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« Mobiliser 20 mille milliards pour les infrastructures dans l’UEMOA »

Christian Agossa, Directeur général de la BOAD-Titrisation

Si les pays de l’UEMOA comptent développer leurs infrastructures, il faudra mobiliser plus de 20 mille milliards FCFA à l’horizon 2030. Et pour stimuler les investissements privés dans le financement des projets, un atelier de validation du rapport de l’étude sur l’harmonisation du cadre institutionnel et règlementaire du financement privé des infrastructures dans les pays l’UEMOA a été organisé du 3 au 4 septembre 2015 à Lomé par la BOAD et l’UEMOA. Il vise la mise en place d’un fonds dédié au financement des infrastructures ouvert aux investisseurs privés. En marge de cet atelier, le Directeur général de la BOAD-Titrisation, Christian Agossa, est revenu pour ANA sur les raisons qui expliquent la création de ce fonds.

Entretien

ANA : Pourquoi un fonds d’investissement privé des infrastructures dans les pays de l’UEMOA ?

Christian Agossa : En pratique, il s’agit de permettre aux investisseurs privés d’investir dans les infrastructures de nos pays. Ils ne doivent pas être gênés par la disparité des règlementations nationales et la disparité des cadres nationaux. Il faut une harmonisation des réglementations de chaque pays de l’UEMOA afin de gérer la plus aisément possible les différentes étapes relatives à la mise en place d’un environnement propice pour les investissements. Ce fonds que nous recherchons doit nous permettre d’attirer le maximum d’investissements privés dans l’Union.

Quel sera le capital financier de ce fonds et à quoi servira-t-il?

Ce fonds s’élève à 20 mille milliards FCFA. Ce fonds servira à l’investissement dans les énergies durables avec une extension pour la réalisation d’infrastructures modernes et performantes qui pourront conduire nos Etats à l’émergence économique. Vous voyez bien que si on doit laisser à la simple charge des budgets nationaux le financement de nos besoins en la matière, ce n’est pas demain qu’on y arrivera. Si nous tenons compte seulement de l’aide internationale, nous ne pouvons pas y arriver. En plus, l’aide publique internationale se raréfie de plus en plus chaque année. Et nous devrons donc combler ce gap en associant le financement privé. Nous pensons qu’avec 20 mille milliards FCFA provenant du financement privé, à l’horizon de 2030, les Etats de l’Union pourront atteindre l’émergence économique recherchée.

Pensez-vous que la convergence des politiques en la matière des pays de l’UEMOA peut favoriser la mise en place de ce fonds ?

La convergence des politiques n’est pas le problème. Le problème, ce sont les procédures que nous mettons en œuvre dans nos Etats pour la réalisation des objectifs liés à ces politiques. Dans le cadre de ce fonds, deux études ont été réalisées sous la conduite de la BOAD pour établir une compréhension commune du projet. Il s’agit ici d’une étude de marché indépendante (établissant la faisabilité de la création du fonds d’investissement) privé puis une seconde étude sur la situation institutionnelle et réglementaire du financement privé des infrastructures dans les pays de l’UEMOA.

A votre avis, quand est-ce que le fonds sera-t-il opérationnel ?

Il y a deux choses différentes qu’il faut que vous compreniez. Aujourd’hui, nous sommes attachés à l’harmonisation du cadre institutionnel et réglementaire du financement privé des infrastructures. Effectivement, plus vite et plus loin nous irons dans cette harmonisation plus aisé il nous sera d’attirer les investissements privés internationaux. C’est ainsi que celui qui voudra investir au Togo, n’aura pas comme marché le seul marché togolais. Mais il pourra considérer un marché voisin qui lui sera accessible comme celui du Bénin par exemple. Idem pour celui qui investit en Côte d’Ivoire, il pourra aussi considérer qu’il sera accessible aux marchés de l’Union. C’est à partir de ce moment-là que le fonds d’investissement que nous avons, en promotion, dédié aux infrastructures sera un marché plus large et pourra attirer facilement des investisseurs privés. La seconde chose que vous devrez considérer, c’est qu’aujourd’hui, nous sommes en train d’envoyer le signal comme quoi les choses changent dans les pays de l’UEMOA. Car, nous avons une plus grande homogénéité de notre cadre réglementaire et institutionnel, de sorte que ceux qui veulent investir dans l’Union le fassent sans barrière. Dans cet exercice, on ne va pas très vite et on ne fixe pas des axes. Mais nous espérons que ce fonds devrait être disponible dans un délai raisonnable avant 2016.

Ce fonds sera-t-il ouvert à d’autres partenaires non africains?

Par définition, nous parlons des financements privés des infrastructures. Par conséquence, le fonds qui est promu est destiné à attirer les investisseurs privés tant africains qu’étrangers. L’objectif visé, c’est de faire en sorte que les investisseurs privés trouvent leur compte afin d’investir davantage dans la réalisation des infrastructures publiques qui sont nécessaires au développement des Etats membres de l’UEMOA.

Quel sera le rôle de la BOAD dans la mise en œuvre de ce fonds ?

Le rôle de la BOAD est celui de catalyseur pour pouvoir attirer plus de financements. Nous jouons le rôle de conseiller et aussi de partenaire stratégique en apportant des solutions financières nécessaires aux Etats membre de la l’UEMOA. Dans cette optique, nous nous sommes fixés comme objectif d’aider les Etats à construire des infrastructures économiques modernes, notamment de transport et d’énergie. C’est pourquoi, à ce titre, la BOAD en synergie avec la commission de l’UEMOA et la BCEAO, a développé une approche régionale pour mieux organiser la complémentarité des économies de l’Union. Nous mettons constamment l’accent sur les projets intégrateurs à travers le Programme Economique Communautaires des Infrastructures et du Transports Routier (PACITR) et le Programme Economique Régional (PER).


 

Par Emmanuel Atcha

 

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