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Kwassi José Symenouh : « Le Togo est en bonne voie pour se positionner comme le hub de la sous-région »

L’Association des grandes entreprises du Togo (AGET) réunit plus de 52 importantes entreprises de divers secteurs (agro-alimentaire, industrie, services, banques, assurances, hôtellerie, transit et logistique, manutention portuaire, TP, etc.) avec un chiffre d’affaires annuel cumulé d’environ 691 milliards de FCFA, en 2015 et plus de 10.000 emplois, pour une masse salariale de 33 milliards FCFA. Dans un entretien accordé à ANA, le président de cette association, Kwassi José Symenouh, nous fait l’économie du climat des affaires au Togo.

Entretien

Vous avez récemment lancé un document intitulé « Livre Blanc » que vous désignez comme la bible du business au Togo. Quelle est réellement la nécessité de ce document et quel est son contenu?

Le Livre Blanc de l’AGET peut sans aucun doute être considéré comme la bible du business au Togo puisqu’il procède de la vision des grandes entreprises sur l’environnement et le climat des affaires avec pour objectif de faire du Togo un havre de l’entreprise en Afrique de l’Ouest. Retenez que cette nouvelle édition du Livre Blanc a été menée par une mission collective à laquelle tous les chefs d’entreprises de l’AGET ont participé. Dans la première partie, le livre brosse une vue d’ensemble de l’économie togolaise et passe en revue les différents secteurs d’activités ainsi que les handicaps et freins au développement des affaires. Dans sa deuxième partie, il met en avant les secteurs et filières à fort potentiel de croissance. Dans les troisième et quatrième parties, le Livre Blanc porte avant tout sur les recommandations pour l’amélioration du climat des affaires et la transformation structurelle de l’économie togolaise, puis sur des mesures concrètes et urgentes à prendre par l’Etat et les parties prenantes à l’activité économique en vue de rendre le Togo plus attractif pour les investissements.

Vous parlez de réformes structurelles et d’amélioration du climat des affaires. Pensez-vous que le Togo en a les capacités ?

Bien évidemment ! Souvenez-vous, il y a quelques années encore, le Togo était considéré comme la ‘’Suisse de l’Afrique’’. Le Togo n’a pas changé et dispose d’atouts considérables pour devenir l’économie florissante tant souhaitée. Les indicateurs sont là. Le classement Doing business 2016 où le Togo gagne 2 rangs en passant du 152e rang en 2015 au 150e en 2016 et le classement de ‘‘Performance logistique 2016’’ établi par la Banque mondiale où le Togo gagne 47 places en passant de la 139e place en 2014 à la 92e place devant des ports tels que celui de la Côte d’Ivoire et du Sénégal, par exemple. Ce sont autant d’indicateurs qui nous permettent de croire que le Togo est sur la bonne voie pour se positionner comme le hub de la sous-région. Tel est l’enjeu pour le pays.

Sur un autre plan, la politique actuelle du gouvernement porte ses fruits. Les efforts se traduisent par des avancées notables dans plusieurs domaines (Port, Aéroport, infrastructures). Il reste cependant du chemin à parcourir, notamment la mise en place d’un cadre institutionnel favorable au développement des entreprises togolaises.

En tant que président de l’AGET, membre du Conseil National du Patronat (CNP) du Togo, membre de l’Assemblée Consulaire de la Chambre de Commerce et d’Industrie du Togo (CCIT), président de la Commission Climat des Affaires et Directeur général de NSIA Assurances Togo, pensez-vous vraiment que les conditions sont aujourd’hui favorables pour investir au Togo?

En 2015, le Togo figurait sur la liste des 10 économies ayant réalisé le plus de progrès dans l’amélioration de leur réglementation des affaires. Ça montre que les choses évoluent. Et même si ça n’avance pas au rythme que nous souhaitons, ça bouge quand même. Des efforts restent à faire. Oui, mais les réformes effectuées par les puissances publiques notamment au Centre de Formalités des Entreprises (CFE) pour la création des entreprises, la mise en place de l’Autorité de régulation des marchés publics (ARMP) pour promouvoir la concurrence dans la passation des marchés publics, la création de la Cour d’arbitrage du Togo (CATO) et la modernisation de la justice pour assurer la sécurité des affaires et des investissements, la création de l’API-ZF, sont des dispositions réunies pour attirer les investisseurs.

Comme nous l’avons suggéré dans le Livre Blanc, ajouté à ce qui a été fait, nous devons établir un climat des affaires propice aux Investissements directs étrangers (IDE). Les conditions pour qu’un investisseur étranger décide d’investir sont la confiance dans le risque du pays, le marché, les conditions de compétitivité, la confiance dans la justice du pays, la confiance dans le système foncier et j’en passe. Mais surtout et je le répète, il faut que les autorités du Togo rendent opérationnelle l’Agence de Promotion des Investissements et de la Zone Franche (API-ZF) et veillent à ce que le nouveau code des investissements promulgué en 2013 soit appliqué.

Avec toutes ses dispositions, pensez-vous que dans les années à venir, les entreprises togolaises pourront faire face à la concurrence dans la sous-région?

Je tiens tout d’abord à insister sur la grande qualité des entreprises togolaises. Nous avons devant nous de grands champions. Pour n’en citer que quelques-uns : BP, Total, Shell, Sototoles, SGMT, Cimtogo etc. C’est également le cas dans la zone franche où nous avons des entreprises remarquables. Ces entreprises se heurtent particulièrement, en ce moment, à la question de la compétitivité. En effet, plusieurs facteurs sont en défaveur des entreprises togolaises :

  • La dépréciation du Naira et du Cedi profitent aux entreprises nigérianes et ghanéennes dont les produits sont proposés à des prix très compétitifs dans la sous-région ;
  • La porosité de nos frontières, qui favorise l’entrée illicite des produits des pays voisins ; produits qui ne répondent pas aux normes et qui ne sont pas soumis aux taxes douanières. Cela constitue d’abord une perte de recettes fiscales pour l’Etat et provoque ensuite une baisse du chiffre d’affaires des entreprises qui sont durement soumises à cette concurrence déloyale ;
  • Les coûts élevés des facteurs de production (énergie, télécommunications) qui constituent des charges lourdes et des handicaps certains pour les entreprises en comparaison avec certains pays voisins où les exportateurs bénéficient de subventions à l’exportation.

Malgré cela, les entreprises togolaises doivent faire avec la concurrence déloyale grave du secteur informel qui impose une surcharge fiscale nuisible à sa compétitivité. Nos entreprises sont compétitives, mais nous sommes aujourd’hui dans une situation exceptionnelle qui met en danger notre industrie. Nous allons travailler avec la puissance publique pour que des contrôles efficaces soient mis en place aux frontières du pays.

Aujourd’hui, les entreprises togolaises peinent à conquérir le marché sous-régional. Que faites-vous pour remédier à cette situation ?

Le marché concurrentiel de la sous-région est rude. Et comme je le disais tantôt, nous avons des champions très bien équipés, qui ont fait les investissements nécessaires pour être compétitifs. Mais la difficulté vient du fait que les règles du jeu ne sont pas les mêmes pour tous. C’est bien évidemment pour ça que l’AGET fait de la défense de la compétitivité et de la productivité des entreprises togolaises son cheval de bataille.

Nous travaillons avec le gouvernement qui doit sans cesse faire des arbitrages entre, d’une part les besoins du pays notamment d’avoir des recettes fiscales, et d’autre part une pression fiscale trop élevée qui nuit fortement à la compétitivité.

Quelles sont les perspectives de l’AGET pour renforcer l’envol de l’économie du Togo?

L’AGET réitère, par ma voix, la volonté de ses membres d’être, et sera, l’un des moteurs du développement économique du pays. Ceci suppose un climat de confiance, une politique économique, juridique et fiscale concertée et adaptée à l’environnement, ainsi que la disponibilité des infrastructures et des services administratifs de qualité. L’AGET prône l’établissement au Togo, d’une part d’un dialogue public-privé, et d’autre part de pôles d’excellence en matière de services et de pôles de compétitivité en matière d’industrie. C’est à cet effet que l’association inscrit dans ses priorités la protection du tissu industriel existant, le développement de nouvelles technologies et la participation active à toute initiative visant à améliorer la formation professionnelle des ressources humaines du pays afin de le doter d’une main-d’œuvre qualifiée et de compétences avérées. 


Par Emmanuel Atcha

 

 

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