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Lutte contre le chômage au Togo : 250.000 taxis-motos en 2014

Se déplacer dans certaines grandes métropoles africaines devient difficile à cause du manque de réseaux de transport public urbain. Pour pallier à ce vide dans certains pays d’Afrique de l’Ouest, un autre moyen de transport urbain a vu le jour depuis quelques années. Il s’agit des taxis-motos communément appelés « Okada » au Nigeria et au Ghana et « Zemidjan » au Bénin et au Togo ou encore « bend skins » au Cameroun. Au Togo, les Zemidjans grouillent le long des avenues de Lomé, la capitale togolaise, très tôt le matin à la recherche des passagers.

Bien qu’opérant dans un secteur informel sans aucun statut particulier au début, les conducteurs de taxi-moto ont su s’imposer au vécu quotidien des populations togolaises. D’une activité essentiellement circonscrite aux zones rurales ou périurbaines, au début des années 90, le taxi-moto est devenu, aujourd’hui, un véritable moyen de transport et une bonne façon de palier à l’absence de transport public. Ce secteur demeure la chasse-gardée des milliers de jeunes diplômés sans emploi qui n’hésitent plus à troquer leur statut de diplômés de grandes écoles supérieures contre celui de conducteur de Taxi-moto. Au Togo, la réalité des Zemidjans surnommés affectueusement « Oleyia » en mina, un dialecte parlé au sud du Togo, ce qui veut dire «tu y vas» ne diffère guère de celle de leurs compères des autres pays de la sous-région. Hormis quelques conducteurs qui se sont procurés eux-mêmes leurs motos, certains s’adonnent à un système de bail commercial surnommé «Work and Pay». Ce système de bail permet au conducteur de travailler pour un propriétaire de moto pour une période définie de 12 à 16 mois à la fin de laquelle il devient le nouveau propriétaire après avoir payé le double du coût de l’engin. En moyenne, le prix d’une moto est de 400.000 FCFA. Pour honorer la clause du contrat, le conducteur doit verser au propriétaire de la moto en moyenne 10.000 FCFA par semaine. Selon une étude réalisée par le Collectif des organisations syndicales des Taxis motos du Togo (COSTT), le Togo compte 215.800 conducteurs de taxis-motos, dont 58.000 pour la seule ville de Lomé.

On retrouve également dans ce secteur d’activité d’autres tranches d’âges de la population active. En effet, certains fonctionnaires togolais exercent ce métier en dépit des risques y afférant pour pouvoir accroître leurs revenus mensuels. « Je suis fonctionnaire, mais je fais de temps en temps le taxi-moto pour amortir les dépenses avec la cherté de la vie. Vous savez, avec les crises incessantes et la stagnation des salaires, il faut avoir des sources additionnelles de revenus. Je peux gagner en moyenne 3.000 FCFA en travaillant dès la sortie du bureau jusqu’à 21 heures », a affirmé, sous le couvert de l’anonymat, un fonctionnaire togolais rencontré dans le quartier administratif de CASEF à Lomé.

Aujourd’hui, le secteur contribue à la relance économique amorcée, depuis quelques années, au Togo et génère une manne financière non négligeable pour tous les acteurs impliqués. Selon le collectif, chaque conducteur de taxi-moto gagne mensuellement 46.125 FCFA, soit 533.500 FCFA par an. Pour Lomé uniquement, cela représente 47 milliards de FCFA pour les conducteurs, 35 milliards pour les propriétaires, 2 milliards pour les garagistes, 62 milliards pour les compagnies pétrolières, 500 millions pour l’Etat au titre d’impôt et 5 milliards en achat de pièces détachées.

« On doit apprécier à sa juste valeur notre participation à l’économie nationale. Car malgré le contexte socioéconomique difficile caractérisé par des crises incessantes forçant les jeunes au chômage, le secteur a redonné espoir à ces jeunes chômeurs », a expliqué Komlavi Agbo, le coordinateur national du collectif.

A l’instar des autres pays, les zemidjans togolais sont pointés du doigt par les autorités pour le non-respect du code de la route ; ce qui expliquerait l’augmentation des accidents de la circulation.

Pour faire face aux contraintes du métier, les conducteurs ont créé la Mutuelle des Conducteurs de Taxi Moto du Togo (MUCTAM-Togo), en septembre 2014. Il s’agit pour ces acteurs de fédérer leurs énergies en vue de faire face aux difficultés qu’ils rencontrent dans leur secteur : le système « Work and pay », assurances de moto exorbitantes, absence d’assurance maladie, de sécurité sociale etc. « Cette mutuelle va permettre de fédérer tous les taximen exerçant dans le métier à deux roues pour qu’ensemble, nous puissions trouver des solutions pour sortir de la précarité et de la vulnérabilité», a expliqué Ingrid Awadé, directrice générale de la Délégation à l’Organisation du Secteur Informel (DOSI).


 

Par Blamé Ekoué

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