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Ndongo Samba Sylla :  » inciter les Sénégalais à aller vers l’agriculture »

A l’occasion du troisième anniversaire de l’accession de Macky Sall au pouvoir célébré le 25 mars, l’économiste Ndongo Samba Sylla passe au peigne fin l’état d’avancement de l’économie sénégalaise. Malgré de bonnes volontés matérialisées par le Plan Sénégal Emergent, le Sénégal tarde à entrer dans la voie de l’émergence. C’est le sentiment de l’économiste exprimé dans cet entretien accordé à ANA.

Entretien

Trois ans après l’arrivée de Macky Sall au pouvoir, ou en est l’économie nationale ? Y-a-t-il des avancées ?

Je pense que de la même manière qu’il faut analyser l’état d’avancement de l’économie sénégalaise en 2014, c’est de la même manière là qu’il faut voir quelles sont les avancées ou les anomalies que l’on peut détecter dans les programmes initiés par le régime en place. Je pense qu’il faut faire un bref rappel historique pour savoir qu’au départ les volontés qui étaient manifestées à travers la bonne gouvernance, la transparence, la réduction du déficit public, la gestion des cacophonies en matière de finances publiques, la traque des biens mal acquis, la lutte contre la corruption. Il y avait une certaine dynamique qui a été insufflée par le nouveau régime qui a fait que dès l’année 2014, Macky Sall avait apporté un soutien au monde rural de 34 milliards de FCFA et qui avait permis au Sénégal de passer de 3% de taux de croissance à 3,7% de taux de croissance.

Justement, pourquoi Macky Sall veut-il mettre l’accent sur l’agriculture s’agissant de son programme d’émergence ?

Le fait que le gouvernement veuille mettre l’accent sur l’agriculture dans le PSE se justifie par le fait d’abord que tous les pays émergents sont des pays à forte exploitation agricole. Que cela soit le Brésil, l’Inde ou même l’Ethiopie. Je rappelle que du concept des Brics (Brésil, Inde, Russie, Chine et Afrique du Sud) nous sommes passés au concept de Benivm (Bangladesh, Ethiopie, Nigeria, Indonésie, Vietnam, Mexique). Les pays qui sont sur la voie de l’émergence sont les Benivm en plus des Brics. L’ensemble de ces pays sont des pays à fortes exportations de produits agricoles. Cela veut dire que le Sénégal ne peut gagner son ticket pour l’émergence qu’en redressant son agriculture. Voilà le rôle du secteur primaire. L’année dernière, le taux de croissance qui avait été déclaré avait créé une polémique. Le ministre des Finances (Amadou Ba, ndlr) avait déclaré qu’il y avait un taux de croissance supérieur à 4% et par la suite l’Agence Nationale de la Statistique et de la Démographie (ANSD) a sorti les chiffres effectifs qui montraient que le taux de croissance était de 2,6%.

Au regard de tout cela, peut-on dire que notre économie est dans une dynamique de création ?

Vous savez, le secteur tertiaire représente 54% de l’économie sénégalaise. Rien que les télécommunications représentent plus de 9% du PIB. Ce que les gens ne savent pas c’est que les services qui ne constituent pas une activité économique fiable, peuvent considérablement avoir la main d’œuvre agricole. Les gens n’ont même pas mesuré l’impact négatif que le développement des services a eu sur d’autres secteurs. Il y a une migration de main d’œuvre vers les secteurs moins porteurs d’avenir, vers des secteurs à création de richesses à court terme. Le développement du tertiaire ne pose pas de problème, mais en même temps le gouvernement doit dévoiler une stratégie pour permettre au secteur primaire de ne pas être laissé en rade. C’est une nécessité inaliénable pour amorcer l’avenir du Sénégal. On ne peut pas avoir un programme agricole qui fonctionne sans que les bras qui doivent travailler dans l’agriculture ne soient reconstitués. Le vrai problème aujourd’hui est la main d’œuvre agricole et l’intéressement qu’il faut pour inciter les Sénégalais à aller vers l’agriculture.

Durant ces trois années que peut-on retenir de manière concrète qui aura véritablement marqué notre économie ?

C’est la volonté de création d’emplois pour les jeunes. La volonté de réduire le déficit public et supprimer les dépenses inutiles de l’Etat. Il y a aussi lieu de donner l’exemple à travers des procès pour que jamais l’argent public ne soit dilapidé ou détourné. On peut aussi noter la volonté pour l’agriculture parce que dans un monde caractérisé par la rareté des financements, la crise de l’endettement des Etats, une crise du pouvoir d’achat, avoir une agriculture de substitution aux importations, peut avoir un effet extrêmement positif. Je pense donc que ce sont les points positifs mais c’est dans l’exécution de ces programmes qu’il y a problème.


Par Mouhamed Camara

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