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Mahamat Saleh Haroun, portrait d’un maître conteur

Habitué de la Croisette, le cinéaste Mahamat Saleh Haroun présente cette année « Lingui, les liens sacrés », un drame social en compétition officielle pour la Palme d’or. Portrait d’un maître conteur devenu l’une des plus grandes figures du cinéma africain. 

Par DBM

Lancée le 6 juillet, la 74ème édition du Festival de Cannes retrouve cette année le cinéaste tchadien Mahamat Saleh Haroun ; un familier des lieux, qui revient pour la troisième fois en compétition avec son nouveau filmLingui, les liens sacrés. Membre en 2011 du jury  présidé par l’acteur américain Robert De Niro, il avait présenté en 2013 le long métrage Grigris et décroché en 2010 le prix du Jury pour Un homme qui crie, quatre ans après avoir été couronné à Venise pour Daratt, saison sèche

L’histoire, volontiers contée par le principal intéressé, veut que le déclic cinématographique se produise très tôt, lorsque Mahamat Saleh Haroun voit  son premier film, à l’âge de 8 ans. Déjà, c’est la caméra qui le séduit. De son enfance marquée par la guerre civile qui éclatera dans son pays- le Tchad- et le contraindra à l’exil- au Cameroun, puis en France où il vit toujours-, il gardera cette soif de raconter le monde qui l’entoure.

Du journalisme à la réalisation

Après avoir étudié au Conservatoire Libre du Cinéma Français puis à l’IUT de Bordeaux en 1986, il devient journaliste pour la presse régionale puis pour une radio locale. À partir de 1994, il passe pour de bon derrière la caméra. Avec un succès certain. Son premier court métrage, Maral Tanie, qui dénonce le drame des mariages arrangés, est salué par la critique et décroche une récompense au Festival « Vues d’Afrique ». Cinq ans plus tard, c’est avec les honneurs qu’il pénètre dans l’univers des réalisateurs de longs-métrages : sorti en 1999, Bye bye Africa évoque, sous forme de chronique, la disparition du cinéma au Tchad et lui offre le prix du meilleur premier film au Festival de Venise. 

Ses deux films suivants, Abouna en 2003 et  Daratt, en 2006, l’installent définitivement parmi les grands du cinéma d’auteur. Présentés à la Quinzaine des Réalisateurs à Cannes, le premier raconte l’histoire de deux enfants qui partent en quête d’un père parti subitement  tandis que le second décrit une tentative de vengeance dans un contexte de guerre civile. Un récit profond dont la réflexion humaniste touche à nouveau le public : Daratt se voit décerner en 2009 les honneurs du Prix spécial du jury à la Mostra de Venise.  Par la suite, il fera de nouveau la sélection officielle du Festival de Cannes avec les films Un Homme qui crie (en 2010) et Grigris (en 2013), un hymne à la jeunesse qui remportera le Prix Vulcain de la meilleure photographie.

« Cela faisait un moment que je souhaitais dresser le portrait d’une femme tchadienne telle que j’en connais… »

Avec « Lingui », il raconte l’histoire d’Amina, mère célibataire d’une adolescente tombée enceinte, Maria, qui doit affronter le regard réprobateur de la société dans un pays où le social et le religieux ont une influence décisive.  

« Lingui, c’est le lien (…), explique Mahamat-Saleh Haroun. Je ne peux exister que parce que l’autre existe. Au fond, c’est une philosophie altruiste. Ce mot résume la résilience des sociétés confrontées à des choses assez dures ». Et de confier : « Cela faisait un moment que je souhaitais dresser le portrait d’une femme tchadienne telle que j’en connais. Ce sont des femmes célibataires, veuves ou divorcées, qui élèvent seules des enfants. Souvent mal vues par la société, elles se débrouillent pour s’en sortir. J’ai connu une de ces femmes, qui s’est retrouvée seule avec ses enfants après la mort de son mari. Pour gagner sa vie, elle s’est mise à récupérer des sacs en plastique pour fabriquer des cordes et les vendre. Je voulais rendre compte de la vie de ces femmes un peu marginalisées, mais qui ne se vivent pas comme des victimes. Ce sont les petites héroïnes du quotidien… ».  

Unanimement salué par le public lors de sa présentation officielle au Palais des festivals de Cannes, Lingui est cette année l’une des deux seules chances africaines, au côté de « Haut et Fort » du Marocain Nabil Ayouch, de décrocher la Palme d’or. Une très discrète présence africaine au firmament du cinéma mondial qui rappelle, si besoin en était, le caractère exceptionnel du parcours accompli par l’enfant tchadien d’Abeché, depuis ce fatidique jour où il tomba amoureux du 7art.

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