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Maroc Le Royaume au coeur de la stratégie de développement d’Alstom

Si en France, Alstom, acteur mondial du secteur des transports, ferroviaires notamment, est en disgrâce, au Royaume, il est roi. Implanté dans le pays depuis 2011, le groupe a profité du Rail Industry Summit, pour présenter à ses partenaires locaux sa stratégie de développement. Une feuille de route dans laquelle le Maroc joue un rôle clé.

« C’était avec plaisir, que ce matin, pour participer à la conférence, nous avons pris le tramway ». Ce clin d’œil, loin d’être anodin, de Raphael Bernardelli, Directeur Sourcing MEA chez Alstom, témoigne de la présence du groupe au Maroc, en tant que constructeur de tramway, mais pas seulement.

 

Un cap de 30% de croissance en terme d’activités dans la région

 

Une « succès story » selon les termes de Mourad Rahmoune, responsable des achats chez Alstom Transport Maroc, née en 2011_ dans le domaine du transport, mais le groupe était déjà présent dans le pays depuis 1977 dans l’hydro électrique et le thermique_ à la suite d’une convention de partenariat industriel stratégique signée avec le gouvernement marocain et qui précise les engagements du groupe sur une période de dix ans ainsi que le rappelait Raphael Bernardelli le 26 octobre dernier, à l’occasion d’un atelier, « Alstom Suppliers Day », organisé dans le cadre du Rail Industry Summit à Casablanca. Au cours de ces rencontres, le groupe a présenté sa stratégie de développement à ses partenaires marocains et internationaux. Une feuille de route dans laquelle le Maroc joue un rôle clé. « Le choix du Maroc dans la stratégie Alstom s’inscrit dans le cadre de notre stratégie globale pour la région Moyen-Orient-Afrique. La croissance prévue dans la zone est de +2,7% dans le marché global du rail. C’est plus modeste que l’Asie, environ 4% par an, mais plus que l’Europe, +1,5%, qui est déjà équipée en terme d’infrastructures ferroviaires. »  Aussi, face à un marché européen saturé, le groupe mise que jamais sur cette zone qui participe aujourd’hui à 15% du chiffre d’affaires global d’Alstom, mais avec un cap de 30% de croissance en terme d’activités. « Nous sommes numéro dans la région, avec l’attribution récente du métro de Dubaï par exemple, et 2500 personnes localisées dans la zone. » Des ressources mobiles et en mesure de porter les produits Alstom dans l’ensemble de la région… et au delà.

 

« Aujourd’hui, Cabliance est au cœur d’un véritable ‘écosystème’ qui compte plus de 22 fournisseurs locaux et qui contribue au rayonnement du Maroc »

 

Avec 17 bureaux régionaux, dont un hub à Istanbul et 11 dépôts de maintenance ; une forte présence locale à travers des joint-venture ;  1400 fournisseurs dans la région, « ce n’est pas encore une région mature au sens du panel mais on est en train de fixer les bases de ce développement avec déjà, plus  de 70% d’achats pour la région dans la région, 90 acheteurs basés dans dizaine de pays, le fruit d’un développement rapide. » Au Maroc notamment, où la convention de 2011 a été « un élément déclencheur », avec aujourd’hui une vingtaine de fournisseurs, et « un esprit de développement d’une filière industrielle ferroviaire marocaine. » Illustration concrète de la stratégie Alstom au Maroc : Cabliance, une unité de fabrication de faisceaux et de câbles et des armoires électriques basse tension, installée à Fès. Une joint-venture née en 2011, aujourd’hui une acquisition à 100% Alstom après le rachat des parts de Nexans en avril dernier. « Cette acquisition de 100% des parts de Cabliance confirme la volonté d’Alstom de poursuivre sur le long terme ses activités au Maroc et de rester un véritable partenaire industriel qui investit dans des secteurs d’activité stratégiques de l’économie marocaine », indiquait Gian-Luca Erbacci, vice-président senior d’Alstom Moyen-Orient et Afrique, dans un communiqué publié lors de l’acquisition. « Après la livraison du premier tramway Citadis de Casablanca en juillet 2012 et l’équipement des rames de la LGV Maroc, Cabliance a acquis une dimension internationale. Aujourd’hui, Cabliance est au cœur d’un véritable ‘écosystème’ qui compte plus de 22 fournisseurs locaux et qui contribue au rayonnement du Maroc », soulignait le même communiqué. Avec un chiffre d’affaires de 13,7 millions d’euros en 2015, cette entreprise qui compte aujourd’hui environ 250 employés doit voir « sa production augmenter avec la croissance du site et atteindre 17 à 18 millions d’euro de chiffre d’affaires très rapidement » selon les prévisions de Raphaël Bernardelli.

 

« Aujourd’hui, nous portons des objectifs beaucoup plus ambitieux. On va compter sur vous pour localiser plus, dans une logique de partenariat.  Il y a la volonté de développer un hub et une filière forte pour aller à la conquête de l’export. »

 

Si les engagements d’Alstom, pris lors de la convention de 2011 et qui portaient notamment sur un objectif de 400 millions d’euro de localisation d’achats au Maroc_176 millions d’euro d’achats à l’heure actuelle_, le groupe prévoit d’aller au delà. «  Aujourd’hui, nous portons des objectifs beaucoup plus ambitieux. On va compter sur vous pour localiser plus, dans une logique de partenariat, poursuit le Directeur Sourcing MEA. Avec plus de 300 fournisseurs sourcés au départ, 22 fournisseurs réellement au standard, un standard très élevé et qui peuvent aujourd’hui livrer n’importe quel site Alstom, on ne va pas s’arrêter là. On va d’abord respecter les engagements de la convention, et donc atteindre les 400 millions d’euro d’achats localisés, mais au delà, il y a la volonté de développer un hub et une filière forte pour aller à la conquête de l’export. »

 

Une nouvelle orientation de la stratégie de développement du groupe à partir du Maroc confirmée par le PDG d’Alstom Maroc, Brahim Soua, nommé en mai dernier. « Le Maroc est central dans la stratégie Afrique d’Alstom mais également internationale. Il a quelques années encore, dans le raisonnement Alstom, le groupe était très orienté vers le low cost. Les choses ont beaucoup changé depuis. Aujourd’hui la stratégie consiste à acheter là où l’on trouve le meilleur projet et donc pas forcément là où il est le moins cher.  Et quand vous regardez la localisation des usines d’Alstom, on se rend compte que pour une catégorie de matériel, le Maroc devient un élément clé de sa stratégie. Ce que nous mettons en place de façon extrêmement structurée. » Et de rappeler les principales étapes de l’implantation d’Alstom Transport Maroc depuis la convention de 2011. « Nous avons commencé par les filières électriques ce qui, à l’époque, rencontrait des difficultés, en matière de qualification etc. Parce que le Maroc n’a pas une culture industrielle ferroviaire. J’insiste sur ce point on ne se contente pas de la compensation industrielle dans la cadre de la convention de 2011. Alstom fait plus que cela au Maroc. Dans le cadre de transfert de compétence dans les métiers de la maintenance et autres via notre contrat de maintenant avec notre client ONCF (NDLR : Office national des chemins de fer), hors du cadre de la convention mais ce qui répond, simplement, au bon sens d’Alstom qui veut, à un moment donné, développer son activité. Ce qui passe par le transfert de savoir-faire. C’est ce que nous avons fait, étape par étape. Aujourd’hui, l’objectif est d’avoir beaucoup plus de fournisseurs pour un tissu industriel plus large, développer le savoir-faire sur certains métiers et ensuite naturellement d’autres étapes viendront si on a le marché, notamment en direction de l’Afrique. »

 

S’il reste à définir, le rôle que doit jouer le Maroc sera déterminant dans les années à venir. Même si d’autres unités, de taille plus importantes sont installées sur le continent, en Afrique du Sud, et chez le voisin algérien également. « Je pense qu’il ne faut pas les comparer. En Afrique du sud, c’est un contrat 5 milliards d’euro, avec 3600 voitures à fabriquer et tout un complexe à implanter selon la loi nationale qui impose une localisation à 60%. Un modèle à part entière. De même, en Algérie, même modèle, avec l’installation d’un complexe local. Ce n’est pas le modèle développé au Maroc où nous n’avons pas d’opportunité de cette dimension mais nous on y croit. Il y a les fondamentaux au Maroc. Quand va échanger avec les fournisseurs, universitaires, les bases sont là. A nous d’accompagner ce développement. » D’où l’implication du groupe dans le développement de la filière industrielle ferroviaire en partenariat avec le Groupement des industries ferroviaires au Maroc (Gifer), une fédération née en février dernier, sous l’impulsion entre autres d’Alstom.

 

« Pour nos activités à venir, notamment en Afrique, on a besoin de sources locales. Dans ce sens, le Maroc est une bonne option »

 

En attendant, Alstom rafle les plus gros contrats au Royaume. Dont celui du TGV devant relier Tanger et Casablanca, en 2h10 et à une vitesse maximale de 320 km/h, d’ici l’été 2018 selon l’ONCF. En attendant, le groupe vise d’autres projets,  dont la phase deux du chantier TGV, soit la ligne Casablanca-Agadir ; l’extension des réseaux de tramway à Casablanca, Rabat ; l’adoption du tramway par d’autres villes du pays ; la maintenance des équipements de transport ; la signalisation… Des opportunités qui suscitent l’intérêt d’autres acteurs du transport, dont l’autre leader international, le canadien Bombardier. Alstom Transport Maroc travaille également sur des projets hors Maroc, dont la livraison d’une partie des équipements pour les métro de Ryad, Dubaï et la Mecque… Tout en lorgnant sur d’autres à venir sur le continent et pour laquelle le groupe mise tout particulièrement sur le site marocain.  « Pour nos activités à venir, notamment en Afrique, on a besoin de sources locales. Dans ce sens, le Maroc est une bonne option, confirme Olivier Baril, Vice-Président Sourcing d’Alstom Transport.  A l’horizon 2018-19 on va passer cette mutation, à savoir acheter de moins en moins en Europe et deux plus en plus dans nos deux grandes régions d’achat : Moyen-Orient-Afrique et Asie pacifique. » Une mutation déjà en cours : la part des achats en Europe est déjà passée sous la barre des 50%. « Avec un paradoxe : diminuer nos fournisseurs en Europe mais et en même temps trouver de nouveaux fournisseurs en allant notamment plus vers l’Europe de l’Est et le Maroc. Un pays clé pour le développement de nos activités d’export. » Pour une série de facteurs : la réduction des coûts de production, transports et taxes ; les opportunités qu’offrent le marché local ; la présence de fournisseurs entre autres. Sur ce dernier point, le vice-président précise : « Acheter au Maroc n’est pas incompatible avec notre politique d’acheter best in class. » Le groupe, satisfait de la qualité des produits made in Maroc, du respect des délais de livraison notamment, envisage clairement d’augmenter la part des achats depuis le Maroc.

 

« Cette position occupée par Alstom au Maroc fait de ce grand groupe une locomotive pour l’écosystème ferroviaire national »

 

Des ambitions qui rejoignent celles portées par le Maroc. « Cette position occupée par Alstom au Maroc fait de ce grand groupe une locomotive pour l’écosystème ferroviaire national, observe Zahra Maafiri directrice générale de Maroc Export. A l’ouverture du « Rail Industry Summit » (lire Maroc, l’industrie ferroviaire sur les rails), des commandes publiques pérennes ont été annoncées… mais qui nécessitent, outre l’engagement d’Alstom,  l’implication d’un tissu de PME partenaires locales et surtout le transfert du savoir-faire et de technologies qui se fera grâce aux grands projets portés par Alstom mais en assurera tout aussi bien  la pérennité.  En effet, le Maroc, de par son avance en matière d’industries et d’infrastructures ferroviaires offre aujourd’hui la plateforme idéale pour créer un hub industriel régional, grâce à la demande potentielle de nos voisins du sud. » Ce qui laisse présager une plus forte présence d’Alstom dans le Royaume… De quoi faire grincer des dents en France.


 

 

Par Dounia Ben Mohamed