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Les appareils « made in Togo » en vogue

Au Togo, les jeunes diplômés se tournent vers l’entreprenariat grâce à des inventions de plus en plus appréciées par les ménages dans un pays où le chômage touche plus de 29% de cette frange de la population. Ainsi, les jeunes n’hésitent pas à faire preuve de créativité pour ne pas dire de génie pour mettre en œuvre des appareils de fabrication locale. Oui, de véritables produits made in… Togo.

Le Foufoumix  fruit de l’audace

Un restaurant de spécialité africaine situé dans un quartier périphérique de Lomé grouille de monde à chaque midi. Au premier constat, un cuisinier s’active à faire fonctionner le Foufoumix, un appareil « made in Togo» de plus en plus utilisé par les ménages pour préparer le foufou, une pâte onctueuse à base d’igname cuit très appréciée en Afrique de l’Ouest et Centrale.

En lieu et place des bruits assourdissants accompagnant d’habitude la préparation de ce plat qui se fait avec un pilon et un mortier, des dizaines de clients sont servis autour des tables disposées dans une atmosphère où règne un silence de cimetière. Selon madame Fatou, la propriétaire de ce restaurant de spécialité africaine, le Foufoumix permet de servir sa clientèle en un temps record et éviter toute perte d’énergie. « J’ai décidé d’acheter cette machine à faire du foufou pour pouvoir servir une clientèle de plus en plus exigeante, en un temps record et éviter toute débauche d’énergie. Autrefois, on pillait des tas d’ignames et cela demandait beaucoup d’énergie et de temps ».

Aujourd’hui, de plus en plus de ménages n’hésitent par à débourser environ 250.000 FCFA pour s’acheter cet appareil pour un usage domestique. Je me suis donné comme objectif de résoudre certains problèmes de l’art culinaire africain qui n’ont pas de solutions technologiques. C’est la souffrance que ma maman endurait lorsqu’elle se mettait à piller du foufou qui m’a motivé à mettre au point la machine à foufou », confie Logou Minsob, l’inventeur de cet appareil.

Imprimante 3D Wafate «made in Togo»: une fierté africaine

Le porte flambeau de ces jeunes chefs d’entreprise n’est autre que le concepteur de l’imprimante 3D écologique «made in Togo» (WAFATE). De son vrai nom M. Gnikou Afate, ce géomètre de profession a ainsi balisé la voie à la révolution technologique au Togo. L’impression 3D permet de produire un objet réel : on dessine l’objet sur un écran puis le fichier est ensuite envoyé vers une imprimante 3D qui le découpe en tranches et dépose ou solidifie de la matière, couche par couche, pour obtenir la pièce finale. L’imprimante traite des supports en plastique et en métal.

Aujourd’hui, on retrouve des gadgets imprimés à partir de l’imprimante 3D WAFATE dans certains ménages de la capitale togolaise. Pour M. Afate, le plus dur reste à faire en vue d’entamer une production à grande échelle au profit de tous les Africains.

Déjà, il a commencé par mettre cet appareil révolutionnaire à la disposition des cybercafés à travers tout le pays. « J’ai décidé de placer mes imprimante 3D WAFATE dans les cybercafés du pays. Ainsi, les utilisateurs des cybercafés y retrouveront des imprimantes 3D pour imprimer tout ce qu’ils voudront. Ils pourront imprimer des jouets, des gobelets, des ustensiles de cuisine personnalisés et des pièces de rechange », a affirmé le jeune entrepreneur, membre de Woelab, un incubateur de projets innovants à forte valeur ajoutée technologique.

Alain Lawson, détenteur d’un cybercafé, utilise ce joyau technologique qui suscite beaucoup d’engouement même au-delà des frontières du Togo. « Je peux vous affirmer aujourd’hui que ma clientèle commence par s’adapter à cet appareil jadis inconnu au Togo, voire en Afrique. De plus en plus de gens viennent pour imprimer des gadgets personnalisés ». Les pêcheurs du port de pêche de Lomé ont aussi bénéficié des services de cette innovation. Aujourd’hui, ils utilisent des aiguilles en plastique imprimées à partir de l’imprimante 3D Wafate pour coudre leurs filets. M. Afate ambitionne aussi de fournir les hôpitaux en prothèses et autres produits chirurgicaux imprimés à base de cet appareil, à partir de cette année.

Un coupe-légumes «made in Togo»

Installé dans un quartier populaire de Sokodé, une ville située à environ 340 kilomètres de la capitale togolaise, l’atelier Guémaconception de M. Guéma Timothée, un ancien professeur de Science physique, fabrique des appareils à usage domestique et professionnel. « J’ai mis au point cet appareil similaire à un coupe-légumes pour alléger certaines tâches culinaires des femmes togolaises qui passent beaucoup plus de temps à couper les fruits et légumes avant la cuisson », a expliqué M. Guéma dont l’invention a le vent en poupe.

Mlle Aïcha Dermane, qui s’active à couper du gombo avec cet appareil, en fait les éloges. « Cet appareil équipé de lames sert à couper en tranches des légumes et fruits. Je coupe du gombo pour la cuisson de la sauce. On peut couper des tas en un temps record ». Pour M. Guéma, les Africains doivent s’inspirer du transfert des technologies afin de fabriquer des appareils adaptés aux réalités africaines. Il a aussi mis au point une couveuse numérique avec régulation et affichage automatique de la température pouvant contenir jusqu’à 4 000 œufs, qui a remporté un prix au salon africain de l’invention.

Faire du Togo un pole technologique

Les autorités togolaises ne sont pas restées impassibles face à cette tendance révolutionnaire et technologique qui permet l’émergence d’une nouvelle classe de jeunes entrepreneurs au Togo. Ainsi, plusieurs initiatives à l’instar du Fonds d’Appui pour l’Initiative des Jeunes (FAIEJ) sont prises pour accompagner financièrement et techniquement ces jeunes inventeurs togolais. Pour sa part, le ministère des Télécommunications et de l’Economie numérique envisage de transformer le pays en un pôle technologique. Ceci, grâce à la détection des talents au sein de ces jeunes inventeurs togolais. Toutefois, ces jeunes inventeurs des appareils « low-cost » redoutent le fléau de la contrefaçon.


 

 Par Emmanuel Atcha