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Mobilité : les solutions de transport intelligent de plus en plus plébiscitées

Face au défi de l’urbanisation, les pouvoirs publics africains sont de plus en nombreux à faire le pari des systèmes de transport intelligents. D’Abidjan à Kigali, en passant par le Cap et Lagos, le mouvement est lancé ! 

Par Issiaka N’GUESSAN, à Abidjan

Avec le taux de croissance urbaine le plus rapide du monde (4 % par an) et 950 millions de citadins supplémentaires attendus d’ici 2050, les villes africaines ne cessent de grossir, tout autant que leurs besoins en infrastructures. Face à défi majeur, les pouvoirs publics du continent font de plus en plus le pari des systèmes de transports intelligents (STI), ces technologies (ordinateurs, capteurs, dispositifs électroniques…) qui permettent d’optimiser l’utilisation des infrastructures de transport et d’améliorer la sécurité et le confort des usagers. Réseau de bus connectés MyCiTi de la ville du Cap (Afrique du Sud), train express et intermodal Gautrain (Afrique du Sud),  système de paiement par carte Tap&Go utilisé dans les bus de Kigali (Rwanda), Yaoundé et Douala (Cameroun), pont à péage de Lekki à Lagos (Nigeria)… Les programmes de STI font désormais partie intégrante des outils mis en place par les urbanistes et planificateurs d’Afrique. 

« Contraindre les mauvais chauffeurs à respecter le Code de la route et à réduire les accidents de la circulation »

Dernier exemple en date, le lancement, le 6 septembre, de la vidéo-verbalisation sur les routes d’Abidjan. Un projet déployé par la société Quipux Afrique, l’opérateur technique- qui a levé à cet effet fin avril 3 milliards de francs CFA (5 millions de dollars) auprès de Bridge Bank Côte d’Ivoire- et destiné « à contraindre les mauvais chauffeurs à respecter le Code de la route et à réduire les accidents de la circulation », selon le ministre des Transports, Amadou Koné. De fait, c’est le responsable politique lui-même qui a procédé, au cours d’une conférence de presse, au démarrage officiel du programme.  En tout, la capitale économique ivoirienne s’est vue dotée de 140 radars, un nombre que les autorités entendent porter à 200 d’ici la fin de l’année. Abidjan se taille à elle seule, il est vrai, 41% des accidents du pays (12270 accidents de la route en 2020). «C’est excessif », a soutenu Amadou Koné, qui a par ailleurs rappelé que « les difficultés de mobilité font perdre 3% de taux de croissance à la Côte d’Ivoire, [soit] plus de 300 milliards FCFA par an ». 

De manière concrète, les moyens technologiques déployés sur toutes les grandes artères d’Abidjan, captent et transmettent au Centre des opérations, l’incident, qui fait l’objet d’un traitement. La constatation de l’infraction est alors effectuée par l’un des sept agents de la police judiciaire, affectés à ce service dédié. Ce sont ces derniers qui envoient une notification électronique de la contravention à l’automobiliste fautif sur son téléphone portable, dont le numéro est associé à la plaque d’immatriculation du véhicule, clé de voute de cette digitalisation du traitement des infractions routières. Et au cas où l’usager ne disposerait pas d’une solution numérique pour payer électroniquement son amende, il peut toujours se rendre au guichet du plus proche Centre de gestion agréé. 

La dématérialisation du paiement, un excellent moyen  « d’éviter la manipulation monétaire et de dédiaboliser les policiers »

Le ministre de la Sécurité, le Général Vagondo Diomandé, voit pour sa part dans cette dématérialisation du paiement un excellent moyen  « d’éviter la manipulation monétaire et de dédiaboliser les policiers », accusés de racket. Quant à Gnoléba Martin, enseignant-chercheur à l’UFR des Sciences Economiques de l’Université Alassane Ouattara de Bouaké (Centre-Nord), il soutient que « les taxes payées aux services fiscaux permettront à l’Etat de couvrir ses charges sociales et économiques, [et que] l’éducation à la citoyenneté qui en découlera aboutira à l’avènement d’un ivoirien nouveau, imbu du respect des lois et règlements. Or, quand dans un pays les lois sont respectées, le climat des affaires est sécurisé et attire les investisseurs étrangers », assure Gnoléba Martin.

Autant d’avantages induits par les STI et qui ne devraient faire que renforcer les investissements des États africains sur ce segment. Régulièrement citée parmi les villes les plus propres et écolo d’Afrique, Kigali a ainsi conforté sa réputation en établissant un partenariat avec l’entreprise Guraride, une société locale de mobilité, qui à lancé début septembre un service « intellligent » de vélos en libre-service. Le dispositif fonctionne via une application synchronisée avec les plateformes de paiement numérique, une clé de déverrouillage du vélo étant généré après le règlement.  

Guraride, une logique gagnante de STI et qui plus est, respectueuse de l’environnement

 « Plus de 300 personnes ont téléchargé notre application et avec un total de 80 vélos, nous serons en mesure de satisfaire nos clients », s’est ainsi félicité la cheffe du projet, Pamela Umuhoza, le jour de l’inauguration, tout en évoquant d’ores et déjà la prochaine phase,  l’acquisition de vélos électriques. Là encore, une logique gagnante de STI et qui plus est, respectueuse de l’environnement.

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