Crédit photos (Linda Moulaï)
ArchivesChronique du week-end

Nadia Henni-Moulaï : le coup de pied dans la fourmilière

Née en Seine-Saint-Denis (France), la journaliste d’origine algérienne n’a jamais cessé de poursuivre ses rêves. Touche-à-tout, écrivaine engagée et âme de chef d’entreprise, elle a fondé un site web de promotion des citoyens français « issus de la diversité ».

8h30 du matin, dans un café chic parisien, à deux pas du Palais du Louvre, Nadia Henni-Moulaï s’affaire. Elle place ses invités, sourie, échange, rassure. C’est le sixième petit-déjeuner qu’elle organise au nom du site Internet qu’elle a créé voilà cinq ans déjà : meltingbook.com. A 36 ans, jolie petit bout de femme au regard déterminé, la journaliste d’origine algérienne (Salam news, Le Courrier de l’Atlas, Middle East Eye…) vient de relancer la machine. Le projet avait été mis en sommeil, quelques temps, faute d’avoir trouvé « un modèle économique viable », mais une bonne idée refait toujours surface. « Je voulais mettre en avant les citoyens français issus de la diversité », explique Nadia Henni-Moulaï, un peu gênée. Enfin, diversité… je n’aime pas trop ce mot ». Le plus souvent cantonné dans des médias dit « communautaires », les « minorités visibles » (comme les nomme l’un des vocables à la mode) ont tendance à être sous-représentées dans les médias généralistes français, où les mêmes experts autoproclamés trustent inlassablement les plateaux télé et studios de radios. « Ce que je veux, c’est casser cette dynamique des mêmes hommes blancs d’un certain âge qui tournent en boucle et offrir la possibilité aux journalistes de découvrir de nouveaux visages ». Une intention salvatrice et nécessaire dans un univers sclérosé.

Au petit-déjeuner ce jour-là, une rédactrice en chef d’un média Internet qui s’adresse aux musulmans, un journaliste néerlandais, une intellectuelle patentée, une professeure de banlieue… Au menu : le traitement des musulmans par les médias depuis les attentats de janvier contre Charlie Hebdo et l’Hyper cacher de la Porte de Vincennes. A bâtons rompus, la discussion, filmée par meltingbook, s’enclenche autour de Nadia qui oriente les débats et tente d’offrir à chacun la possibilité de s’exprimer. Toutes les personnes présentes ont leur profil sur le site web. Une petite biographie est en accès gratuit, et la fiche complète avec coordonnées est accessible pour 3,90 euros. « Quand j’explique l’idée, tout le monde se montre enthousiaste, mais à part l’Ambassade des Etats-Unis en France, nous avons assez peu de soutiens », regrette-t-elle.

L’Afrique dans un coin de la tête

Il y a chez Nadia Henni-Moulaï cette volonté farouche de réussir, nourrie par un esprit de revanche sur la vie. « Jeune, j’ai vite compris que je n’aurai pas les moyens financiers pour poursuivre mes études et faire une école de journalisme. Et puis, quand on vient comme moi des banlieues françaises, il y a cette forme d’autocensure, cette petite voix qui nous dit « Ce n’est pas fait pour toi ». Et pourtant… Elle a réussi et est aujourd’hui titulaire d’une carte de presse. Sans suivre la voie classique, en effectuant un détour par la communication politique, elle a atteint son rêve de jeunesse « en passant par la fenêtre » comme elle dit. Meltingbook, c’est un peu comme si elle tentait d’aider toutes les petites Nadia de France et de Navarre dont l’ambition est systématiquement contrariée par les murs érigés d’une France recroquevillée sur elle-même.

Mais Nadia Henni-Moulaï n’est pas encore arrivée au bout de son chemin, loin de là. « Pour moi, journaliste n’est pas une fin en soi. J’ai compris que je voulais écrire et j’ai d’ailleurs publié deux ouvrages récemment(*). Et puis, j’ai d’autres projets en tête. Peut-être tenter l’aventure en Algérie. L’Afrique est en plein boom, on sent qu’il y a de gigantesques potentialités là-bas. De toute façon, comme je dis souvent, il faut arrêter de rester sur ce centre de gravité franco-français. Le monde bouge, l’Afrique bouge, il faut aller voir ce qu’il se passe là-bas ».

A bientôt donc !

* 1954-1962 La guerre d’Algérie. Portraits croisés. (Les points sur les i) et Petit précis de l’islamophobie ordinaire ( Mise au point)


Par Julien Wagner

 

Ce message est également disponible en : AnglaisArabe