Oops! It appears that you have disabled your Javascript. In order for you to see this page as it is meant to appear, we ask that you please re-enable your Javascript!
Actualité

Maroc Les femmes et l’argan Une culture séculaire redynamisée par la grande distribution

Au Maroc, la culture de l’argan est traditionnellement réservée aux femmes. Aussi, entre éco-agrologie et promotion de la femme, Le Petit Olivier et Intermarché se sont associés pour soutenir le secteur de cette ressource endémique, qui fait les beaux jours des cosmétiques, sur fond de commerce « responsable »… Reportage.

Par Marie-France Réveillard

« Il y a plusieurs acteurs privés qui exploitent l’argan mais il n’y a pas d’autre projet comme celui-ci » déclarait, le 12 octobre dernier, Tarik Ottmani, le maire-adjoint d’Essaouira et président de l’association culturelle Essaouira-Mogador, fondée par André Azoulay, le maire de la ville. Le projet en question un centre éducatif de 50 000€ inauguré à Ounagha, ville du Maroc située dans la région de Marrakech, par Thierry Cotillard, le président d’Intermarché et par les directeurs de La Phocéenne de Cosmétique, en présence des autorités locales. Une initiative financée à hauteur de 100 000€ grâce au versement de 10% du chiffre d’affaires HT réalisé sur les ventes de produits de la gamme argan, commercialisée par Le Petit Olivier dans les magasins Intermarché, entre avril et novembre 2017.

C’est en 2003 que naît Le Petit Olivier, une marque du groupe La Phocéenne de Cosmétique, fondée en 1996 par Éric Renard et Xavier Padovani. « Nos produits sont disponibles dans toutes les enseignes de la grande distribution française. Nous employons 120 salariés et enregistrons un chiffre d’affaires de 30M€ (…) En Afrique, nous vendons nos produits au Sénégal, au Togo, en Côte d’Ivoire, en Guinée et au Cameroun » explique Éric Renard.

Le 1er savonnier indépendant collabore depuis 2017, avec Intermarché, le 1er distributeur indépendant de l’hexagone (NDLR : 1 800 points de vente en France et 44.5Mds€ de chiffre d’affaires global en 2018) pour soutenir la filière de la culture de l’argan. En 2007, les deux enseignes ont multiplié les investissements à Ounagha, pour financer une coopérative d’argan, une station de pompage, une centrale solaire autonome, l’approvisionnement en eau chaude ou encore l’éclairage des voies principales de la petite commune située à quelques kilomètres d’Essaouira.

A l’heure où les circuits de distribution se transforment et où le consommateur est de plus en plus exigeant en matière de RSE, Le Petit Olivier s’affirme comme une marque « responsable » tout comme Les Mousquetaires déjà engagés, avec un certain succès, dans une véritable guerre de l’image.

Les femmes et l’argan : une tradition séculaire

Au cœur d’un paysage de terres ensablées planté d’arbres endémiques, la région d’Essaouira est la Mecque de la culture d’argan. Alors que le fruit est bien connu des consommatrices de cosmétiques en Occident pour ses vertus régénératrices, au Maroc, son usage est davantage lié à la consommation alimentaire courante, estimée à 4 000 tonnes par an. « Le concassage et la presse sont réalisés par les femmes à 99% mais la collecte est plutôt réservée aux hommes (…) Depuis une 20aine d’année, l’essor de la production d’argan, a complètement changé la vie des familles qui ont vu parfois leur salaire passé de 50€ à 200€ par mois » souligne Tarik Ottmani.

Simultanément, avec sa reconnaissance en 1998 par l’UNESCO, l’arganier bénéficie du soutien accru du royaume comme en témoigne la Fondation Mohammed VI pour la recherche et la sauvegarde de l’arganier qui a multiplié les subventions aux coopératives régionales. Ce fruit couleur de miel, a permis d’accompagner l’émancipation des femmes berbères. « La culture de l’argan concerne traditionnellement les femmes qui travaillent avec plus de patience que les hommes… Au début les hommes refusaient de laisser leurs femmes ou leurs filles travailler dans les coopératives mais ils ont peu à peu changé d’avis. Les femmes sont devenues autonomes et aident parfois financièrement leurs maris car il y a beaucoup de chômage dans la région » explique Amal El Hantati qui gère une coopérative d’argan dans la commune d’Ounagha. « Il y a 3 hommes dans ma coopérative mais le conseil d’administration est à 100% féminin » se félicite-t-elle.

Le miracle de l’argan reste néanmoins tributaire de la météorologie comme le rappelle Éric Renard : « L’arganier est aujourd’hui menacé par l’avancée du désert et perd environ 600 hectares par an. C’est un sujet majeur pour le Maroc qui essaie de replanter des arbres. On peut imaginer qu’à moyen terme, il n’y en ai plus du tout. »