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Mustapha Metaich : « Le Maroc a une faible part de marché en Afrique »

L’Association des Centraliens du Maroc de l’école d’ingénieur parisienne, a l’intention de créer, dans les semaines à venir, un Observatoire des échanges Maroc-Afrique. Dans ce cadre, ANA a pu rencontrer Mustapha Metaich, président de l’association.

Le Maroc dispose d’une très faible part de marché sur le continent africain. C’est du moins l’avis de Mustapha Metaich, qui donne des perspectives à court, moyen et long terme pour le développement des échanges entre le royaume chérifien et le continent. Entretien

ANA : Pourquoi l’association des Centraliens du Maroc s’est-elle lancée dans le projet de créer un Observatoire des échanges Maroc-Afrique ?

Mustapha Metaich : Tous les deux ans, nous organisons un forum autour d’une thématique stratégique pour le Maroc. Cette année, l’actualité, c’est l’Afrique. Aujourd’hui, tout le monde parle du Maroc comme d’un hub africain. Mais derrière ces mots, la réalité est très différente. Le Maroc ne dispose d’une part de marché que de 0,3%, sur le continent, loin derrière la Chine, l’Inde, le Brésil, la Turquie, et même la Tunisie et l’Egypte.

D’ordinaire, au terme du forum, nous envoyons nos recommandations aux responsables politiques, et rien ne se passe. Cette année, nous avons donc voulu créer une structure de suivi qui nous permette de dire si nos recommandations ont été suivies. Nous sommes également tombés d’accord pour développer un tableau de base avec quelques indicateurs relatifs aux échanges économiques d’une part et aux échanges universitaires de l’autre. Enfin, nous voulons développer des études de benchmark parce que beaucoup de pays, à commencer par la Turquie, ont une vraie stratégie africaine qui fonctionne et dont le Maroc peut s’inspirer.

Comment allez-vous mettre en œuvre votre idée ?

Nous sommes une structure associative et nous sommes tous bénévoles ; je pense que nous aurons besoin d’une structure externe avec au moins deux analystes chargés de la veille. Les études de benchmark pourraient être sous-traitées à des agences extérieures. Dans tous les cas, il nous faudra des fonds que nous sommes en train de réunir, des partenariats à nouer … Nous pensons pouvoir être opérationnels mi-mars.

Quels sont les blocages qui expliquent qu’aujourd’hui les échanges régionaux soient si faibles ?

Je pense que certaines d’entreprises ne font pas beaucoup d’efforts. Il y a une timidité évidente qu’il faut dépasser. L’Etat a un rôle à jouer. Les PME qui investissent en Afrique de l’Ouest sont imposées deux fois, à la fois dans le pays où elles s’installent et au Maroc. La première des choses à faire est de signer des accords de non double imposition.

Les banques, de leur côté, ne jouent pas un rôle très honorable. Elles sont très timorées et prêtent difficilement aux PME. Il existe également une assurance à l’export, la SMAEX, mais je ne crois pas qu’elle soit très active. La double imposition, l’assurance et les crédits bancaires sont des conditions sine qua non au développement d’une activité à l’international, sans même parler de marché.

Selon vous, où se situent les opportunités d’échanges entre le Maroc et son continent ?

Notre position géographique d’abord ; les échanges en matières universitaires, également. Aujourd’hui, près de 16 000 étudiants d’Afrique subsahariennes viennent spontanément étudier au Maroc. C’est trop peu. Le Maroc a là une belle opportunité de participer à la formation des élites africaines.

Le marché d’une majorité de pays d’Afrique de l’Ouest ressemble beaucoup au marché marocain : il est éclaté entre le haut de gamme et le bas de gamme. Les PME marocaines savent exercer sur ce type de marché alors qu’en Afrique de l’Ouest, à ma connaissance, il y a principalement de très grandes entreprises et des entreprises individuelles, mais peu de moyennes entreprises. Le Maroc a là une expérience que nous pouvons partager.


Par Julie Chaudier

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