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Maroc L’industrie ferroviaire sur les rails

Alstom, Bombardier, et des fournisseurs locaux… Les principaux acteurs de l’industrie ferroviaire marocaine, une filière encore naissante, se sont réunis du 25 au 27 octobre à Casablanca, pour le Rail Industry Summit. Là encore le Maroc vise la position de hub africain.

Le Maroc enrichit son secteur industriel avec une nouvelle filière, le ferroviaire. Un évènement, un sommet plus précisément, lui était consacré, le Rail Industry Summit organisé dans la capitale économique marocaine du 25 au 27 octobre. Une initiative de Maroc Export, le centre de promotion des exportations marocaines, qui illustre par la même occasion, la diversité de l’éventail de ses activités. « Dans le cadre de sa mission de promotion des exportations marocaines, Maroc Export travaille aujourd’hui à l’émergence d’une nouvelle filière, l’industrie ferroviaire, explique la directrice générale de Maroc Export, Zahra Maafiri, à travers notamment la première édition de ce forum, Rail Industry Summit. » (Lire son interview « Notre ambition à Maroc-Export : voir toute l’Afrique connectée par le train»). Une rencontre organisée en partenariat avec Advanced Business Event (ABE), qui aura réunie près de 250 participants, une centaine d’entreprises de plus de 10 pays différents, dont des leaders du rail sur la scène internationale, Alstom (Lire Le Maroc Au coeur de la stratégie de développement d’Alstom) et Bombardier en particulier, deux groupes présents sur le territoire marocain.

 

« Un certain nombre d’opérateurs comme Alstom et Bombardier nous ont été d’une grande utilité dans la mesure où ils bénéficient d’une expérience internationale. »

 

Ces derniers ont justement été mis à contribution pour « créer » cette filière industrielle ferroviaire encore balbutiante au Maroc ainsi que l’explique Hassan Rebouhate, président du premier Groupement des industries ferroviaires au Maroc (Gifer), une entité née le 10 février 2016 avec pour mission de structurer et valoriser le secteur. Avec pour membre fondateur Alstom qui en assure également le secrétariat général. « L’initiative est née d’une discussion avec les différents opérateurs du secteur. Nous avons effectivement jugé utile de nous retrouver au sein d’un groupement afin de fédérer nos idées et défendre notre projet, auprès des pouvoirs publics avec des propositions concrètes de développement de la filière au Maroc, indique le président également directeur général de la Société chérifienne de matériel industriel et ferroviaire (SCIF). Un certain nombre d’opérateurs comme Alstom et Bombardier nous ont été d’une grande utilité dans la mesure où ils bénéficient d’une expérience internationale. L occasion de partager et de capitaliser sur des expériences réussies à l’extérieur. »

 

Un modèle dupliqué à celui qui a porté ses fruits dans l’aéronautique et l’automobile

 

Une initiative qui s’inscrit dans le cadre du Plan national d’accélération industriel (PAI) lequel « vise à asseoir les conditions nécessaires devant faire de l’industrie marocaine un réel moteur de croissance économique avec comme objectif, à l’horizon 2020, une contribution au PIB de 23% ainsi que le rééquilibrage de la balance commerciale », ainsi que le rappelait Latifa Echihabi secrétaire général du ministère de l’industrie et de l’économie numérique, présente au sommet en lieu et place du ministre en charge du secteur, Moulay Hafid Elalamy, excusé pour cause d’actualité politique sans doute_ la scène politique locale est en cours de reconfiguration suite aux élections législatives et qui se sont traduites par une nouvelle victoire des islamistes du PJD, à la tête du gouvernement de coalition depuis cinq ans au Maroc. Une transformation industrielle qui doit s’opérer à travers la construction d’une industrie plus intégrée et moins fragmentée, en prenant pour exemple notamment, les expériences réussies dans le secteur de l’aéronautique, pour lequel le Maroc a atteint le 15ème rang mondial en terme d’investissements, et l’automobile. »

 

Le plan Maroc Rail 2040 : près de 20 MMUSG d’investissement

 

Désormais, c’est donc sur l’industrie ferroviaire que se concentre le ministère, un secteur pour lequel, poursuit la secrétaire générale, « le Maroc présente actuellement l’ensemble des prérequis pour développer une filière nationale performante. » A savoir, une feuille de route ambitieuse, le plan Maroc Rail 2040 qui prévoit un réseau LGV de près de 1500 km et près de 1700 km de lignes classiques pour près de 20 MMUSG d’investissement. Au delà des nouveaux équipements, le renouvellement des infrastructures existantes est au programme avec notamment la rénovation des 2000 km que compte le réseau existant. Et après Rabat et Casablanca, d’autres villes du Royaume s’apprêtent à adopter le tramway. « Ces investissements colossaux constitueront une opportunité unique pour impulser une industrie marocaine du ferroviaire à l’instar du benchmark international. » Des opportunités locales qui n’ont pas été sans susciter l’intérêt des leaders internationaux du secteur. Bombardier, entre autre, géant mondial de la fabrication d’avions et de trains, implanté au Royaume, dans l’aéronautique, à travers l’usine de Nouaceur notamment, et dans le transport à travers sa filiale Bombardier Transport Maroc, et bientôt une usine. Un pays ciblé pour les offres à saisir sur le marché local. A ce niveau, la filiale marocaine affiche un carnet de commandes déjà bien rempli avec les contrats en cours signés avec l’Office des chemins de fer marocain, ONCF (renouvellement de 14 trains électriques pour la ligne Casablanca-Rabat, un budget de 118 millions de dirhams ; contrat de signalisation pour les lignes Casablanca-Kenitra et Sidi Yahya-Tanger, un budget de 3,2 millions de dirhams ; etc.) Mais également pour renforcer son positionnement sur un marché continental à très fort potentiel.

 

« L’Afrique offre, compte tenu de la concentration de la population dans les grandes villes, de grandes possibilités de développement des transports urbains. »

 

« Nous avons choisi le Maroc, indique Pier Prima Mello, Responsable des achats Afrique chez Bombardier Transport, d’abord parce que nous avons une expérience dans le pays dans le secteur de l’aéronautique. Aujourd’hui, comme vous le savez nous avons un site au Maroc avec plus de 600 ouvriers qui est un succès pour Bombardier. Ensuite, les conditions dans le pays permettent aux industriels de s’installer. Le gouvernement facilite et encourage leur implantation, avec les zones franches notamment. Vous avez tout le système autour qui fonctionne, les infrastructures, réseau de télécommunication et autres, et, dernier point, il y a un marché. L’ONCF a annoncé d’importantes opportunités sur les trains et locomotives. Ce qui nous intéresse. Et il y a les grandes villes marocaines, comme Casablanca, qui veulent développer le réseau de tramway. Donc toute une série d’opportunités qui participent au choix de s’installer dans le pays. De là à en faire une base pour nos exports, le pas est très court. Nous croyons que l’Afrique offre, compte tenu de la concentration de la population dans les grandes villes, de grandes possibilités de développement des transports urbains. Dans l’‘immédiat, c’est le marché marocain qui nous intéresse, avec des perspectives de développement en Afrique ensuite et, dans une étape future, l’exportation d’une partie de nos équipements pour nos trains en Europe, à Paris du Maroc. »

 

« Faire du Maroc une locomotive africaine du secteur »

 

De quoi confirmer les ambitions du royaume, à savoir, se positionner comme le hub africain dans le domaine de l’industrie ferroviaire. « Il faut préciser que l’industrie ferroviaire au Maroc existait bien avant. On peut citer l’exemple de la SCIF qui a même exportée, depuis 2012, 200 wagons en Tunisie, des wagons citernes en Mauritanie, tout en assurant la rénovation et la fabrication de voitures neuves pour l’ONCF, souligne Hassan Rebouhate Président du Gifer et DG de la SCIF. Tout en s’inscrivant dans la stratégie industrielle nationale, notre groupement, autour d’une vision de développement industriel, de développement des compétences et des activités, vise en effet contribuer à faire du Maroc un hub ferroviaire africain, une locomotive africaine du secteur. » Mais pour atteindre ses ambitions, des efforts doivent encore être menés en vue de mettre en place l’écosystème intégré. « Ce que nous voulons, à travers le Gifer, c’est la création des métiers basiques. L’industrie lourde est déjà présente au Maroc, la chaudronnerie par exemple. Au Maroc aujourd’hui on construit tout le matériel tracté, reste à franchir le pas sur le matériel motorisé. Et donc tous les métiers qui gravitent autour sont en cours de développement. Ce qui nous manque c’est l’exhaustivité en terme de normalisation. Mais nous pensons que c’est réalisable. Nous avons ouvert un grand chantier en matière de développement des compétences. »

 

« Il y a un effet domino en terme de création d’emploi extraordinaire à parti du moment où vous avez un taux d’intégration local important »

 

Des programmes de formations, intensives et très spécialisées, sont en cours, d’autres à venir avec l’appui du ministère de l’industrie qui s’est engagé à créer 500 000 nouveaux emplois, c’est l’urgence dans le pays. Or, plus que d’autres filières industrielles, le ferroviaire, qui nécessite une majorité de tâches manuelles, est un fort pourvoyeur d’emploi. « C’est un secteur très générateur d’emploi, confirme Hassan Rebouhate. La rénovation d’une centaine de voitures, à titre d’exemple, sur une période de deux ans, va occuper 300 personnes, tout corps de métier confondu. Y compris l’ingénierie. Il y a un effet domino en terme de création d’emploi extraordinaire à partir du moment où vous avez un taux d’intégration local important. Aujourd’hui dans tout ce que nous faisons au Maroc, notamment à la SCIF, nous avons un taux d’intégration locale qui dépasse les 50%. » Et d’en conclure : «Le Gifer a vocation à  accompagner ce processus qui va mettre en place cet écosystème en intégrant toute la chaine de valeur. C’est un groupement qui offre un cadre d’échange dépourvu de tout esprit de concurrence. Si les membres jouent le jeu sincèrement on aura de belles réalisations. »  Un dessein déjà sur les rails manifestement…


 

Par Dounia Ben Mohamed