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Le chemin de l’émergence

Nous étions un certain nombre au milieu des années 1990 à encourager les Etats africains à aller au delà des plans de lutte contre la pauvreté vers des stratégies d’émergence, s’appuyant sur une vision d’avenir ambitieuse et visant une dynamique durable et inclusive de création de richesses. Le terme a, depuis, fait florès et rares sont aujourd’hui les Etats africains qui ne revendiquent pas l’émergence comme objectif. Mais sont-ils sur le bon chemin ?

L’ambition de l’émergence commence certainement par la parole, mais la preuve de l’émergence est dans l’action. A ce niveau, se distinguent les pays qui, en réalité, avancent peu mais se bercent dans la rhétorique politicienne, et ceux qui ont, de façon honnête et courageuse, engagé leur peuple dans le chemin difficile de l’émergence. Quelques critères permettent de les distinguer. Nous en citerons quatre.

Le premier, c’est un changement dans les valeurs. Le sous-développement, comme l’émergence, sont d’abord une question d’attitude. L’émergence suppose de regarder loin et de planifier le développement, de nos villes, de nos écoles, de nos infrastructures, conformément à la vision et sur la base de critères objectifs et partagés. Et d’agir selon ce qui est planifié. Tout en se réclamant d’un plan d’émergence, beaucoup de pays agissent comme s’ils n’en avaient pas, avec des priorités douteuses dans le choix des infrastructures et des villes qui se développent toujours de façon anarchique. L’émergence suppose également d’aligner l’action sur la vision, à tous les niveaux, du central au local, et de responsabiliser et sanctionner sur la base des résultats. La dynamique d’émergence est en marche lorsqu’un maximum d’acteurs dans le pays, à tous les niveaux de la chaîne de responsabilité,se sentent porteurs et responsables d’une partie de l’ambition nationale (et pas seulement le Chef de l’Etat et quelques porte-paroles). L’émergence suppose enfin que ceux qui dirigent soient exemplaires dans leurs actes au quotidien, notamment dans le choix des hommes qui les entourent et dans leur attitude vis-à-vis du bien public. Là-dessus, on note de vraies ruptures dans certains pays. Mais dans beaucoup d’autres, les discours ne sont pas suivis par les actes.

Le deuxième critère, c’est un développement accéléré des infrastructures. L’émergence n’est pas envisageable sans de l’énergie à bon prix, des routes, des ports et des aéroports de qualité, des réseaux de télécommunications à haut débit, ou des villes bien aménagées et dotées des infrastructures scolaires et sanitaires requises. Le retard est immense et doit être comblé, notamment grâce un effort d’investissement beaucoup plus important. Des pays ont entamé cette mise à niveau accélérée, et ont vu sur, ces dernières années, plus d’investissements en infrastructures qu’ils n’en ont vu de toute leur histoire. Cette ambition et cette dynamique sont les bonnes et doivent être maintenues, en tirant les leçons des échecs des premières années, notamment en recourant à plus de financements innovants pour soulager les finances publiques. Par contre, ailleurs, les quelques chantiers, souvent lancés dans la précipitation et en grande pompe, juste pour la pose de la première pierre, ne suffiront évidemment pas.

Le troisième critère, c’est la formation et l’appropriation des nouvelles technologies. L’investissement le plus critique pour l’émergence, c’est celui dans le capital humain. L’Afrique a besoin de plus d’ouvriers qualifiés, de techniciens supérieurs et de cadres. Bien formés, employables à leur sortie et à l’aise avec les nouvelles technologies de l’information et de la communication. Quelques pays ont démarré la transformation structurelle requise de leur système scolaire, mais beaucoup d’autres restent bloqués par des infrastructures scolaires obsolètes et des grèves à répétition.

Le dernier critère, c’est le développement industriel. L’émergence, c’est créer beaucoup plus de valeur ajoutée locale et suffisamment d’emplois pour les millions de jeunes qui arriveront sur le marché du travail. A cette échelle, seule l’industrie le permet, avec les nombreux services qui l’accompagnent. En commençant par l’industrie agro-alimentaire, qui suppose en amont un développement significatif de l’agriculture africaine. Dans ce domaine, le rôle de l’Etat est de mettre en place un cadre des affaires adéquat pour favoriser le développement du secteur privé et l’éclosion, dans les pays, d’entreprises championnes, capables d’aller à la conquête des marchés régionaux et internationaux. Sans ces entreprises, il n’y aura pas suffisamment de PME, ni de valeur ajoutée, ni d’emplois, donc pas d’émergence. Et les pays qui émergent sont reconnaissables à travers leur actualité qui, auparavant dominée par les politiques, laisse de plus en plus de place à ces champions économiques.

[alert color= »white »]Qui est Victor Ndiaye ?

Né en 1963 à Dakar, Victor Ndiaye est un pur produit de l’école républicaine sénégalaise. Après des études secondaires au prestigieux lycée Van Vollenhoven de Dakar, il est sélectionné parmi les trois meilleurs élèves de seconde du Sénégal pour le Collège du monde uni au Pays de Galles (Royaume-Uni). Il y décroche le baccalauréat international et le droit de faire les classes préparatoires au lycée Louis Le Grand, qui le conduiront ensuite à HEC. Sa dernière année lui ouvre l’Allemagne et les Etats-Unis dans le cadre d’unprogramme d’échanges à Cologne et à l’Université de Berkeley.

Après une expérience de près de 10 ans de conseil en stratégie en Europe, M. NDIAYE a fondé, en 1995, le cabinet Performances Management Consulting, premier cabinet de management stratégique d’Afrique francophone.

En près e 30 ans ans de conseil en management stratégique, il a dirigé, en Europe et en Afrique, de nombreuses missions d’élaboration de stratégies, de plans de développement et de politiques de compétitivité, aussi bien pour des pays, des communautés régionales que de grandes entreprises. Dans ce cadre, il a accompagné, en Afrique, une quinzaine de pays dans l’élaboration de plans stratégiques nationaux, de stratégies sectorielles ou de plans de développement institutionnels. Le slogan de son cabinet, « accompagner la transformation des économies africaines », résume l’ambition de son entreprise et son impact sur son environnement.

Performances Management Consulting, devenu Performances Group, s’est illustré dans l’accompagnement des institutions communautaires en Afrique de l’Ouest (CEDEAO, UEMOA), en Afrique Centrale (CEMAC) et au niveau continental (Union Africaine), dans la conception et la mise en œuvre des stratégies de développement régional et l’approfondissement de la dynamique d’intégration. De même, M. NDIAYE a conduit plusieurs missions de développement stratégique et de gestion du changement pour des entreprises africaines en phase d’expansion internationale, comme la SONATEL, historiquement le premier client du cabinet fondé par le jeune Victor Ndiaye, alors âgé de 32 ans.

Au-delà des affaires, M. Ndiaye est engagé dans des activités à vocation citoyenne. En 2013, le magazine New African l’a nominé parmi les 100 personnalités les plus influentes en Afrique.[/alert]

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