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M’hamed Ghannem : Faire de l’Afrique un vivier du savoir

M’hamed Ghannem est passionné par l’Afrique et surtout par la transmission de son savoir dans le domaine de la médecine. Il est persuadé que le développement du continent sera profondément marqué par la formation. Cet homme aux multiples casquettes nourrit l’ambition d’offrir aux étudiants africains en médecine, de se former au-delà de la complexité des contrées européennes, mais bel et bien en Afrique et dans un premier temps, en Tunisie. ANA l’a rencontré.

Entretien

 

Vous avez un parcours professionnel très riche, pouvez-vous nous en parler ?

Sur le plan médical, je suis cardiologue, chef de service de Cardiologie, Professeur enseignant aux Universités d’Amiens en France, à Sousse et Tunis en Tunisie. Je suis aussi membre titulaire des Sociétés Françaises et Européennes de Cardiologie, sans oublier, président de l’Association Francophone de Prévention et de Réadaptation Cardiaque. D’un point de vue politique, je suis ancien conseiller d’arrondissement à la Mairie du 18e arrondissement de Paris. Je suis actuellement député à l’Assemblée des Représentants du Peuple, plus exactement, député des Tunisiens pour France Nord, à Tunis en Tunisie. Je suis aussi membre du Comité Médical à la Ligue Arabe au Caire en Egypte. Sur le plan associatif, je suis membre fondateur de plusieurs associations dont le club du 21ᵉ siècle et l’Amicale des Médecins d’Origine Maghrébine de France. Par ailleurs et de par ma carrière, j’ai également été décoré de la Légion d’Honneur par monsieur le Premier ministre Jean-Pierre Raffarin, à Matignon. Je suis arrivé en France, en 1976. À cette époque je faisais partie des rares bacheliers tunisiens. J’ai obtenu mon baccalauréat au lycée de la Mansoura de Kairouan en 1975 et j’étais destiné initialement aux préparations aux grandes écoles en France. J’ai été reçu au concours de première année de médecine, en 1976-1977, à la faculté de médecine Lariboisière, Saint-Louis, à Paris.

Quelle vision avez-vous de l’avenir en Afrique ?

L’avenir de l’Afrique ne peut être que meilleur. Je suis persuadé qu’il s’agira du continent de demain. L’Afrique est en pleine mutation, même s’il reste encore beaucoup de choses à réaliser, de grands projets à concrétiser, dans bien des domaines et qui permettront aux Africains d’avoir un meilleur niveau de vie, sur leur propre continent. Mais cela nécessite une bonne gouvernance, des investisseurs…
Quels sont, selon vous les éléments qui permettront le développement du continent ?

Si chacun fournit des efforts, nous réussirons à faire émerger l’économie africaine. Je pense qu’il ne faille pas attendre que l’aide nous vienne de plus haut, mais nous pouvons chacun agir à notre niveau. La bonne gouvernance, l’implication des Africains, les investissements financiers, l’aide des pays occidentaux dans la formation et le partage des savoir-faire, sont, selon moi, les facteurs qui feront évoluer l’Afrique. L’avenir de l’Afrique dépend également de sa santé. La santé et l’éducation sont les deux vecteurs importants d’un pays.

Parlez-nous de votre projet sur la formation des médecins africains ?

Les médecins africains ont de plus en plus de difficultés à se former en Europe en raison de problèmes financiers, mais aussi administratifs.

J’ai proposé un projet tripartite en direction de la Francophonie, de l’Union Européenne, mais aussi de l’Afrique et de la Tunisie. L’idée est d’ouvrir les universités tunisiennes aux médecins africains pour parfaire leur formation aussi bien théorique que pratique et la valider par des diplômes universitaires (DU). Le financement de leur séjour en Tunisie et leur inscription universitaire seront pris en charge par la Francophonie, dans un premier temps, et l’enseignement sera délivré par des universitaires francophones.

Ce projet a vivement retenu l’attention du président de l’Assemblée nationale française ; monsieur Bartolone, du président de l’Assemblée des Représentants du peuple monsieur Mohamed Naceur et des représentants universitaires de pays africains.

Êtes-vous l’initiateur de ce projet ?

Je suis à l’initiative de ce projet que je vais présenter, une fois finalisé, au président  de l’Assemblée nationale française, M. Bartolone.

Monsieur le Professeur Abdoul Kane, chef de service en cardiologie à Dakar s’occupera de la partie africaine du projet et je serai en charge de l’enseignement universitaire avec des élèves francophones. Le dossier sera présenté à la Francophonie et à l’Union Européenne pour permettre le financement du projet. L’idée de ce projet m’est apparue à la suite de ma propre expérience. Je suis un Africain qui a eu de la chance et qui souhaite à mon tour aider en transmettant ce que l’on m’a transmis. Des médecins africains bien formés qui a leur tour en formeront d’autres.

Quels sont les objectifs à atteindre à court, moyen et long terme ?

Nous souhaiterions mettre en place notre projet pour l’année universitaire 2016-2017. Mettre sur pied le projet avec le soutien de tous les partenaires. Les bonnes volontés sont d’ailleurs très nombreuses dans mes contacts. Je souhaite commencer par quelques diplômes universitaires et étendre aux autres diplômes, par la suite.

De quels avantages pourront bénéficier les Etats concernés ?

Les Etats africains bénéficieront d’une formation médicale, avec la théorie et la pratique. L’UE pourra aider à former le plus de médecins africains possible, en restant sur leur continent. La Tunisie bénéficiera également du financement de ce projet.

Actuellement, nous sommes en train de chiffrer le projet. C’est le professeur Abdoul Kane qui gère cette partie. Pour ma part, je suis chargé de présenter le projet aux différents pays d’Afrique intéressés, mais aussi aux pays européens. Ce projet contribuera aussi à aider la Tunisie sur le plan économique, puisque la Francophonie et l’UE financeront l’inscription et le séjour en Tunisie des médecins africains durant leur formation. Il est très compliqué de venir se former en Europe. C’est la raison pour laquelle nous souhaitons mettre en place cette convention tripartite. Je suis confiant car toutes les parties bénéficieront d’avantages avec ce projet.


 

Par Darine Habchi

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