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Le Ghana opte pour une régulation du secteur bancaire

Le secteur bancaire ghanéen a connu une croissance rapide, depuis quelques années, en termes de dépôts (+70%), reflet de la forte croissance de l’économie du pays. En tout, 28 banques commerciales, dont 15 étrangères opèrent dans ce secteur clé du tissu économique. Mais la Banque centrale du Ghana (BoG) veut désormais superviser et réguler les opérations des instituions financières et bancaires du pays à la suite d’un accord signé avec le Fonds Monétaire International (FMI). A cet effet, la Banque centrale a commencé à se redéployer dans les différentes régions du Ghana pour jouer son rôle de veille dans le secteur en proie à la surenchère. Selon Dr Johnson P. Asiama, économiste à la Banque centrale du Ghana, cette opération vise à s’assurer que les institutions opérant dans ce secteur de l’économie, en particulier celui de la micro-finance, sont en conformité avec les régulations en vigueur dans le pays.

« Nous devons réguler le secteur afin de protéger les épargnes et investissements de la clientèle», a expliqué Dr Johnson P. Asiama. Une future loi devra bientôt conférer plus de prérogatives à la Banque centrale pour une meilleure gouvernance et une supervision renforcée des établissements bancaires de la place afin de mieux répondre aux situations de crises. Pour assurer son rôle de régulateur du secteur afin de satisfaire aux principes « de la Bale », plusieurs mesures sont envisagées, notamment le principe d’un « filet de sécurité » pour sécuriser les dépôts, la possibilité pour la BoG de sanctionner directement les banques qui ne respectent pas les législations en vigueur dans le pays. De son côté, le FMI souhaite que l’institution renforce son contrôle sur les filiales étrangères opérant au Ghana en s’intéressant davantage à la solidité financière des maisons mères.

Plus de crédits pour le secteur privé

Les autorités ghanéennes ont également prévu la suppression progressive, en 2016, des possibilités de refinancement du déficit budgétaire. En effet, le système bancaire ghanéen reste vulnérable en raison d’une dépendance croissante au financement des déficits publics, de la concentration des prêts et de la forte exposition aux risques de certaines banques vis-à-vis d’autres. Pour palier à cela, les autorités ghanéennes veulent désormais prendre des mesures pour limiter l’émission de bons du trésor par la BoG afin d’orienter certaines institutions bancaires vers les PME/PMI. Certaines banques préfèrent consacrer une part très importante de leur activité à l’achat d’obligations émises par la Banque centrale; ce qui a un effet d’éviction sur l’octroi du crédit au secteur privé. L’accès au crédit, qui représente 15% du PIB, reste limité. Il est inférieur à la moyenne des pays comparables et est en deçà des besoins du pays. Cela s’explique notamment par son coût extrêmement élevé, selon le FMI. En effet, le coût moyen du crédit tournerait autour de 30%. Toute cette situation entrave le financement du secteur privé qui demeure le premier pourvoyeur d’emplois au Ghana. Pour M. Rashid Pelpuo, le ministre d’Etat en charge du Développement du secteur privé et du partenariat public-privé, il faudra des rencontres périodiques pour mettre en place une politique efficiente visant à assurer l’accès aux financements des PME/PMI au Ghana. « L’engagement et le feedback que nous aurons à travers des rencontres périodiques avec tous les acteurs permettront de mettre en place une politique efficiente pour assurer le financement des PME/PMI ainsi que leur croissance et contribution au développement économique de notre pays », a remarqué le ministre d’Etat en charge du Développement du secteur privé et du partenariat public-privé à l’ouverture d’une foire consacrée aux secteurs bancaires et financiers en avril 2016.

Le taux moyen des prêts aux entreprises n’a cessé de croître ces dernières années passant de 26%, fin 2012, à 29% ,en 2015, en partie grâce aux prêts octroyés aux « grands débiteurs ». La plupart des entreprises ghanéennes sont obligées de se tourner vers des solutions alternatives notamment, les banques rurales communément appelées « les Saving and Loans » et les organismes de microcrédit ou encore les fonds d’investissements pour financer leurs projets. Des études sont aussi en cours pour revoir à la baisse les crédits octroyés par certaines banques commerciales. « Nous espérons que désormais, nous serons traités comme les autres grandes entreprises dans le financement de nos activités par les institutions bancaires. Les taux de prêts de certaines banques sont trop exorbitants pour les jeunes entreprises ; ce qui ralentit leur croissance », a expliqué Yaw Mallet, directeur d’une société de communication.

Un nouveau gouverneur à la BoG pour accélérer le processus de régulation du secteur bancaire

Pour atteindre les résultats escomptés dans le processus de régulation du secteur bancaire et financier, le président Ghanéen vient de confier les rennes de la Banque centrale à Dr Abdul-Nashiru Issahaku, un banquier assidu qui a déjà fait ses preuves avec la Banque mondiale et la Banque africaine de Développement (BAD). Pour le nouvel homme fort de la Banque centrale du Ghana (BoG), il faudra mettre en place une collaboration beaucoup plus étroite avec les banques dans la mise en œuvre des différentes reformes exigées par le FMI; ce qui contribuera à soutenir les PME/PMI. « La Bank of Ghana s’est engagée à promouvoir et soutenir le secteur de financement pour booster la croissance. Tout en œuvrant pour assurer la stabilité de l’économie, la Banque centrale va continuer à mettre en œuvre les reformes qui contribueront à la croissance en collaboration avec les banques afin d’encourager le financement des secteurs porteurs de l’économie. Mais les banques doivent soutenir ces secteurs avec des prêts à faibles taux », a expliqué Dr Abdul-Nashiru Issahaku à sa prise de fonction, en avril 2016.

Les autorités envisagent des prêts à des taux bonifiés pour soutenir le secteur privé au Ghana

Le nouveau gouverneur a aussi indiqué que les autorités ghanéennes sont en train d’élaborer un mécanisme, en collaboration avec les institutions bancaires et financières, pour soutenir les PME/PMI avec des prêts à des taux bonifiés. «La banque centrale est aussi en train de s’impliquer dans des initiatives visant à soutenir les PME/PMI en collaboration avec le ministère des Finances. Il s’agira de mettre en place des mesures pour inciter les institutions bancaires et financières à accorder des prêts à des taux bonifiés aux entreprises ; ces mesure seront appuyées par un fonds spécial d’investissement », a-t-il confié. Les différentes mesures en cours d’exécution dans le secteur ont impacté la valeur du Cedi, la monnaie locale ghanéenne, qui a subi une dépréciation face au dollar US, dans le premier trimestre 2016. Toutefois, les autorités ghanéennes sont déterminées à mener à bout les reformes exigées par les partenaires financiers tels que le Fonds monétaire International pour redonner un bouffée d’oxygène au secteur privé en manque de financement. Les dites reformes sont considérées comme une pilule amère par les institutions bancaires et financières qui ont, pendant des années, profité de leur mainmise sur le secteur au Ghana. Désormais, la Banque centrale explore les pistes pour une gestion des risques beaucoup plus améliorée afin de redonner confiance aux banques ; introduction des limites prudentielles pour l’exposition des banques entre elles, le renforcement des conditions liées au capital minimal et la limitation de l’exposition au risque d’un emprunteur. Toutes ces mesures, selon le gouverneur de la Banque centrale, prendront également en compte l’inflation galopante au Ghana depuis quelques mois. En effet, le taux d’inflation des prix à la consommation est passé de 19% en janvier à 18,5% en février pour enfin atteindre 19,1% en mars 2016.


 

Par : Blamé Ekoué