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Les cambistes font la loi au Togo

Le métier de cambiste a fait son apparition au début des années 90 au Togo. Aujourd’hui, ils sont des centaines à exercer ce métier à risques dans la capitale togolaise. Opérant dans le secteur informel, loin de la législation fiscale togolaise en la matière, les cambistes rivalisent d’ingéniosité et d’ardeur pour attirer leur clientèle avec des offres variées. De l’achat à la vente de devises étrangères en passant par d’autres services bancaires, ces cambistes togolais sont prêts à tout pour pérenniser leur métier. Une incursion dans cet univers nous fait découvrir la réalité des faits.

À quelques mètres du siège d’Ecobank, le quartier des affaires de Lomé, la capitale togolaise, assis sur des bancs installés aux abords des rues, les cambistes togolais procèdent à la criée à longueur de journée pour proposer leurs services aux passants. «Voulez-vous changer de monnaie ? Dollar, Euro ? CFA ? Venez… ! Venez …, j’ai le bon taux …!», lancent-ils aux passants. Ces cambistes sont aussi présents aux abords de grands boulevards, dans les marchés, aux postes de frontière Togo-Ghana et Togo-Bénin, devant l’aéroport international Gnassingbé Eyadema ainsi qu’à la devanture des banques commerciales. L’ambiance est similaire à celle des places boursières réputées du monde.

Des offres de devises, il y en a de toutes sortes et ne manquent d’ailleurs pas d’appâter «les clients» en quête permanente d’un meilleur taux de change. Les cambistes acceptent volontiers « de dévaluer ou surévaluer les taux » pour en tirer le maximum de profit. Tout ceci au nez et à la barbe des banques.

Qui sont ceux qui les sollicitent ?

Les commerçants, la diaspora de retour au pays et les hommes d’affaire togolais sont ceux qui sollicitent régulièrement les services des cambistes afin de pouvoir mener facilement les activités nécessitant une transaction en devises autres que le franc CFA. Selon les documents officiels de la BCEAO, 80% des opérateurs qui voyagent trouvent l’argent disponible plutôt chez les cambistes qu’auprès des banques commerciales agréées.

Des taux plus incitatifs que les taux des banques

Les cambistes offrent parfois des taux de change jugés plus avantageux par leur clientèle en se basant sur les projections de certains marchés financiers internationaux. Ainsi, ils volent dès fois la vedette aux institutions spécialisées en la matière au Togo. En effet, ils proposent à leurs clients des taux plus incitatifs que ceux de la banque où l’on ne perçoit que 64 000 FCFA pour 100 euros. C’est ce qui pousse beaucoup à faire le change chez ces monnayeurs. Dans le sens inverse, ils vendent 66 750 FCFA à 100 euros. « Notre pourcentage est de 5 francs par valeur nominale, c’est-à-dire, pour 1 euro acheté ou vendu, on perçoit 5 FCFA. Ce qui fait que nous percevons 500 FCFA pour le change de 100 euros (65 500 FCFA) », confirme le jeune Mohamed qui aborde systématiquement chaque voyageur sortant et entrant dans le hall de l’aéroport international Gnassimgbé Eyadema, espérant sur la providence.

 

[toggles title= »Les risques liés au métier »]Malgré le caractère lucratif de la profession, les cambistes sont traités de tous les noms d’oiseau. Ils pensent être victimes de certaines personnes mal intentionnées qui usent de leur canal pour faire leur sale besogne. « Il suffit que tu dis à quelqu’un que tu exerces ce métier et il te considère comme un voleur puisque les gens ont une mauvaise image de nous. Et cela est dû au fait que nous ne disposons pas de bureau. Les gens disent que nous servons de canal de distribution pour les trafiquants de faux billets. Mais, nous intervenons là où les banques ont failli », explique Koffi Agbémadon, un cambiste togolais. Pour être à l’abri des faussaires, les cambistes passent les billets à plusieurs tests pour en déterminer sa qualité. « On les passe systématiquement au crible par des méthodes que nous gardons secret avant de procéder aux opérations. Nous sommes obligés puisque nous avons tous les types de clients », a déclaré un cambiste ghanéen réputé sur le marché des échanges de devises à la frontière Togo-Ghana. Le métier de cambiste n’est pas du tout aisé, car ils sont souvent la cible des braqueurs. On se souvient des braquages du grand marché de Lomé et celui de l’aéroport international Gnassingbé Eyadema où des dizaines de millions de dollars ont été emportés par des braqueurs. « Le risque le plus prégnant est dans la convoitise que suscitent nos liasses de billets. Nous sommes souvent braqués et certains de mes camarades ont même perdu leur vie le soir en rentrant chez eux. C’est pourquoi nous sollicitons souvent le service des forces de sécurité pour notre sécurité au cours des grandes transactions », a livré Alain Ikém, un cambiste nigérian rencontré à la frontière entre le Togo et le Ghana. Malgré le rappel à l’ordre des autorités togolaises visant à réorganiser le secteur, l’anarchie persiste. Les cambistes togolais sont toujours au rendez-vous à leurs bureaux de fortune, constitués pour la plupart d’une chaise et d’une table au seuil de grandes institutions bancaires de la place. Ils exercent ce qu’ils considèrent comme le plus vieux métier des finances au monde. Selon un cadre de banque qui à requis l’anonymat, des milliards de FCFA passent par ce circuit informel, chaque mois, au Togo. [/toggles]


 

Par Emmanuel Atcha

 

 

 

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