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lgérie : Le gaz de schiste pour amorcer le choc du pétrole

Le sous-sol de l’Algérie regorge aussi d’hydrocarbures non- conventionnels. En 2009, les autorités algériennes avaient adopté un projet de loi qui favorise leur exploitation, notamment dans la région d’In Salah. La chute des prix du pétrole sur les marchés internationaux, lourdement ressentie, a contraint le gouvernement de revoir sa position quant à l’exploitation de ces énergies. Une solution incontournable pour le gouvernement certes, mais aussi un casse-tête pour la population.

La nouvelle loi sur les hydrocarbures publiée en février 2013 ouvre grandement la voie à l’exploitation de ce gaz de roche-mère. S’en suivent alors des mesures fiscales incitatives pour attirer les investisseurs. Mais celles-ci pourraient être contrariées par la grogne populaire de plus en plus grandissante. Si Saïd Sahnoun, PDG du groupe pétrolier public algérien Sonatrach, confirme la volonté du gouvernement d’investir « 70 milliards de dollars sur 20 ans pour produire 20 milliards de mètres cubes de gaz de schiste par an », il n’en demeure pas moins que la fronde à laquelle il fait continuellement face risque de retarder l’échéance. D’ailleurs, les autorités algériennes font même mine de faire marche arrière pour tempérer les ardeurs. « …..C’est une question qui n’est pas inscrite à l’ordre du jour du Gouvernement », indiquait le chef du gouvernement Abdelmalek Sellal à l’émission « Hiwar Essaa » de la Télévision algérienne. Et ce, en dépit de l’abondance des réserves qui place ce pays d’Afrique du Nord au troisième rang mondial derrière les Etats-Unis et l’Argentine. Données fournies par l’Agence américaine de l’information sur l’énergie (EIA). Toutefois la tendance baissière que poursuivent les prix de l’or noir sont de nature à changer la donne. Pour les autorités, l’exploitation du gaz schiste est un choix économique irréversible. Même le chef de l’état, Abdelaziz Bouteflika l’a rappelé à plusieurs reprises. Mais pour la population de la région déjà traumatisée par les essais nucléaires français menés en 1960 dans le désert, c’est « une catastrophe écologique » qui s’annonce. Deux prémisses contradictoires qui risquent de ne confluer que sur la brouille.

Les 50.000 emplois directs et indirects que le gouvernement annonce pompeusement ne font pas changer de position aux plus récalcitrants. Hocine Malti, ancien haut responsable de Sonatrach, en fait partie. Il s’arcboute sur le volet écologique pour fonder son argumentaire. Celui qui a lancé un appel aux Algériens à « s’indigner  » et à contraindre le gouvernement à renoncer à exploiter le gaz de schiste met en avant la pollution. « La technique aujourd’hui utilisée pour extraire le gaz est la fracturation hydraulique. Il s’agit d’injecter à très haute pression dans le puits un mélange d’eau, de sable et des produits chimiques afin de créer une perméabilité artificielle de la roche en la fracturant, car le schiste est très compact et imperméable. Les fissures ainsi créées constitueront autant de voies de communication possibles entre la couche porteuse et d’autres situées au-dessus ou au-dessous, à travers lesquelles vont circuler le mélange eau-produits chimiques, mais aussi un peu de gaz. Et c’est là que se trouve le grand danger de cette technique, car les deux peuvent atteindre, lors de leur migration, les immenses réserves d’eau de la couche albienne notamment ». C’est ce qu’il a développé dans l’une de ses sorties médiatiques pour étayer son opposition à l’exploitation de ce gaz non conventionnel. Nazim Zouiouèche ancien Pdg de la compagnie Sonatrach et expert en énergie n’en voit pas aussi un succès. Cette production « ne sera pas rentable avant quinze ans » en suggérant de « mettre le paquet sur l’énergie solaire, une ressource disponible, inépuisable, propre et rentable ».

Fatima Bouhani, Professeur à l’université d’Alger III en communication des crises n’y déroge également pas. Elle estime, dans un entretien sur les colonnes du quotidien El Watan du 20 février 2015, que l’exploitation est négative d’avance. « En tant qu’enseignants, nous sommes tous contre l’exploitation du gaz de schiste car les répercussions seront néfastes sur l’avenir de toute la région. Je peux même comparer les affres qui découleront du gaz de schiste aux essais nucléaires français dans le Sud du pays. Jusqu’à aujourd’hui, des Algériens continuent à souffrir le martyre suite aux essais nucléaires français perpétrés à Reggane, comme ailleurs dans le Sud ». La mise en péril des nappes aquifères et les autres surfaces, qui risque de faire perdre au pays ses ressources en eau, est mise en avant comme argumentaire. Ce qui amène à conclure que le pays aura beaucoup plus à perdre qu’à gagner.


Par Kaci Racelma

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