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« Le Burkina est le premier pays à avoir élaboré son Plan national d’adaptation aux changements climatiques »

Avec une  délégation de 164 personnes, Le Burkina Faso a défendu ses intérêts lors de la COP 22, notamment en matière de financement.  Le point de la participation de ce pays sahélien avec le Directeur du Partenariat et de la coordination des conventions Internationales en matière d’environnement, Joël Korahiré.

Quel est le bilan de la participation du Burkina Faso à la COP 22 ?

Quand on part à la COP, c’est pour faire entendre sa voix, pour défendre ses positions et pour faire passer des messages. Cependant, il ne peut pas y avoir une position spécifique pour le Burkina Faso, mais plutôt des positions pour l’Afrique, car les négociations réunissent presque tous les pays du monde. De plus, nous faisons partie des pays les moins avancés du groupe africain et du groupe du G77… Pour autant, les préoccupations qui concernent le Burkina Faso sont les mêmes que celles qui concernent le continent, avec notamment la question du financement des politiques d’adaptations aux changements climatiques.

Justement, concernant le financement, pourquoi le Burkina Faso défend-il le Fonds d’adaptation plutôt que le Fonds vert climat ?

Le Fonds vert climat est le mécanisme financier de l’accord de Paris qui aide les pays soit à adapter soit à atténuer leur émission de gaz à effet de serre. Pour obtenir ce fonds, il faut monter des projets forts et bien conçus. Les ressources du fonds vert climat sont alors affectées à 50% aux actions d’adaptation et à 50% aux actions d’atténuation. Cependant, il existe depuis longtemps le Fonds d’adaptation, créé uniquement pour les pays les moins avancés – comme le Burkina Faso. Nous avons donc demandé que ce Fonds d’adaptation puisse demeurer et qu’il soit ravitaillé en même temps que le Fonds vert climat. L’Afrique craignait que les pays riches ne viennent à délaisser cet ancien fonds pour aller mettre leurs ressources dans le Fonds vert climat, qui lui est ouvert à tous et leur est donc plus favorable. Nous avons ainsi défendu la coexistence d’un mécanisme pour ravitailler le Fonds d’adaptation et assurer son maintien, malgré de nombreux désaccords. Finalement cela a été accepté, ce qui est une force pour l’Afrique, car des pays comme le nôtre peuvent continuer de prétendre à ces deux fonds.

Comment ces deux financements bénéficient-ils à votre politique ?

Pour avoir accès aux ressources du Fonds vert climat, il faut avoir une entité nationale accréditée. A défaut, comme c’est le cas au Burkina Faso, il faut passer par les structures ou ONG qui sont déjà accréditées. Avec le PNUD par exemple, nous sommes en train de finaliser un projet dans le domaine agro-sylvo-pastorale. Ce programme octroie entre 300 000 et 1 000 000 de dollars  par an aux pays concernés, pour leur permettre de dégager leurs priorités en matière climatique. Cette assistance dont nous bénéficions, va nous aider à mettre en place notre entité nationale d’accréditation et à dégager notre portefeuille de projets. D’ici fin décembre, je crois que nous aurons finalisé ce processus.

Plus spécifiquement, le Burkina Faso a-t-il signé des accords dans certains domaines ?

La COP, ce n’est pas seulement des négociations, c’est aussi un cadre pour rencontrer tout type d’acteurs : les Etat, les entreprises, les ONG, les institutions internationales. Ainsi, le ministère de l’environnement a signé un protocole d’accord avec une ONG néerlandaise sur la restauration des terres dégradées, et un autre protocole d’accord avec l’Inde sur l’énergie solaire. Toutefois, je n’ai personnellement pas pris part à la signature de ces protocoles d’accord car je travaillais sur les suites de La journée du Burkina Faso.

Quels  a été l’impact de cette journée du Burkina Faso sur vos efforts pour le climat ?

Nous avons organisé la journée du Burkina le 9 novembre 2016 sur le stand de la francophonie. L’objectif premier, c’était de présenter l’évolution de nos outils de gouvernance – notamment le Plan national d’adaptation aux changements climatiques. Le Burkina est en effet le premier pays au monde à avoir élaboré ce plan. C’est vrai qu’à l’international, cela concerne surtout les pays en voie de développement mais nous sommes quand même les premiers à l’avoir mis en oeuvre. Pour cela, nous avons reçu des félicitations partout où nous sommes passés. Cela nous permet de nouer des contacts avec des partenaires et d’amener ces derniers à être plus réceptifs lorsque nous les approchons pour des financements.

Comment et pourquoi avez-vous composez votre délégation burkinabè pour la COP 22 ?

La délégation burkinabè atteignait 164 personnes à Marrakech. Elle était composée de toutes les catégories de classes sociales : l’Etat, les étudiants, les chefs d’institutions, les députés, au moins 5 ministres, et bien sûr le Président du Faso. Il faut noter que l’Etat a fait beaucoup d’efforts pour la composition : nous avons pris des membres de la société civile comme des négociateurs, ce qui leur a permis d’avoir accès au même titre que nous aux centres des débats. Comme les membres de la société civile aiment à dire que l’Etat ne prend pas assez leurs préoccupations en compte, ils étaient cette fois-ci au-devant des choses. Et la collaboration s’est naturellement très bien passée.


 

 

Propos recueillis par Ibrahima SANOU