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L’Afrique s’offre aux investisseurs privés canadiens

Investissements privés, énergie, nouvelles technologies, transformation industrielle : la palette des sujets est large au 7ème Forum Africa organisé par Afrique Expansion du 16 au 18 septembre 2015 à Montréal.

Plus de 300 personnes, essentiellement des chefs d’entreprises, des responsables de projets et des décideurs ont pris part à la rencontre sous le thème  « Horizon 2025 : Investissements et opportunités d’affaires en Afrique ». Les discussions visaient essentiellement à rechercher la meilleure façon d’accroitre l’investissement privé sur le continent africain. Malgré la réputation positive du Canada auprès des acteurs africains, la distance reste encore considérable entre les deux mondes. C’est cette disparité que le Forum Africa tente d’inverser depuis son instauration.

« L’Afrique doit réussir »

Le président d’honneur du Forum, Jean-Louis Roy, qui pilote également l’organisation Partenariat international incarne un espoir certain lorsqu’il parle de l’Afrique comme d’un continent avec « une croissance économique, une croissance démographique et une croissance urbaine ». L’avenir est là, martèle-t-il avant de souligner avec insistance la nécessité pour le Canada de s’afficher plus économiquement sur le continent que cela ne l’a été jusqu’ici. « Ça fait très longtemps qu’on a des messages qui viennent d’Afrique, le Brésil, la Turquie, l’Inde la Corée, la Chine, le Japon sont en Afrique pour leurs intérêts parce qu’il y a là un besoin d’investissement dans lesinfrastructures, il y a un marché qui est en train d’émerger, le Canada pourquoi serait-il différent des autres? » se questionne-t-il.

Avec des ressources et des investissements directs étrangers en croissance exponentielle, l’Afrique affichera, d’après les prévisions, une force de travail de plus d’un milliard de personnes, dans 25 ans. Son « échec n’est pas une option, soutient M. Roy, qui ajoute que l’Afrique doit réussir et a besoin de mobiliser ses propres ressources ».

« Le succès de l’Afrique importe aux partenaires privilégiés du continent. Est-ce qu’on peut apporter quelque chose réellement d’intéressant de novateur qui va soutenir l’émergence des pays africains? » poursuit-il

La présidente d’Afrique Expansion, Amina Gerba, croit même que malgré la présence d’entreprises surtout minières sur place, tout se passe encore comme si le Canada des affaires ignore encore tout des réalités africaines

« Il faut que le Canada se réveille parce qu’on a toujours connu la coopération au niveau de l’aide au développement. Le Canada n’a jamais considéré l’Afrique comme un continent où il pouvait faire des affaires, ça a toujours été perçu comme un continent pour aider, on essaie de montrer aux entreprises canadiennes qu’il y a des opportunités réelles en Afrique ».

Plusieurs secteurs d’activité espèrent profiter du savoir-faire canadien comme l’agro-industrie, les nouvelles technologies de l’information, l’agriculture, les infrastructures et l’énergie, ce d’autant plus que plus de 600 millions d’Africains sont encore privés d’électricité.

« Certains pays ont besoin de développer leurs marchés au niveau de la production énergétique, le Canada a une capacité et un savoir-faire avec les grands barrages qui sont ici, l’Afrique a besoin de ce secteur d’activité qui est la clé du développement industriel », fait-elle valoir.

Réveil tardif, espoir quand même 

Mais les temps changent, et heureusement des signaux s’annoncent positivement pour les entreprises africaines dans leur quête de l’investissement privé canadien. Exportation et Développement Canada, EDC soutient plus de 350 entreprises canadiennes dans une quarantaine de pays africains grâce au financement des équipements qu’elles exportent vers le continent. L’organisme vient d’ailleurs d’ouvrir un bureau en Afrique du Sud. Hydro-Québec a aussi annoncé la relance de son volet international, ce qui augure d’un meilleur lendemain.

À l’appui de ces initiatives, Jean-Louis Roy propose des sommets sectoriels Canada-Afrique pour soutenir davantage la vision d’un accroissement de l’investissement privé

À l’instar des ententes canadiennes avec des pays d’Amérique Latine et d’Asie « pourquoi ne pas négocier des accords d’échange et de commerce avec les communautés économiques régionales africaines? » se questionne-t-il

Créer les conditions d’investissements privés fructueux

C’est un défi de taille. L’investissement privé canadien ne sera profitable à l’Afriqueque si elle-même donne aussi des gages sérieux aux investisseurs. Le premier travail part forcément du lobbying, reconnait Cyriaque Kiti, Directeur de l’entreprise Afremac consulting Inc basée dans la province du Nouveau-Brunswick. Son constat est basé sur le caractère asymétrique de l’information sur les opportunités d’affaires en Afrique dans les différentes provinces du Canada. C’est ce fossé que tente de combler à sa manière son entreprise. « C’est vraiment de faire les bonnes connections qui vont pouvoir profiter à la province du Nouveau-Brunswick sur le marché africain afin qu’ils ne soient pas déconnectés, créer le réseau pour aider et les Africains et la province du Nouveau-Brunswick ». Ce défi n’isole nullement celui de la mise en place de conditions juridiques d’investissement acceptables dans de nombreux pays. Non négligeable est aussi la question du Développement des infrastructures dont le numérique représente un volet essentiel. Le vice-président au développement international à Datwind, Derek Kopke, se préoccupe de la nécessité d’investir dans les infrastructures numériques pour assurer l’accessibilité aux outils et faciliter l’accès à l’internet gratuit. Il juge que cette politique peut doper par exemple le développement du commerce en ligne. Mais « l’internet ne va pas sans énergie », nuance-t-il avant d’insister sur « l’amélioration des réseaux nationaux et locaux et une diversification des lignes de production ».

Le Sénégal pays vedette du forum Africa en 2015 vante les atouts de son secteur industriel et les conditions incitatives pour les investisseurs étrangers. « Tout investisseur au Sénégal est Sénégalais », lance d’un air sérieux le directeur de la promotion des investissements du Sénégal, Abdoulaye Ly. Il ajoute que le pays connaît aussi une transformation industrielle avant de constater que « c’est toute l’Afrique qui est dans une transition industrielle et l’industrie connaît le plus fort taux de rentabilité ».

Par ailleurs, pour éviter d’être des spectateurs dans le jeu, les entreprises sur le continent doivent se montrer compétitives. La condition pour y arriver selon la directrice fondatrice de l’Agence Upbeat Marketing en Afrique du Sud, Nathalie Chinje, c’est d’avoir « des leaders visionnaires ».

L’autre urgence pour l’Afrique c’est de changer d’approche dans sa façon de penser le développement de ses entreprises, alerte le directeur exécutif d’Afric Search, Didier Acouetey. Il pense qu’il est important « de créer des pôles de croissance ou des stratégies sectorielles ».

« Si on ne change pas d’approche, de paradigme de notre système de production, dans 10 ans, on dira les mêmes choses », prévient-il.

En d’autres termes, il propose un modèle de développement écosystémique à petite échelle qui pourra créer « un effet de contamination ».


 

Godefroy Chabi