Le dossier du mois

Les 5 destinations coup de cœur d’ANA

Pour ce dossier spécial Tourisme, la rédaction d’ANA vous propose ces 5 destinations africaines « coups de cœur ». Tour d’horizon.  

Mindelo, capitale culturelle du Cap-Vert 

Si l’âme de Césaria Evora est omniprésente à Mindelo, la capitale culturelle de l’archipel du Cap-Vert, qui a vu naître « la Diva aux pieds nus », on comprend vite que l’esprit des lieux a inspiré cette dernière. Avec son identité séculaire propre, fruit du brassage culturel entre les influences africaines et européennes, l’architecture chatoyante de ses maisons toutes en couleur, et les nombreuses mélodies- du fado à la samba en passant par des sons plus urbains-   qui rythment ses jours, la cité semble évoluer dans un univers parallèle, comme hors du temps. Passé cette première impression, le visiteur discerne pourtant une autre réalité : la deuxième ville du pays est aujourd’hui en pleine mutation, portée par une communauté d’artistes et par des responsables politiques qui voient en elle la meilleure ambassadrice de la culture Cap-Verdienne. 

« Catalyser les investissements et promouvoir positivement l’identité cap-verdienne ».

De fait, les disciplines créatives présentes dans cette commune de l’île de São Vicente s’énoncent comme un inventaire à la Prévert : mode, artisanat, arts plastiques, production audiovisuelle, graphisme, jeux vidéo… Un patrimoine artistique unique, que les autorités Cap-Verdiennes sont bien décidées à mettre en valeur, car soucieuses d’assurer la diversification de l’offre touristique du pays (25 % du PIB). « L’Afrique est un vaste continent, très diversifié, mais avec un vrai problème d’image, celle-ci ayant été construite par les autres et diffusée à l’intérieur du continent », constate José Gonçalves, le ministre du Tourisme, des Transports et de l’Économie maritime du Cap-Vert, pour qui il faut « diffuser une[nouvelle] image positive de l’Afrique ». Et histoire de prouver que le Cap-Vert joint bien l’acte à la parole, le responsable public rappelle que son pays est le premier du continent à avoir ouvert un centre culturel en Europe. Avec un objectif : « catalyser les investissements et promouvoir positivement l’identité cap-verdienne ». En attendant de concrétiser ce pari, la plus attachante des cités de ce chapelet d’îles lusophones pourra toujours compter sur l’audace de ses plus récentes réalisations pour faire parler (positivement) d’elle, à l’image du très original Floating Creative Hub, un centre culturel flottant conçu par l’architecte nigérian Kunlé Adeyemi. 

Tunisie Dar Ben Gacem, une maison d’hôtes pas comme les autres

Alors que pandémie de Covid est venue achever un secteur touristique tunisien qui vivait déjà sa pire crise depuis la révolution de 2011, une niche continue de se développer, les maisons d’hôtes. Des initiatives privées qui invitent les étrangers à découvrir le pays de l’intérieur, à l’image de l’établissement tunisois Dar Ben Gacem. Installé au cœur de la Médina, dans une maison du 18ème siècle,  le logis de 7 chambres est aménagé autour d’une cour intérieure qui fait ressortir d’élégantes mosaïques associées à des œuvres contemporaines. Toutes choisies avec soin par la maîtresse des lieux, Leïla Ben Gacem. 

« J’ai longtemps vécu à l’étranger, j’ai beaucoup voyagé, et je voyais que la Tunisie ne reflétait pas l’image qu’elle méritait. C’est devenu une obsession »

Biologiste médicale de formation, la propriétaire a passé une grande partie de sa vie professionnelle à travailler pour de grandes multinationales avant d’opérer en 2006 un virage à 360° pour devenir… entrepreneure sociale. « J’ai longtemps vécu à l’étranger, j’ai beaucoup voyagé, et je voyais que la Tunisie ne reflétait pas l’image qu’elle méritait », raconte notre interlocutrice pour qui le projet de maison d’hôtes est vite devenu une  « obsession ». Alors qu’elle est consultante en artisanat, elle entend un jour parler d’une maison de la Médina, vieille de trois siècles, mise en vente par ses propriétaires. 

De ce « coup de cœur » naîtra l’aventure Dar Ben Gacem, « une maison qui raconte une histoire positive de la Tunisie », explique fièrement la patronne. Ouvert après deux années de laborieux travaux de restauration, l’établissement trouve vite sa clientèle, « essentiellement internationale, curieuse, intéressée par l’histoire et la culture tunisoise », précise Leïla Ben Gacem. Un public exigeant et sensible à la qualité de service qu’offre la maison, ce qui vaudra à  Dar Ben Gacem de décrocher le prestigieux label « Certificate of Excellence » trois années de suite par le site de réservations en ligne Tripadvisor. 

« Encourager les jeunes à entreprendre dans le domaine culturel »

Mais surtout, la maison d’hôte tunisoise s’inscrit dans le cadre d’un projet plus large, la valorisation du patrimoine culturel local. Initié par Leïla Ben Gacem, en collaboration avec des associations, le programme « Les secrets de la Médina » cherche ainsi « à [accompagner] les artisans locaux dans le développement de leur activité », le but étant en particulier « d’encourager les jeunes à entreprendre dans le domaine culturel.[…]Un combat pour lequel il a d’abord fallu convaincre, rassurer », reconnaît l’hôtelière. Mais un combat qui en valait assurément la peine. 

Mombasa, ville carrefour

Ouverte sur l’océan Indien et cité swahilie par excellence, Mombasa attire les voyageurs depuis très longtemps.  Le plus célèbre d’entre eux, l’explorateur marocain Ibn Battûta, ira même jusqu’à lui donner son nom, Menbsa, en arabe, qui deviendra, après le passage des Portugais, Manbaca puis Manbasa. Ce sont ces derniers qui établiront la ville comme comptoir commercial, sur la route des Indes. Une inclination pour les affaires qui s’est depuis perpétuée. Mombasa est aujourd’hui, via sa plateforme de Kilindini, le principal hub portuaire régional (34 millions de tonnes de marchandises traitées en 2019), devant sa rivale tanzanienne, Dar es Salam. 

Un point de passage entre Orient et Occident ; Afrique et monde arabe

De fait, Mombasa reste avant tout une ville de transit, un point de passage entre Orient et Occident, l’Afrique et monde arabe. Caractéristique de ce cosmopolitisme, l’architecture locale est une harmonieuse cohabitation entre les influences africaines, les arts islamistes hérités de la période omanaise et les apports européens. Un détour par le marché aux épices, dans la vieille ville, rappellera de son côté la présence de la communauté indienne tandis que les restaurants locaux sont un succulent condensé des gastronomies du monde. À l’image des spécialités éthiopiennes, très appréciées des résidents comme des touristes occidentaux en quête d’exotisme. Et une fois les palais satisfaits, d’aucuns ne manqueront l’occasion d’aller se balader sur les plages de sable fin qui ont fait la réputation de Mombasa. Shelly Beach offre notamment une vue imprenable sur le lagon corallien et une large palette d’activités (sports nautiques extrêmes- très en vogue-, découverte du patrimoine culturel et de la faune locale dans les parcs environnants). Une manière comme une autre de profiter une dernière fois de cette escapade balnéaire, loin de la frénésie de Mombasa… 

Rissani, le joyaux du sud marocain

Séjourner à Rissani, cela se mérite. Seuls quelques avions atterrissent chaque mois sur le tarmac de la ville voisine d’Errachidia- dans le sud-est du Maroc- tandis que par la route, sinueuse, il faut compter une nuit complète au départ de Meknès.  Mais une fois arrivé, le rythme de cette ville du désert nous envoûte sans coup férir. 

Maisons basses aux tons rouges, femmes habillées du drap noir local, hommes vêtus de larges habaya bleu, profusion de hanoutes (petites épiceries)… Tout ici renvoie à la signature du Sud marocain. 

Les prémices de la monarchie alaouite

Nous sommes bien loin de Marrakech et de sa jet-set. Mais surtout bien loin des sites fréquentés par le tourisme de masse. Rissani, joyau des sables, offre à cet égard un autre visage du royaume chérifien. D’autant que c’est ici qu’a commencé l’histoire de la monarchie alaouite, avec l’arrivée au XIIIème siècle d’Hassan al-Dakhil, l’ancêtre venu d’Arabie. Aujourd’hui, toute la ville est tournée vers la place centrale, qui accueille le mausolée d’une autre figure historique de la dynastie, Moulay Ali Chérif. Construit en 1666, le vaste édifice religieux en impose avec ses faïences d’une grande beauté et ses magnifiques jardins intérieurs, promesse de fraîcheur et de calme.  

L’âme du Maroc, l’essence de son africanité… 

Mais plus encore, Rissani, c’est l’âme du Maroc profond. L’essence de son africanité. Autrefois nommée Sijilmassa, la ville mêle Arabes et Berbères, blancs et noirs. Des individus venus d’horizons différents mais qui, tous, ont une histoire commune avec cette cité du désert, longtemps centre caravanier du commerce transsaharien. Contée de générations en générations, cette mémoire collective continue de se perpétuer, les Rissaniens s’interpellant toujours en fonction de leur lignée, « untel fils de untel, petit-fils de untel… ». Ici plus qu’ailleurs, homme et femmes ont conscience d’incarner un précieux héritage.  

Djibouti, une pépite à découvrir  

Encore peu connu du circuit touristique international, Djibouti recèle pourtant de milles et unes merveilles pour le voyageur en quête de découverte et d’authenticité. Lacs salés d’Assal et d’Abbe, parc national de la forêt du Day, site préhistorique de Bahlo, spot de plongée sous-marine des Sept Frères, volcan de l’Ardoukoba qui domine la célèbre hanse du Ghoubbet al-Kharab, à l’extrémité du golfe de Tadjourah… La diversité qu’offre ce petit pays de la Corne de l’Afrque en fait une pépite touristique. Mais une pépite encore à l’état brute, que les  autorités du pays entendent désormais valoriser, dans le cadre de leur stratégie nationale de développement, Vision 2035.  

« Insérer la destination Djibouti sur le très concurrentiel marché international du tourisme »

Articulé autour de quatre axes – la réforme institutionnelle, la création de zones prioritaires d’aménagement touristique, la mobilisation de financements et la mise en place d’une politique d’accompagnement- le volet tourisme du plan Vision 2035 vise à rendre (enfin) visible la destination Djibouti sur la mappemonde, la filière ne représentant pour l’heure que 3% du PIB. 

Pour y parvenir, outre une politique de visas attractive (le prix du visa d’entrée est passé de 79 dollars à 23 dollars), le pays a misé sur le renforcement de 3 segments : un pôle dédié à la capitale- Djibouti- et composé du tourisme d’affaires et de la plaisance, un pôle balnéaire et un pôle éco-responsable, qui s’orientera vers le tourisme de découverte des nombreux sites archéologiques et préhistoriques du pays. 

« L’Œil de l’Afrique, une smart city composée d’une zone économique spéciale et de quartiers résidentiels au confort dernier cri »

Autant d’atouts dont la mise en valeur requerra néanmoins d’importants investissements. De fait, beaucoup d’entre eux ont d’ores et déjà été engagés. Inauguré en décembre 2018, par le chef de l’État en personne,  Ismaël Omar Guelleh, le complexe multifonctionnel du Djibouti Hôtel-Mall est typique de cette volonté d’accueillir en grande pompe cette clientèle internationale si convoitée : aménagé le long de la route de Venise, à proximité du Bawadi Mall, le projet prévoit notamment la construction d’un hôtel 5 étoiles, d’un centre commercial, de deux salles de cinéma, 9 salles de conférence, et du plus moderne Casino d’Afrique. En attendant le lancement d’une entreprise encore plus ambitieuse, « l’Œil de l’Afrique », une smart city composée d’une zone économique spéciale et de quartiers résidentiels au confort dernier cri. C’est à ce prix que se construira la nouvelle attractivité de Djibouti, par delà sa traditionnelle activité portuaire. 

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