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Moussa Faki Mahamat “Repenser le modèle d’industrialisation de l’Afrique”

A l’occasion de la 17e session extraordinaire de la Conférence de l’Union africaine sur l’industrialisation, Moussa Faki Mahamat a plaidé en faveur d'”un engagement renouvelé pour une industrialisation et une diversification économique inclusives et durables”.

By Moussa Faki Mahamet

Trois ans après la réunion inaugurale de la Réunion annuelle de coordination entre l’UA et les Communautés économiques régionales et les Mécanismes régionaux, la belle ville de Niamey s’est, une fois de plus, mobilisée pour abriter cette session extraordinaire de l’Assemblée de l’UA, consacrée à l’industrialisation et à Diversification économique et zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAf).

Je voudrais tout d’abord exprimer mes vifs remerciements et ceux de toute la Commission de l’UA à SE Mohamed Bazoum, Président de la République du Niger, pour l’accueil chaleureux et les bonnes conditions de travail mis à notre disposition pour assurer le bon déroulement de nos travaux. productive et harmonieuse. Qu’il transmette ces mots de gratitude et de satisfaction au Gouvernement et au peuple frère du Niger.

Permettez-moi également de saisir cette occasion solennelle pour renouveler la gratitude de la Commission de l’Union africaine à SE Mahamadou Issoufou, en sa qualité de Champion de la Zone de libre-échange continentale africaine. Son engagement et son dévouement, auréolés d’un savoir-faire éprouvé, ont largement contribué à sortir la Zone de libre-échange continentale africaine des limbes et à l’élever à ses fonts baptismaux opérationnels.

Monsieur le Président,

Excellences,

Mesdames et Messieurs,

Le thème de notre rencontre, « Industrialiser l’Afrique : un engagement renouvelé pour une industrialisation et une diversification économique inclusives et durables », combine deux perspectives sur la question de l’industrialisation du continent. Le premier regard est rétrospectif, le second prospectif.

La rétrospective est confirmée par l’engagement renouvelé en faveur de l’industrialisation. Nos dirigeants, Excellences, n’ont jamais manqué d’accorder une valeur stratégique à l’industrie en la positionnant à la fois comme un objectif majeur et un moyen salutaire dans la quête de la transformation économique.

Ce positionnement s’est manifesté par la proclamation des première, deuxième et troisième décennies de développement industriel de l’Afrique ainsi que par l’adoption de stratégies successives. La plus récente d’entre elles, datant de 2008, est la Stratégie de mise en œuvre du Plan d’action pour le développement industriel accéléré de l’Afrique, connue sous l’acronyme « AIDA ».

Toutes ces politiques d’industrialisation, élaborées au fil des décennies et adoptées par les organes délibérants de l’Union africaine, n’ont pas toujours produit des résultats significatifs. Le reconnaître est une motivation pour nous dépasser dans nos efforts pour améliorer nos résultats.

Si des progrès significatifs indéniables ont été observés dans certains États membres, dans d’autres, le secteur industriel a stagné sinon régressé. Il ne représente, en moyenne, que moins de 15% du Produit Intérieur Brut. De plus, les produits exportés n’ont qu’un très faible contenu technologique. Ces sous-performances nous interpellent doublement, en tant qu’États membres et en tant qu’organisation continentale.

Le regard prospectif que nous nous apprêtons à porter sur le processus d’industrialisation de notre Continent doit donc se nourrir, d’une part, d’une interrogation sur le passé, sur l’identification des facteurs qui ont pesé sur l’Afrique dans sa marche vers l’industrialisation et, d’autre part, sur les grandes tendances, les ruptures et les germes du changement, qui sont en train de façonner l’avenir de l’économie mondiale.

En effet, les scénarios prospectifs de l’économie mondiale seront influencés par la croissance démographique actuellement estimée à 8 milliards d’habitants, l’accélération des mutations technologiques en cours, la pression du Changement Climatique, la sécurisation de l’accès aux sources d’énergie, les risques liés à la mondialisation de la finance, l’exacerbation des tensions sécuritaires dues aux conséquences désastreuses du Terrorisme et des défis à la sécurité alimentaire, la dégradation des conditions climatiques, etc.

C’est dans ce cadre qu’il convient aujourd’hui de repenser le modèle d’industrialisation de l’Afrique. L’enjeu décisif, dans le choix d’industrialiser, réside dans la prise en compte objective de l’ensemble de nos potentialités et dans la pertinence des arbitrages entre une pluralité de schémas.

Monsieur le Président,

Excellences,

Mesdames et Messieurs,

Classiquement, la porte de l’industrialisation s’ouvre sur l’agriculture, pour laquelle l’Afrique recèle un énorme potentiel. La transformation du secteur agricole, à travers la Déclaration de Malabo, devrait permettre d’augmenter la productivité, ce qui se traduirait par la réduction des importations de produits alimentaires, estimées à 15 milliards de dollars par an et dégagerait des ressources humaines et financières pour le développement de l’industrie.

L’énergie, variable importante de toute activité industrielle, agissant à la fois comme facteur de production et de compétitivité, détermine, en fonction de son niveau de disponibilité, le choix à faire pour l’industrialisation. En Afrique, l’investissement dans l’énergie pourrait fonctionner comme un vecteur d’intégration régionale et de promotion de l’industrie quand on sait que la consommation d’énergie reste très faible sur le Continent. Plus de 600 millions d’Africains n’ont jamais connu l’électricité !

Certes, nos efforts d’industrialisation porteront prioritairement sur transformation de nos ressources naturelles. Cette option compréhensible sera cependant forcée de jeter un pont vers les avancées fulgurantes de la 4 ème révolution industrielle, qui mobilise des technologies de pointe, basées sur les différentes composantes de l’intelligence artificielle.

Monsieur le Président,

Excellences,

Mesdames et Messieurs,

Au-delà des priorités sectorielles à déterminer, selon les spécificités et potentialités de chaque pays, le processus d’industrialisation gagnerait à être envisagé dans une logique de complémentarité et de diversification horizontale entre les Etats membres.

La traduction de ces choix dans la réalité est subordonnée à une interaction positive entre la dynamique des réformes internes déjà engagées et la dynamique externe.

En interne, l’industrialisation, associée à la diversification économique, va bouleverser toutes les politiques publiques pour les reconfigurer, selon ses propres exigences, que ce soit en matière de politiques d’éducation et de formation, de climat des affaires, de normes et de conformité, d’investissement, de concurrence, de propriété intellectuelle, etc. sur.

Ces ajustements, à effectuer en interne, sont aggravés par la effets, pas toujours heureux, de dynamiques externes. Cette dernière reste déterminante pour l’industrialisation des pays africains. Il permet de réaliser les économies d’échelle nécessaires pour améliorer la production et les exportations, attirer des financements extérieurs pour compenser la pénurie d’épargne intérieure, s’intégrer dans les chaînes de valeur mondiales, renforcer la demande de transfert de technologie, développer le commerce intra-africain, à travers les différents leviers offerts par la ZLECAf, dont je salue les progrès. Le Rapport du Président Issoufou et celui de la Session Extraordinaire du Conseil des Ministres Africains du Commerce, éclaireront davantage ce point.

Au-delà de toutes ces dimensions connues que je viens de rappeler, je retiens que l’industrialisation, la diversification économique, la ZLECAf sont certainement déterminantes. Cependant, il reste fermement établi que les énormes difficultés à aplanir, tant au niveau des infrastructures de base qu’aux niveaux juridique et technique, ne seront jamais surmontées sans une volonté politique forte. Cette condition n’a qu’un nom : notre unité et la force de notre détermination transformatrice. C’est à l’Afrique de s’armer de cette volonté.

Le jour où elle le fera, l’industrialisation et la ZLECAf seront devenues ces deux bâtisseurs de l’Afrique que nous voulons : une Afrique intégrée, prospère et apaisée.

Je vous remercie de votre aimable attention.

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