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Les Plans Émergents en Afrique

Plan Sénégal Émergent, Plan Gabon Émergent, Plan Nationale de Développement en Côte d’Ivoire, plusieurs gouvernements africains ont lancé des programmes stratégiques de développement appelés « Plan Émergent » pour la plupart ou « Plan de développement » pour d’autres, visant à mettre en place les projets structurants à forte valeur ajoutée. L’ambition des Etats, à travers la mise en œuvre desdits plans, est de favoriser une croissance économique à fort impact sur le développement humain.

Ainsi, ces plans constituent les référentiels de la politique économique et sociale des pays. Ils doivent s’inscrire sur le long terme, bien au-delà d’un mandat politique. Pourtant, à chaque changement de régime, l’on assiste à l’élaboration d’un nouveau plan, voire une nouvelle stratégie. Les projets en cours dans le cadre du précédent plan sont laissés sans suite au détriment du temps et des ressources utilisés pour leur préparation. C’est un « perpétuel recommencement ». D’où le fait qu’il soit important, à mon humble avis, de repenser le modèle d’élaboration de nos plans émergents :

La conception du plan – Il faut, sans aucun doute, s’assurer que la conception du plan soit effectuée par des experts compétents en la matière avec une notoriété prouvée. Dans ce cas, une expertise internationale peut parfois être un bon recours. Cela dit, il est impératif de combiner celle-ci à une expertise locale avec des spécialistes ayant une bonne maîtrise du contexte économique et social du pays.

La promotion du plan – La promotion du plan est une affaire sérieuse dans le sens où la mobilisation des ressources nécessaires à sa mise en œuvre dépend de la manière dont il est vendu. Les autorités en charge de la promotion du plan doivent donc s’en approprier et être formées aux techniques et stratégies de communication professionnelles autour de celui-ci.

Le choix des nouveaux projets à mettre en œuvre – Il est important de bien choisir et définir les projets phares à mettre en œuvre. Il faut s’assurer que ces projets soient économiquement viables et participent à l’amélioration des conditions de vie des populations.

La continuité des projets en cours – Veiller à mener à terme les projets en cours et mis en place par le pouvoir précédent est fondamental dans un cadre de bonne gouvernance et de continuité de l’Etat. Cela dit, il faut dissocier les projets publics des projets privés en termes de préparation, de structuration et d’obligations, car susciter l’intérêt des bailleurs de fonds se fait différemment que celui des opérateurs privés.

La mobilisation des ressources nécessaires à la mise en œuvre du plan – Elle doit être ciblée et bien organisée. En ce qui concerne les bailleurs de fonds, il faut leur proposer des projets structurants capables d’accroître la productivité des facteurs de production contribuant ainsi au bien-être économique au profit de la croissance du pays ainsi que, et surtout, des populations. Pour ce faire, la création d’un groupe consultatif peut s’avérer cruciale afin de mobiliser l’ensemble des acteurs autour du financement des priorités consensuelles. Pour ce qui est des projets auprès des privés, c’est leur préparation qui fait la différence. D’où l’importance de conseils de consultants en provenance dudit secteur.

La participation du secteur privé local – Il faut prendre en compte les acteurs privés dans la réalisation du plan depuis sa conceptualisation avec l’appui d’une expertise locale, comme susmentionné, jusqu’à la promotion du secteur privé local, en incitant sa participation dans la préparation des projets structurants.

La gestion des attentes – Le plan doit avoir des objectifs à court, moyen et long terme et répondre à des attentes spécifiques en fonction des besoins du pays. Ainsi, le plan doit avoir, à court terme, des objectifs pour la vie des populations ; à moyen terme, des objectifs pour l’économie du pays ; à long terme, une vision large avec des objectifs pour les générations futures.

Le suivi institutionnel du plan – La constitution d’un bureau de suivi du plan est impérative, à condition qu’elle ait une certaine indépendance et que ses recommandations aient un poids. Le constat fait dans certains pays est que le bureau de suivi est obscurci par d’autres agences ou institutions plus fortes.

 

Tous les points susmentionnés permettront ainsi, aux pays :

  • De dégager une vision politique, économique et sociale à moyen et long terme infaillible au changement de régime gouvernemental
  • D’instaurer un système de gouvernance solide et des institutions fortes
  • De mettre en œuvre des projets phares (énergie, infrastructures, etc.) pour l’amélioration des conditions de vie des populations.

 

En définitive, les plans émergents sont à encourager partout en Afrique. Cela dit, les politiques doivent faire preuve de flexibilité aussi bien dans la conceptualisation des plans que dans leur mise en œuvre. Les plans devront être inscrits dans le long terme, bien au-delà d’un mandat avec pour objectif principal l’amélioration des conditions de vie des citoyens.


 

Par Ibrahima Cheikh Diong, fondateur et Président Directeur Général du cabinet panafricain Africa Consulting and Trading (ACT) basé à Dakar au Sénégal

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