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LE MAROC ET LA COP 22 : ENJEUX ET LEADERSHIP

La 22ème édition de la COP, qui se déroulait à Marrakech en Novembre, s’est ouverte dans un contexte fortement marqué par l’actualité internationale. L’élection du climato-sceptique Donald Trump aux USA, le retrait extensif des Etats de la CPI, ou encore l’épineuse « question Sahraoui » ne plaçaient pas le sommet sous les meilleurs augures. Pourtant l’Afrique a su faire cause commune, et ce à mesure que le Maroc a imposé son leadership.

Une nécessaire unité africaine

La Cop22 devait engager trois grandes actions : « l’atténuation aux effets du changement climatique » ; « l’innovation en matière d’adaptation » ; le développement des outils opérationnels dans le cadre du plan Paris-Lima puis Paris-Marrakech ». Cependant, l’enjeu majeur pour l’Afrique était qu’elle fasse unité dans ce vaste débat. Pour le continent, c’était une étape capitale et opportune : devenir un acteur majeur des futures COP et obtenir de quoi lancer d’audacieuses politiques publiques en matière environnementales.  Le Sommet Africain a donc été perçu comme un message d’unité face au monde, dont il faut saluer la démarche et la force. Avec ce capital politique, l’Afrique pourra dorénavant être mieux entendu, et par exemple peser sur les mécanismes de financement des grands projets climatiques (digues, surélévation des constructions, agriculture, pollution, charbon de bois, etc).

Le Maroc : acteur majeur de l’écologisation

Rappelons que le Maroc n’en était pas à son coup d’essai, puisqu’il avait déjà organisé la Cop7 en 2001. Cependant, avec la COP22 le Maroc a pris une option écologique importante voire décisive. Le pays, qui se rangeait déjà parmi les quatre pays les plus écologiques au monde – avec le Costa Rica, le Bhoutan et l’Éthiopie – s’impose à présent comme un acteur majeur de l’écologisation. C’est que l’intentionnalité politique du Roi Mohamed VI est claire et simple : faire du « développement durable » une sérieuse politique publique et assumer le leadership écologique sur le continent avec des projets innovants et audacieux. Parmi ces projets et chantiers, on peut citer par exemple : un objectif pour les énergies renouvelables porté à 42% d’ici 2020, l’élaboration de l’initiative Agriculture, adaptation pour l’Afrique ; le développement des transports écologiques avec le lancement du Vélib (300 vélos en libre-service) ou encore l’organisation de la « Journée de la terre nourricière » consacrée cette année aux arbres et à la reforestation.

 

Une stratégie payante pour l’organisateur

Si le Maroc n’est pas le seul gagnant de la Cop22, il en est le grand bénéficiaire. Sa diplomatie a réussi à faire élaborer et accepter une vraie « feuille de route » qui raccourcit le calendrier des engagements et met en place des outils d’évaluation et de contrôle des décisions, dès 2018. Et le renforcement de la coopération, que souligne le Texte final, est une consolidation : exhorter tous les États à aller au-delà des deux degrés de baisse de température, mobiliser cent milliards USD par an, accroître la solidarité avec les pays les plus faibles et appeler l’Europe à porter sa réduction des émissions de gaz à effet de serre à 50%, dès 2018, et non 40% comme prévu. En marquant des points dans les registres écologique et climatique par ses propres projets tout en prenant l’initiative d’un sommet africain, le Maroc s’affirme donc comme un pays incontournable en Afrique. Ce nouveau leadership constitue aussi une carte précieuse pour la réintégration du pays dans l’Union Africaine, qui, après son rêve européen, cherche à augmenter le nombre d’état membres favorables à son retour… un autre atout, peut-être, pour s’entendre avec l’Algérie, son grand voisin et rival sur la « question sahraoui ».

Les piliers de cette économie verte restent à bâtir

Certains, notamment les ONG, et comment ne pas les comprendre, ont déploré que la COP22 n’ait pas tenu toutes ses promesses. Cependant, l’expérience universelle des États enseigne que, dans ces difficiles matières, les avancées sont souvent lentes… Bien sûr, les piliers de l’économie verte restent encore à bâtir sur le continent. Ils doivent d’abord être d’ordre constitutionnel. Les sociétés civiles africaines devraient fortement se mobiliser, par grande région si possible, et obtenir de chaque État africain qu’il insère dans sa Constitution des obligations en matière climatiques. À cet égard, le fait que l’Union des Comores ait été le premier État à signer la « Déclaration universelle des droits de l’Humanité » est un bon signal. Ensuite, les entreprises du secteur privé installées en Afrique devraient aller plus avant dans leurs initiatives « vertes ». Enfin, les programmes scolaires et les Municipalités devraient lancer d’ambitieux volets d’enseignement sur le climat et l’écologie, sans lesquels les efforts ne seraient pas viables. C’est donc grâce à ces piliers verts que l’Afrique répondra à son obligation politique et éthique, pour continuer de lancer d’ambitieux projets en matière de lutte contre les effets néfastes des changements climatiques.


 

 

* Pierre Franklin Tavares est un philosophe et homme politique Français né à Dakar. Ancien directeur territorial de la Fonction Publique et conseiller municipal à Epinay-sur-Seine, il est l’auteur de nombreux ouvrages tels que « Sur la crise ivoirienne » ou encore « Nicolas Sarkozy : relire le Discours de Dakar. »

 

 

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