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Maroc « Le soleil, c’est de l’or ! »

Au sud du Maroc, au pied de l’Atlas, Ouarzazate, célèbre pour son tourisme et ses studios de cinéma où sont tournées les plus grandes productions hollywoodiennes, s’affiche aujourd’hui comme pionnière dans le développement des énergies renouvelables. Le solaire en particulier avec des projets mis sous les coups des projecteurs lors de la deuxième édition du Morocco Solar Festival.

Imaginez un vélo, accessible sur tout terrain, avec 100% d’autonomie, et uniquement alimenté par le soleil. Eh bien, il existe déjà. Différents prototypes ont été développés de par le monde. Mais des étudiants marocains ont conçu un modèle sans pédale, donc 0% effort et spécialement destiné aux populations rurales enclavées. « C’est le chameau moderne !, plaisante Othman, un des étudiants qui travaille sur le projet. Il a une autonomie de 50 km par jour, plus on ajoute de batteries plus il roule. On va améliorer le prototype, la technique, le design, pour le rendre plus performant. On voudrait le louer aux touristes à 5 DH par jour ». Ou aux villageois. C’est également l’originalité du concept, son mode de financement. « Nous nous tournons vers les bailleurs de fonds », indique le professeur Hamid El Omari, directeur des énergies renouvelables, à l’Université Hassan Ier, à l’origine du projet avec son partenaire Roger Christen, de l’entreprise Stenrich cycles. « On travaille en collaboration sur ce projet qui est porté par une Start up qui vient de démarrer au Maroc. On a eu pas mal de commandes, dont 50 vélos solaires, conçus au Maroc et livrés au Kenya, c’est un partenariat sud-sud ! » 

« On pourrait ainsi imaginer traverser le désert sans se ravitailler nulle part » 

Au cœur de leur succès, la particularité de leur modèle, idéalement adapté au continent africain, encore majoritairement rural où les routes font encore défaut. « Beaucoup de véhicules avec panneaux solaires existent, mais il faut pédaler ; explique Roger Christen. Nous, on est adepte du moindre effort. On aura un pédalier pour les urgences, mais l’objectif c’est d’avoir un véhicule qui peut faire 50 km par jour juste avec l’énergie solaire emmagasinée dans les batteries. Le véhicule sert également à fournir de l’électricité à partir des batteries. On peut brancher une télévision, fournir l’éclairage… ». Et le professeur de poursuivre : « C’est une station photovoltaïque mobile à multi-usage avec une capacité de 3 kw par jour qui peut être améliorée en utilisant des batteries performantes ». Une nouvelle version est à l’essai : « Avec une autonomie totale. On peut rouler sans arrêt… tant qu’on a du soleil. On pourrait ainsi imaginer traverser le désert sans se ravitailler nulle part ». Plusieurs tests sont à venir dont la grande traversée du désert marocain. « 10 millions de familles au Maroc vivent hors réseau routier, poursuit Roger. Ce véhicule pourrait servir de plateforme d’infrastructures, pour aller chercher de l’eau, emmener les enfants à l’école, alimenter une pompe à eau, évacuer un malade … On peut même recevoir des cours par voies électroniques en se connectant au vélo. Bien sûr, ce n’est pas une centrale, on est loin de Noor I ». Et pourtant à quelques kilomètres seulement…

« On peut construire les infrastructures mais si on ne change pas les mentalités on n’y arrivera pas »

 

Le prototype était présenté, parmi d’autres, du 16 au 18 octobre dernier, dans le « village solaire » aménagé dans le cadre du Morroco Solar Festival, à Ouarzazate… A quelques kilomètres du futur complexe solaire Noor. Une centrale solaire thermodynamique qui, en pleine capacité, avec 2000 kw produite, figurera parmi les plus importantes au monde. De quoi confirmer le positionnement du Maroc, pionnier dans le développement des énergies renouvelables. Ce qui est précisément l’objectif des initiateurs de Solar. « Cette histoire est née, l’année dernière d’un rêve, ici à Ouarzazate, confiait, lors de la cérémonie d’ouverture de l’évènement, Patrick Bauer, créateur du Marathon des Sables, co-organisateur avec Mehdi Alaoui Mdaghri, directeur Associé de Eganeo par ailleurs président de Planète Citoyenne. On a aussi voulu éveiller les consciences. C’est pourquoi on l’a appelé festival, c’est festif, ludique… même si on manque un peu de soleil, cette année ». De fait, les animations prévues pour sensibiliser le grand public , des contes autour d’histoires solaires, des ateliers, parades, films et autres, n’auront pas attiré les foules, mais, « si modestement à travers notre évènement on met en contact les gens et derrière il se passe des choses, on sera très heureux ». « La mer, le désert, ce sont les grandes richesses du Maroc, après ses hommes et ses femmes. Et le soleil, c’est de l’or !, assure Mehdi Alaoui. On peut construire les infrastructures, mais si on ne change pas les mentalités, on n’y arrivera pas ».

« Notre pays est un acteur majeur sur le continent africain mais aussi dans le monde avec ce grand défi des énergies renouvelables »

Et l’édition aura vu la participation, active, d’André Azoulay, conseilleur du roi Hassan II et figure emblématique du Marzen, également mécène du Solar festival. « Le Maroc a été pionnier, visionnaire, il y a plus de 50 ans dans cette région, quand personne n’y croyait, en dehors de feu le roi Hassan II qui a décidé d’y construire le plus grand barrage El Mansour Eddahbi, rappelle le conseiller. Si nous sommes là ce soir, c’est parce qu’il l’a voulu. Le roi Mohammed VI, il y a quelques années, a inauguré l’autre barrage, Tiouine. Ouarzazate scelle un autre avenir et une autre réalité : notre pays est un acteur majeur sur le continent africain mais aussi dans le monde avec ce grand défi des énergies renouvelables ». Partenaire de l’évènement, et au premier plan de la centrale Noor, Moroccan Agency for solar Energy (Masen) confirme l’engagement du Royaume dans la promotion des énergies renouvelables. « La réussite du plan solaire Noor se mesurera à la création d’un nouvel écosystème au Maroc, indique Amrane Obeid, membre du directoire de Masen. Nous serons compétitifs à travers des projets aussi constructifs que Noor ». Saïd Mouline, directeur de l’Agence marocaine pour le développement des énergies renouvelables et de l’efficacité énergétique (ADEREE), poursuit : « Il n’y a pas de projets qui réussissent si on n’a pas les trois volets : économique, environnemental et social. Le solaire, ce n’est qu’une étape. La transition énergétique mondiale a commencé. De grands projets se développement aux Etats-Unis, en Chine, et Ouarzazate figure sur la carte, avec un site qui va servir de vitrine mondiale ». 

Stratégie énergétique du Royaume : 2000 MW d’ici à 2020

Coïncidence ou signe du destin, au moment où se tenait le festival, le Roi et les acteurs des secteurs de l’environnement et de l’énergie se réunissaient à Tanger pour la présentation de la stratégie énergétique du Royaume, basée notamment sur les énergies renouvelables. Elle vise une capacité de 2000 MW d’ici à 2020, à partir d’ambitieux projets dans le solaire et l’éolien dans lesquels le Maroc affiche un fort potentiel. Cinq sites ont été identifiés : Ouarzazate, Aïn Béni Mathar, Foum Al Oued, Boujdour et Sebkhat Tah. Par ailleurs, en marge de la prochaine Cop21 (30 novembre-11 décembre à Paris), le Maroc, qui doit accueillir la Conférence sur le climat (Cop22), en 2016, s’est s’engagé à réduire ses émissions de gaz à effet de serre (GES) en 2030 de 32% par rapport aux émissions projetées pour la même année. Ce qui induit l’implication de toutes les composantes de la société marocaine.

Les étudiants sont d’ores et déjà parties prenantes de cet effort de sensibilisation et promotion d’une économie verte. A l’image des participants au festival solaire. « Nous avons réalisé ce cuiseur solaire dans notre cursus académique. Il est basé sur un double principe : thermique et optique, expliquent tour à tour Imane et Jihad, élèves ingénieurs stagiaires de l’Ecole nationale des sciences appliquées de Tanger. C’est un sytème simple, peu encombrant, par le simple basculement du réflecteur, vous pouvez le déplacer, l’utiliser pour des pique-niques dans vos jardins ». Là encore, la cible est la population rurale. « Il est spécialement destiné aux régions rurales, pour les femmes qui ont du mal à se déplacer pour chercher et du bois et du charbon. Il touche ainsi à trois piliers du développement économique : en économisant du combustible, on réduit la facture énergétique; sociale en fournissantaux populations rurales une solution simple pour s’approvisionner en énergie; et écologique, par la préservation de nos ressources naturelles, en se basant sur les énergies renouvelables qui sont gratuite ». Avec un coût de 1400 Dh, soit moins cher qu’un four électrique au Maroc, le projet prévoit d’être distribué, via les ONG, aux villageois.


 Par Dounia Ben Mohamed

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