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Nana Dankwa Akuffo Addo « Nous sommes entrain de construire un Ghana au-delà des aides»

Depuis son accession à la magistrature suprême au Ghana en 2016,  Nana Dankwa Akuffo Addo, le nouvel homme fort du pays qui enregistre une croissance de 8,5 % selon la Banque mondiale, s’est fixé un seul objectif : celui de sortir le Ghana de la dépendance financière vis-à-vis de l’extérieur.

Par Blamé Ekoué, Accra

L’actuel occupant du Flagstaff House, le palais de la présidence ghanéenne,  n’a pas hésité à revenir sur son intention de se passer des aides financières de son pays vis –à-vis de ses partenaires traditionnels tels que les institutions de Bretton Woods. Ainsi, lors d’une énième allocution prononcée fin mars dernier, le président ghanéen a rappelé que son gouvernement continuera à œuvrer sans relâche pour mobiliser les ressources financières nécessaires afin de résoudre tous les problèmes auxquels le pays fait face. Ceci, a-t-il souligné, fera de son pays un acteur important dans le commerce mondial.  «Nous nous engageons à mobiliser les ressources considérables du Ghana pour résoudre les problèmes du pays et nous reconnaissons les liens qui unissent notre peuple et notre économie à ceux de nos voisins. Nous sommes entrain de construire un Ghana au-delà des aides», a martelé Nana Dankwa Akuffo Addo.  Selon la Banque du Ghana (BoG), la dette publique du Ghana a atteint 142,5 milliards de cedis (32,2 milliard de dollars) en décembre 2017, soit 69,8% du PIB. Ceci a contraint la nouvelle administration à opter pour un ralentissement de l’endettement publique du pays.

Soutenir les investissements au lieu de la consommation

Certains experts financiers trouvent la tâche très ardue à l’heure où le pays fait face à de nombreux défis dans beaucoup de secteurs. Toutefois, ils soutiennent l’initiative et appellent le gouvernement à œuvrer pour une diminution des dépenses publiques afin de donner plus de marges de manœuvres au pays.  Pour Kenneth Kwamina Thompson, directeur exécutif de Dalex Finance, une structure spécialisée dans la finance et le crédit-bail, il faut désormais soutenir les investissements dans les secteurs créateurs de richesses au lieu de la consommation. «Nous devront arrêter d’emprunter. Nous dépensons presque 100% de tous nos revenus internes y compris des prêts pour essentiellement trois choses. Il s’agit de la compensation des employés, la paie des intérêts des prêts contractés et de certaines obligations statutaires. Donc, nous empruntons pour financer la consommation et non les investissements. Aujourd’hui, notre dette avoisinerait plus de 70% du produit intérieur brut (PIB) et nous pourrions ne pas être en mesure de pouvoir payer dans le futur », a expliqué Thompson.

De quelle  marge de manœuvres dispose le pays ?

Cette nouvelle vision des autorités ghanéennes suscite  nombre d’interrogations auprès de ses partenaires financiers traditionnels qui redoutent un déclin des besoins en financement du gouvernement. Cependant, les autorités semblent disposées de plusieurs flèches à leur arc. Pour Ken Ofori-Atta, ministre des finances du Ghana, «la récente initiative prise au début de cette année visant à mobiliser 2,5 milliards de dollars US suite à une vente des euro-obligations à partir de juin prochain montre à suffisance que le pays dispose d’une marge de manœuvres pour financer son développement». Depuis l’annonce de cette initiative le Fond monétaire international (FMI), l’un des partenaires financiers, garde un œil sur les besoins en financement du pays et leurs impacts sur la consolidation fiscale. « La question n’est pas combien d’argent le pays va mobiliser mais à quoi servira cet argent parce que permettez-moi de vous rappeler que les besoins en financement du gouvernement ont connu un déclin à cause de la consolidation fiscale même si l’année dernière le déficit fiscal était en dessous de 6,3%, ce qui est un grand progrès», a souligné Dr Natalia koliadina, la représentante locale du FMI.

Une refonte du code fiscal pour générer plus de revenus

Outre cette mesure visant à mobiliser des ressources à travers la vente de ses euro-obligations, certains analystes pensent que le pays doit opter pour une refonte du code général des impôts afin de mobiliser plus de ressources financières à l’interne. «Nous ne sommes pas encore prêts pour réduire la part de la masse salariale dans nos dépenses publiques à court terme et même s’il y a eu des coupes budgétaires pour le compte de certaines obligations, l’impact reste encore négligeable », a expliqué Kenneth Kwamina Thompson, directeur exécutif de Dalex Finance. D’où la nécessité selon lui d’envisager une refonte du code fiscal en incitant tous les acteurs de la vie économique à payer leurs taxes. «Notre seul espoir, c’est d’augmenter les revenus de court à moyen termes afin de financer les dépenses liées à la consommation. Nous devrons augmenter les revenus internes en obligeant le secteur informel à payer les taxes individuelles, renforcer la traçabilité de la collecte des taxes au cours de l’enregistrement des propriétés, des automobiles, des entreprises et des licences fonciers », a martelé M. Thompson. Selon certaines indiscrétions, un projet de loi axé sur la refonte du système fiscal sera bientôt soumis pour adoption par le parlement. Alors que le conseil d’administration devrait étudier en avril 2018 le décaissement d’une enveloppe financière estimée à 200 millions de dollars US pour le pays, certains analystes se demandent si cette volonté de retrouver une «indépendance financière» ne risquerait pas de freiner les négociations. Mais l’actuel locataire du Flagstaff House qui peut se targuer d’avoir réduit le déficit budgétaire de 9,3 % à 5,6 % du PIB en l’espace de un an reste optimiste sur la capacité de son pays à se passer des aides financières extérieures. Pour ce faire, il compte sur la situation macroéconomique stable du Ghana qui projette une réduction du déficit budgétaire à 4,5% du PIB en 2018. «Pour la première fois depuis un long moment, notre économie est solide et tous les indices cruciaux sont au vert. Nous sommes déterminés à mettre en place des mesures irréversibles, pour maintenir une stabilité macro-économique», a laissé entendre en février dernier Nana Dankwa Akuffo Addo. Pour rappel, le Ghana est le deuxième producteur d’or du continent après l’Afrique du Sud et le deuxième producteur mondial de cacao après la Côte d’Ivoire. Or et cacao sont ses deux principaux produits d’exportation.


 

Par Blamé Ekoué, Accra