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Le Maroc, plateforme économique africaine

Le roi du Maroc Mohammed VI a signé  avec le président chinois, Xi Jinping de nombreux accords bilatéraux, économiques, diplomatiques… dans le cadre de la « déclaration de partenariat stratégique ». Ainsi, le Maroc, se maintient au rang de partenaire de choix pour les autres pays d’Afrique.

Le Maroc vient de signer avec la Chine une déclaration de partenariat stratégique, qui place une fois de plus, le pays comme hub africain. La visite officielle du roi du Maroc Mohammed VI, le 11 mai 2016, en Chine, marque un grand départ dans les échanges bilatéraux. Cette déclaration de partenariat stratégique se fonde sur plusieurs domaines, à savoir : le dialogue politique, le partenariat économique, commercial et financier, sans oublier les échanges humains, la coopération culturelle, scientifique et technique.

Des enjeux politiques

C’est la première fois qu’un tel acte est ratifié entre les deux Etats. D’ailleurs et selon l’agence Maghreb Agence Presse, « seuls une trentaine de pays dans le monde ont signé ce genre de partenariat stratégique avec la Chine ». « Les relations diplomatiques entre le Maroc et la Chine ont connu, après les années quatre vingt, un développement notable dépassant le niveau de relations normales sur le plan géostratégique. Le discours du roi à Johannesburg est une référence à mon sens, pour toute projection stratégique entre les deux pays. C’est un discours qui exprime la volonté du Maroc. Ces nouveaux partenariats sont fondés sur les principes de solidarité sud-sud, la formule de Win-Win. Par ailleurs, le Maroc s’est engagé dans l’ingénierie de la « nouvelle route de la soie ». Ce projet officiellement baptisé « One Belt », « One Road », d’un budget de 890 milliards de dollars, vise à établir de nouveaux axes économiques partant de la Chine. La voie maritime dessert notamment l’Afrique de l’Est, puis la Méditerranée, mais aussi dans sa partie occidentale, si l’on considère la plateforme Atlantique de l’Afrique, dont le Maroc pourrait jouer un rôle important », ajoute le Professeur Rezrazi El Mostafa, président de l’Association marocaine des études asiatiques, Directeur du Centre africain des études asiatiques.

Une dimension économique

Pour le Professeur Rezrazi El Mostafa, sur le plan économique des échanges bilatéraux, il existe deux volets. Le premier est purement financier et est relatif à la balance commerciale. Selon lui, les échanges entre les deux pays ont fortement progressé entre 2002 et 2016, mais ils restent quasiment trois fois inférieurs à ceux entre Alger et Pékin. « La balance commerciale est largement déficitaire pour le royaume. Elle représentait 27,2 milliards de dirhams en 2014, soit 2,47 milliards d’euros, la hausse des échanges résultant principalement de l’augmentation des importations vers le Maroc, passées de 7,9 à 29,5 milliards de DH entre 2004 et 2014 ». Côté investissements, le constat est pire. D’après des données du ministère chinois du Commerce, entre 1998 et 2012, le Maroc n’a jamais fait partie des 20 destinations africaines préférées des entreprises chinoises. Le China-Africa Development Fund, qui a accompagné plus de 80 projets d’entreprises chinoises sur le continent, n’a pour l’instant mené aucune opération dans le royaume. Et entre 2009 et 2013, les investissements directs chinois dans le pays n’ont représenté que 63,6 millions de DH, soit 12,7 millions par an quand ceux de la France en ont atteint 30,1 milliards pour la seule année 2013. Un chiffre facilement explicable : le royaume est dépourvu d’or noir et bien moins doté que nombre de pays du continent en ressources minières, dont Pékin raffole. Par ailleurs, les investissements directs étrangers [IDE] chinois dans le monde ont doublé depuis 2004 et surtout, la mutation économique de la Chine, contrainte de passer d’un modèle « usine du monde » à celui d’une économie produisant davantage de valeur ajoutée et tournée vers son marché intérieur, à cause notamment de l’explosion des salaires chinois et, donc, des coûts de production. Les délocalisations qui devraient se produire et porter sur quelque 85 millions d’emplois profiteront sans doute, d’abord aux régions de la Chine intérieure, où les coûts salariaux restent encore inférieurs à ce qu’ils sont dans le reste du monde. Beaucoup de pays émergents, Maroc y compris, comptent cependant, sur la relocalisation de centaines d’usines sur leur sol et, donc, sur la création de nombreux emplois locaux. Le second plan est relatif au partenariat qui vient d’être signé par le Maroc et la Chine. D’ailleurs, ce partenariat semble s’inscrire dans une volonté de diversification économique. « Pour ce qui est du volet diplomatique de ce déplacement, d’aucuns estiment, et à juste titre, que dans un monde où l’unipolarité et la bipolarité continuent de s’effriter, le Maroc met à profit son attractivité pour densifier ses alliances au service de ses intérêts suprêmes dans un monde multipolaire », précise le Professeur Rezrazi El Mostafa.

Une porte d’entrée vers d’autres pays

De par ce partenariat et sa position stratégique, le Maroc figure parmi les partenaires ayant un poids important en Afrique, mais aussi sur la scène internationale. Cependant, et même si la stratégie économique chinoise en Afrique fonctionne bien, en revanche et selon le Professeur Rezrazi El Mostafa « les Chinois ont quelques difficultés pour entrer au Moyen-Orient. Sa Majesté, le roi du Maroc ayant d’excellentes relations avec les pays du Golfe, Rabat pourrait être perçue par la Chine, comme un bon pont pour se développer dans le monde arabo-musulman. Un point important pour la nouvelle stratégie chinoise du Maroc, notamment après les nouvelles évolutions dans le partenariat stratégique global Maroc-GCC. La visite qu’entame le roi Mohammed VI en Chine a permis de mettre en place un partenariat stratégique qui traduit une mise à niveau qualitative, sans précédent, des relations entre le Maroc et la Chine. Il s’agit de mettre en place un cadre de relations politiques avec un partenaire fiable, respectueux des spécificités », ajoute le Professeur Rezrazi El Mostafa.

La situation économique du Maroc et des pays d’Afrique pourrait davantage s’améliorer dans la mesure où l’Asie est considérée, aujourd’hui, comme le moteur des évolutions présentes et futures dans tous les domaines.


 

Par Darine Habchi

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