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L’Afrique : Retour aux sources ou recours aux sources?

L’Afrique de demain, celle de 2050 va mal, son avenir ne rassure pas ! Faut-il la repenser ? Allons rechercher dans ce vivier des ressources humaines africaines, les hommes d’Etat, les leaders africains qui pourchassent le développement, rien que le développement !

Par le professeur Jean-Baptiste NTAGOMA KUSHINGANINE *

Le développement de l’Afrique a besoin d’une Afrique unie, d’une Afrique des leaders développeurs. Mais le scenario actuel est celui d’un continent des clubs d’amis, des guerriers au pouvoir successoral et non rationnel, propriétaires d’un pouvoir privatisé.

Les interférences de l’Occident et des forces centrifuges, la cupidité et le manque de stratégie géopolitique des dirigeants laissent l’Afrique à la merci des prédateurs, des opportunistes, à la traine du peloton des pays développés.

Une Afrique qui avancera sera celle où les dirigeants ont la vision du développement, pas celle de la conservation du pouvoir pour le pouvoir, pas celle de l’enrichissement sans cause.

De plus, l’histoire des nations nous apprend qu’aucune nation, alors aucune, ne s’est développée en mettant en avant, la démocratie comme stratégie politique et modèle de développement. Chers chefs d’Etat, arrêtez de nous rabattre les oreilles avec vos élections inutiles et complaisantes, vos recours injustifiés et instrumentalisés aux droits de l’homme, à la parité, pour endormir les peuples, avec des armées tribalisées et décadentes !

« Une Afrique désarçonnée, une Afrique à plusieurs vitesses, une Afrique arc-en-ciel n’aura aucun avenir »

Une Afrique désarçonnée, une Afrique à plusieurs vitesses, une Afrique arc-en-ciel n’aura aucun avenir. On trouve des pays dont les présidents occupent indûment le fauteuil pendant des décennies et se font élire indéfiniment avec plus de mandats que ne l’autorise les soi-disant constitutions ; ces derniers font des leçons de démocratie à leurs collègues qui veulent leur emboiter les pas et la cacophonie est totale. L’Afrique de l’Ouest, l’Afrique centrale, l’Afrique de l’Est, enfin toute l’Afrique est concernée par cette regrettable manie, celle de prendre les populations en otage pour une gouvernance médiocre, une gouvernance du fusil et des hypocrites.

Ce tableau sombre de l’Afrique actuelle, ou tout simplement de l’Afrique de tous les temps doit disparaître et laisser la place à un continent plus organisé, plus homogène, plus cohérent dans ses politiques économiques et dont la cohésion sociale augmente progressivement, un continent dont le choix des dirigeants lui fait avancer durablement et inexorablement vers son meilleur destin. On ne peut bâtir la démocratie sur l’autel de la pauvreté. En effet, il est démontré scientifiquement que la démocratie est un bien supérieur et ses dividendes sur la croissance et le développement n’apparaissent que lorsqu’une économie donnée a atteint un certain niveau de développement. Beaucoup de pays africains n’ont pas encore atteint ce niveau et il est illusoire de croire qu’ils se développeront en mettant en avant cette fausse démocratie.

Je ne suis pas convaincu que le processus d’intégration régionale en cours ira à son terme si les intégrations nationales ne sont pas prises en préalables. Il faut d’abord un minimum de développement national pour que les dividendes de l’intégration soient mieux partagées, sinon, on va continuer à assister à un partage inégal du gâteau et la mise en veilleuse de certaines organisations économiques régionales, les moins compétitives, les moins intégrées sur tous les plans, les canards boiteux !

« L’élément catalyseur de la richesse des nations africaines : la promotion de l’éducation des populations »

Le dénominateur commun à tous les pays, l’élément catalyseur de la richesse des nations africaines nous semble être, sans conteste, la promotion de l’éducation des populations. Ceci avec comme gains, la lutte contre l’analphabétisme, l’amélioration et la création de la classe moyenne, la répartition équitable, mais progressive de la richesse et in fine, une plus grande cohésion sociale, gage du développement et de la paix sociale. Une Afrique des guerres est une Afrique des prédateurs, des charognards, comme c’est le cas actuellement.

En effet, l’Afrique des pauvres, l’Afrique des sous-développés en infrastructures restera une Afrique des dominés, des exploités, de fournisseurs de matières premières, de laissés pour compte. Il faut donc obligatoirement se lancer dans un vaste programme de construction et/ou de réhabilitation des diverses infrastructures pour lancer une Afrique qui contribue au développement du monde autrement que par un apport dérisoire en valeurs ajoutées. Les ressources sont là, il faut aller les chercher, sans mendier ni supplier, mais en partant la tête levée, sans hypothéquer les ressources naturelles des nations africaines.

« Une Afrique acculturée, qui emprunte les cultures des autres est devenue comme un albatros sur terre : instable, méconnaissable, déséquilibrée ! »

Tout ce qui précède ne sera applicable que si l’Afrique a une identité, a des valeurs cardinales qu’elle défend, qu’elle mette en pratique. Une Afrique acculturée, qui emprunte les cultures des autres est devenue comme un albatros sur terre : instable, méconnaissable, déséquilibrée ! L’Afrique est le seul continent qui n’a plus des racines de sa culture. Il faut un retour aux sources, pour mieux se ressourcer, construire une nation qui repose sur les valeurs ancestrales qui ont fait leurs preuves et auxquelles il faut donner une touche de modernité, sans altérer l’identité elle-même. C’est à ce prix que la démocratie, la cohésion sociale pourront se construire durablement.

En outre, dans nos pays, la classe politique fait face à un dilemme : les politiciens au pouvoir comme ceux dans l’opposition ne s’accordent sur rien, sauf sur la nécessité pour les uns de chasser les autres au pouvoir. Il n’existe pas de dénominateur commun entre eux, ces idées qui fondent la vision de la nation. Et c’est une catastrophe ! Allons rechercher dans ce vivier des ressources humaines africaines, les hommes d’Etat, les leaders africains qui pourchassent le développement, rien que le développement !


 

*Jean-Baptiste NTAGOMA Kushinganine
Professeur d’économie à l’Université Catholique de Bukavu, RD Congo
Ancien conseiller à la Primature, RD Congo.

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