement. Les Etats africains sont fragiles et subissent déjà des dégâts, tels que des inondations.  Il faut donc aller vers un nouveau modèle économique et planifier le développement dans les villes africaines, en tenant compte des principes du développement durable.

Peut-on parler dès maintenant des retombées positives de la Cop 22 ?

Les retombées de la Cop22 ne se ressentiront qu’à moyens termes, vu que la plupart des problématiques abordées ont été renvoyées aux prochaines Cop. Il y a eu des avancées sur la question des énergies. Autres points positifs : les ministres des finances seront dorénavant au cœur de la mise en œuvre de toutes les initiatives. De même, le transfert de technologie et des brevets sera facilité en Afrique, ainsi que le renforcement des capacités dans les pays en développement. Enfin, les pays dits développés ont annoncé une feuille de route pour la mobilisation de 100 milliards de dollars en faveur des pays moins avancés.

Que pensez-vous des engagements pris par votre pays, le Gabon, à Marrakech ?

Je pense que l’ambition du Gabon est pour l’heure irréalisable : une réduction de 50% des gaz à effet de serre est très impossible dans notre pays. Le Gabon doit se développer. Nous allons nous prononcer officiellement sur cette question dans les prochaines semaines. Il est fort probable que le chef de l’Etat Ali Bongo Ondimba ait été mis en erreur à ce niveau.


 

 

Propos recueillis par Pierre Eric Mbog Batassi

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