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Mamadou Bocar Sy, DG Banque de l’Habitat du Sénégal « 900 hectares à Diamniadio destinés à des logements »

Les banques de la place seront appelées à jouer un rôle décisif autant dans les procédures de financements des logements en construction dans les pôles urbains que dans les modalités d’accès des populations à ces biens immobiliers. A cet effet, ANA s’est entretenu avec le Directeur général de la Banque de l’Habitat du Sénégal, Mamadou Bocar Sy, qui promet un « système attractif pour les projets des pôles urbains ».

Entretien

Quelle est votre appréciation de la décision de l’Etat de créer des pôles urbains à Diamnadio et au Lac Rose, en guise de solution au déficit de logements sociaux à Dakar ?

C’est une mesure salutaire, mais je crois que la mesure définitive consistera à permettre aux Sénégalais d’être propriétaires de leur logement. De ce point de vue, on est sur la bonne voie parce que l’Etat a pris un certain nombre de mesures qui devraient faciliter aux Sénégalais l’accès à leur propre propriété.

La BHS est le principal partenaire financier du projet « Le Diamniadio Social » qui comporte 15 000 logements sociaux. Où en est ce partenariat avec l’Etat du Sénégal ?

C’est la première fois depuis que ce pays est indépendant qu’on décide d’affecter autant d’assiettes foncières à des professionnels pour la réalisation de projets immobiliers. Parce que qui dit « accès au logement » dit d’abord « disponibilité des assiettes foncières pour construire, capacité des promoteurs financiers à construire et disposer des financements pour construire également ». On a quelque 900 hectares à Diamniadio qui vont être destinés à des logements. L’aspect foncier a été complété par la prise de mesures destinées à favoriser la fiscalité dans la partie de ces projets sociaux, comme Diamniadio, qui vont vers le logement social. Les banques aussi vont mettre en place un système assez attractif qui donnera, pour la première fois, un ensemble cohérent qui concourt à la production de logements à grande échelle. Il faut savoir que le partenariat Etat-BHS concerne une première tranche de 15 000 logements sur un total d’environ 50 000 logements pour les cinq prochaines années. L’Etat a imposé aux promoteurs immobiliers un pourcentage de logements sociaux pour que les Sénégalais qui ont des revenus modestes puissent accéder à des logements dans ces sites. L’objectif n’est pas seulement de construire des logements sociaux, parce qu’il faut une certaine mixité sociale. Les banques, la BHS notamment, ont mis en place un système qui consiste à réduire les taux d’intérêt et supprimer les apports initiaux pour ces logements sociaux, de manière à ce que les fonctionnaires puissent avoir accès à ces logements. L’Etat ne s’est pas arrêté là : on est en train de voir avec le FONGIP comment garantir les crédits qui seront accordés aux Sénégalais qui ont des revenus irréguliers et aux Sénégalais de l’extérieur. Sur le site de Diamniadio, les promoteurs qui vont y opérer auront l’obligation de réaliser au moins un pourcentage de 30% de logements sociaux sur les assiettes qui vont leur être attribuées. La mise à disposition d’assiettes foncières est donc contrôlée et encadrée par l’Etat ainsi que par l’ensemble des acteurs du secteur bancaire.

Quels types de logements seront proposés aux futurs acquéreurs ?

Quand on fait des logements, on s’adresse à plusieurs catégories socioprofessionnelles, chacune en fonction de la taille de sa famille et de sa capacité financière. Vous aurez des logements en toit de chaume, des appartements, des logements sociaux, des logements économiques, des logements de moyen standing et des logements de grand standing. L’essentiel est d’offrir à chaque catégorie de citoyens des logements en phase avec la taille de sa famille et de ses revenus.

Qu’en est-il des étrangers qui veulent investir dans l’immobilier au Sénégal ?

La BCEAO et le ministère sénégalais des Finances régissent les conditions dans lesquelles un étranger peut investir au Sénégal. Le cas de l’étranger qui réside au Sénégal, qui y travaille, y gagne ses revenus et est ressortissant de la Communauté de la zone Franc est différent de celui de l’étranger qui ne réside pas au Sénégal, qui n’y travaille pas et qui n’appartient pas à la zone Franc. Dans tous les cas, l’investissement d’un étranger dans l’immobilier au Sénégal est soumis à l’autorisation du ministère de l’Economie et des Finances, dans le but de contrôler les revenus des uns et des autres. En tant qu’institutions financières, nous devons également connaitre le client : ce qu’il fait, pourquoi il investit ici plutôt qu’ailleurs, etc… Quant aux fonctionnaires internationaux, beaucoup sont propriétaires à Dakar et beaucoup bénéficient de crédits bancaires parce qu’ils peuvent justifier leurs revenus et leurs activités. Le tout consiste pour la banque à jouer le rôle de contrôle des trafics financiers.

On craint une forte spéculation foncière dans la zone de Diamniadio. Cela ne risque t-il pas de dévoyer les objectifs du projet ?

Tel que c’est conçu, normalement le pole ne devrait pas être une zone de spéculation foncière parce que qui dit spéculation dit rareté d’abord. Ici ce sont des réserves foncières qui sont gratuitement mises à la disposition des operateurs, sous réserve d’y ériger des logements tels que prévus, au risque de se voir retirer les assiettes foncières. Maintenant, tout système est perfectible. Il se pourrait que pendant que l’Etat cherche à encadrer une bonne utilisation des terrains, certaines personnes cherchent également à mettre en place un dispositif contraire.

Quels sont les axes de coopération que vous développez avec la caisse des dépôts et consignation ?

La caisse de dépôts et de consignation, dans tous les pays du monde, est un acteur clé dans les logements sociaux grâce à la disponibilité des ressources qui peuvent être injectées dans le secteur pour financer le logement. Dans le cas précis de la caisse de dépôt et de consignation, elle dispose d’importantes réserves foncières à Bambilor et dans d’autres endroits où elle va réaliser des programmes de logements sociaux. Dans ce programme de logements sociaux, nous avons signé une convention avec la caisse de dépôt et de consignation, pour d’une part leur apporter une assistance technique mais également pour l’aider à boucler le financement de cette opération pour laquelle elle débloque des ressources que nous allons compléter. Donc, on en est à définir les axes de coopération. Mais comme on est deux instruments de l’Etat, on est en synergie pour aider à la production de logements.

Les clients des banques se plaignent souvent de la cherté de ses prestations mais aussi de la lourdeur des procédures…

Lorsque la banque prête à son client de l’argent pour l’achat ou la construction d’un logement, elle doit veiller à ce que cet argent soit bien utilisé pour ce logement et que ce logement soit réalisé selon les prescriptions. Autant de choses qui ne dépendent pas de la banque. En revanche, lorsqu’un client prend un crédit auprès de sa banque pour acheter un téléviseur ou pour acheter une voiture, la procédure peut aller vite mais construire un logement peut prendre des mois. Cette lenteur est relative en fait, en raison du délai fixé pour vérifier s’il n y a pas un détournement de l’objectif du crédit, si le produit est bien réalisé dans les règles de l’art. Vous entendez souvent parler de bâtiments mal construits ou d’immeubles qui s’effondrent mais vous n’avez pas encore entendu dire qu’un projet de la BHS est victime de cela parce que la BHS contrôle le travail à effectuer. Je reconnais qu’il y a un effort de communication à faire pour expliquer au client pourquoi on fait ceci, parce qu’en définitive, en surveillant les travaux, on s’assure que la solidité de l’œuvre est garantie et que le client s’assure que son logement est en sécurité. C’est dans cet effort de sensibilisation, d’information de la clientèle qu’il va falloir s’investir, dans le but d’améliorer les délais.

En matière de financement du logement, quels sont aujourd’hui les plus grands défis à relever ?

Le premier défi à relever est la proximité avec le client. Ce défi est en passe d’être gagné avec l’implantation de la banque dans les différentes localités. Le deuxième défi, c’est une communication directe avec la clientèle. Pour acheter un terrain, il faut le faire devant un notaire qui est habilité à vérifier le caractère légal et licite du terrain. C’est un effort de communication qui doit être fait par la banque.

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